ÉCONOMIE. L'incubateur Leonard, créé par le groupe Vinci et spécialisé dans les thématiques de l'urbanisme et des infrastructures, lance en cet automne 2019 un programme d'accompagnement et d'hébergement de jeunes pousses baptisé "Seed". Une initiative complémentaire nommée Catalyst doit, quant à elle, mettre en relation les entreprises innovantes déjà bien implantées avec celles qui se lancent. Interview.

Dans le monde des start-up, l'automne 2019 sera marqué par le lancement d'un programme d'accompagnement et d'hébergement de jeunes pousses baptisé "Seed". C'est le laboratoire d'idées Leonard, créé par le groupe Vinci et installé dans le XIIe arrondissement de Paris, qui est à l'origine de cette initiative, sur laquelle se greffe un autre programme intitulé Catalyst, et qui ambitionne de mettre en relation les entreprises innovantes déjà bien implantées avec celles qui se lancent. A cette occasion, Batiactu a interviewé Matthieu Lerondeau, directeur de la communication de Leonard, et Guillaume Bazouin, responsable "innovation ouverte et start-up" chez l'incubateur.

 

Batiactu : Pouvez-vous nous rappeler la raison d'être du projet Leonard, ainsi que le fonctionnement de l'incubateur ?
Matthieu Lerondeau (M. L.) :
Les projets de Leonard sont à double vocation : d'une part, explorer la diversité des cœurs de métiers de Vinci, et d'autre part, favoriser l'émergence des projets innovants, qu'ils émanent du groupe ou de start-up. Les experts de toutes les "business units" de Vinci apportent leur savoir-faire sur des projets à 5 ou 10 ans, portant sur la résilience climatique, l'évolution du logement et des infrastructures, les véhicules autonomes, l'intelligence artificielle (IA), le BIM… C'est une rencontre entre des offreurs et des demandeurs. Nous alimentons un blog dédié, nous organisons des évènements et nous accompagnons l'émergence de projets innovants. A l'heure actuelle, 32 projets ont ainsi été accompagnés, dont 8 intégrés comme "business units" chez Vinci ou comme intrapreneurs. Leonard, c'est donc un lieu de coworking et de travail pour les start-up, et qui accueille aussi du public.

 

Batiactu : Toujours dans cette logique d'accompagner des jeunes pousses, vous lancez donc le programme Seed. De quoi s'agit-il exactement ?
Guillaume Bazouin (G. B.) :
Le programme Seed se veut un accélérateur pour les jeunes start-up, c'est-à-dire âgées de quelques mois ou quelques années, et spécialisées dans l'immobilier, la mobilité, l'énergie… Cet accompagnement se traduit d'abord par un hébergement de 6 mois dans les locaux de Leonard, puis par une collaboration avec l'université de Stanford, en Californie, avec cours en ligne et "workshop". A l'issue, les start-up reçoivent une certification puis disposent d'un "Demo-day" leur donnant accès à des investisseurs, dans l'optique d'aider leur émergence sur les marchés.

 

Batiactu : Mais l'accompagnement n'est pas que matériel, il est aussi financier ?
G. B. :
Oui, nous finançons chaque jeune pousse à hauteur de 30.000 € en cash, plus une enveloppe de 20.000 € dédiée à l'accompagnement, soit un montant global de 50.000 €. Cette somme est fournie en échange de BSAR [Bon de souscription d'actions remboursables, ndlr] à hauteur de 5% de parts dans les entreprises, calculé après la levée de fonds.

 

Batiactu : Sur ces bases de fonctionnement, quel but recherchez-vous avec Seed ?
G. B. :
Il ne s'agit pas forcément de créer des partenariats, mais plutôt de permettre l'émergence d'un écosystème plaçant Leonard au centre de la relation. De plus, nous ne fixons pas de limite à la croissance des entreprises.

 

Batiactu : Pouvez-vous d'ores