CHRONIQUE. Sur la crête. Alors que les cérémonies des voeux s'enchaînent dans un contexte mouvant, chacun semble suspendu sur un fil. Avançant pour les uns avec détermination, d'autres parfois, avec résignation, voire lassitude. Mais il faut bien avancer quand même.

Pile ou face. Par essence aléatoire mais, surtout, porteur d'espoir : tout risque espère du positif. Et l'espérance n'est-elle pas elle-même, un "risque à prendre", ainsi que le disait Bernanos ? Le Premier ministre pense-t-il d'ailleurs à cette phrase à chaque entame de journée ? Face à l'impossibilité des parlementaires de se mettre d'accord - Matignon dénonçant même un "sabotage continu" des extrêmes - Sébastien Lecornu a changé de refrain et, tel Manu Chao, il a entonné ce jeudi un "je peux très bien me passer de [vous]" à LFI et au RN (dont les motions de censure ont été rejetées) pour le vote du budget en suspendant les travaux parlementaires sur le sujet jusqu'à mardi prochain.

 

"Je peux très bien me passer de toi", Pas assez de toi, Manu Chao

 

 

Sébastien Lecornu à l\'Assemblée nationale le 14 janvier 2026
Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale le 14 janvier 2026 © Assemblée Nationale

 

Le recours à l'article 49-3 ou à des ordonnances est désormais acquis - ce qui ne sera pas sans conséquence - permettant à la France d'avoir un budget pour la mi-février au plus tard, selon les services du Premier ministre... Mais sur quel texte ? Pour l'instant l'incertitude demeure. Sébastien Lecornu s'est engagé à présenter une nouvelle copie ce vendredi soir en vue d'un compromis et ainsi éviter une censure.

 

" (...) It took a lot for you to not lose your faith in this world / But I can't offer you proof /But you're gonna face a moment of truth." (Il t'a fallu beaucoup de temps pour ne pas perdre confiance en ce monde / Mais je ne peux pas t'en offrir la preuve / Mais tu vas faire face à un moment de vérité), A Matter Of Trust, Billy Joel

 

 

L'Alliance pour le logement, composée des principales fédérations et organisations du secteur, reste d'ailleurs dans l'inquiétude sur le statut du bailleur privé : dans un message urgent ce jeudi, elle exhortait le gouvernement à revenir sur deux amendements qui venaient en vider la substance : "Monsieur le Premier ministre, l'Alliance vous demande de ne pas gâcher cette chance unique qui se joue aujourd'hui de relancer l'ensemble de l'offre de logements et répondre à la diversité des besoins", concluait-elle.

 

 

Un texte réécrit et adopté par les députés dès le soir venu et revenant sur les ambitions d'origine, afin de rendre plus attractif ce dispositif visant la relance de l'investissement locatif et plus largement, du secteur du logement. Mais le gouvernement ayant annulé les débats, la loi de finances, telle qu'elle sera donc adoptée par 49.3 ou ordonnances, conservera-t-elle les dispositions votées ? "Qu'un seul refrain résonne aujourd'hui [le statut du bailleur privé] bien aimé est à eux", pourrait le chanter Schubert, et ainsi écrit. "Toute remise en cause [de ce texte ainsi adopté] serait un déni de démocratie" met en garde la FFB.

 

 

Car le risque de freiner la relance, si on peut vraiment parler de reprise, est bien là. Même s'il y a quelques signes encourageants, selon les chiffres du troisième trimestre (qui restent contrastés), le chemin reste long vu du terrain et des professionnels...

 

"Things fall apart, but nothing breaks like a heart" (Les choses s'effondrent, mais rien ne se brise comme un cœur), Nothing breaks like a heart, Mark Ronson ft Miley Cirus

 

 

Côté logements sociaux, Emmanuelle Cosse l'a d'ailleurs souligné lors de ses voeux : certes le nombre d'agréments est en hausse, mais cela reste loin des besoins. En l'absence de budget, l'inquiétude demeure grande et les annonces faites sur la diminution des moyens apportés aux agences de l'État n'a pas rassuré.

 

Emmanuelle Cosse, présidente de l\'Union sociale pour \'lhabitat
Emmanuelle Cosse présidente de l'Union sociale pour l'habitat le 13 janvier 2026 lors des vœux du monde HLM aux personnalités © Etienne Gless pour Batiactu

 

La présidente de l'USH l'a martelé : "(...)Redonner des moyens au logement social, c'est immédiatement relancer l'activité économique et desserrer l'étau de la crise du logement."

 

 

Auditionné au Sénat, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau s'est, de son côté, interrogé sur l'envolée des prix de l'immobilier depuis 25 ans. Et a appelé à un examen de conscience collectif sur cette "question centrale".

 

 

Ce n'est pas le président de la FNAIM qui démentira l'importance de cet examen de conscience. "Statut du bailleur privé ? En panne ! Marché de l'investissement locatif ? En panne ! Relance de la construction ? En panne ! Rénovation énergétique : au ralenti. MaPrimeRénov' ? Suspendue ! Encadrement des loyers ? En progression !", pour Loïc Cantin, qui s'exprimait lors de sa traditionnelle conférence de presse de rentrée : "Immobilier, logement : après la crise, le néant !" Pour lui, il n'y a aucun doute : l'absence de cap politique clair et des "mesurettes" insuffisantes pour le logement risquent d'enrayer durablement la reprise du marché.

 

 

À l'Agence qualité construction, son président rappelle d'ailleurs, que "quand le bâtiment va mal, la sinistralité prend ses aises" : qui dit crise, dit perte d'activité et donc, "concomitamment, une perte de personnel et des compétences associées."

 

"Nous faisons face aujourd'hui à de grandes incertitudes, et cela ne peut plus durer." Laurent Peinaud, président de l'AQC à Batiactu, le 14 janvier 2026

 

 

Quels sont les risques les plus rencontrés par les entreprises ? L'assureur Allianz a révélé son classement annuel 2026 et, pour le secteur de l'ingénierie, de la construction et de l'immobilier, le top 5 oscille entre risques climatiques et risques conjoncturels.

 

 

Si les catastrophes naturelles, même dans une moindre mesure, conservent la première place des préoccupations, de nouvelles entrent au classement en 5e place : les évolutions législatives et réglementaires.

 

Pascal Minault
Pascal Minault a pris la présidence de la nouvelle division construction de Bouygues, réunissant Colas, Bouygues construction et Bouygues immobilier © DCocatrix

 

Tournons-nous vers les majors qui ont l'expérience de la gestion des risques et la force de leur stature pour résister tant bien que mal aux aléas du monde. Du côté de Bouygues, la création d'une nouvelle division réunissant ses trois filiales construction (Colas, Bouygues Construction et Bouygues Immobilier) a été annoncée. Cette nouvelle gouvernance doit permettre au groupe "de poursuivre son développement dans un environnement complexe (...)" et de "développer les synergies commerciales, rechercher les gains d'efficacité opérationnelle, renforcer le partage de connaissances et de savoir-faire et multiplier les opportunités de mobilité interne pour les collaborateurs."

 

 

"La création de la division Construction a pour objectif d'accélérer le développement de chacun des métiers de la construction et d'en renforcer l'attractivité et la rentabilité, a déclaré le nouveau président de ce pôle, dans un communiqué. Notre ambition est de mieux travailler ensemble, d'être plus forts collectivement et d'être, au final, plus attractifs pour nos clients, nos partenaires, et nos collaborateurs." Pascal Minault, président de la division Construction, groupe Bouygues.

 

Quant à Vinci, son directeur général Pierre Anjolras a montré lors de ses voeux, sa confiance dans le groupe, en s'inscrivant dans la continuité de son prédécesseur, Xavier Huillard, affichant une volonté de "poursuivre et amplifier l'histoire plutôt que de renverser la table", en accentuant sa présence dans le secteur de l'énergie "levier de développement le plus puissant, aussi bien sur les grands travaux que les activités de fonds de commerce, avec notamment beaucoup de maintenance".

 

 

Pour terminer, prenons enfin le risque de parler de "futur désirable", avec le projet "Coeur de Paris", à découvrir dans nos colonnes. Ou comment l'ancien siège de l'AP-HP, devenu "immeuble à mission", va se transformer afin d'incarner une nouvelle manière de "fabriquer la ville".

 

Certes, l'avenir est incertain, mais n'est-ce pas ainsi qu'il devient aussi synonyme d'aventure ?

 

 

La playlist de la petite musique de la semaine

 

Pas assez de toi, Manu Chao
A Matter Of Trust, Billy Joel
A new error, Moderat
Mein! , Die Schöne Müllerin , D.795, F. Schubert
Nothing breaks like a heart, Mark Ronson ft Miley Cirus
Respect, Aretha Franklin
Say Something, Justin Timberlake
Rebel, rebel, David Bowie
Dark clouds, Chris Thomas King
Everybody Hurts, R.E.M
Ensemble, Sinclair
Rythme futur, Django Reinhardt
L'amour du risque, générique de la série éponyme

 



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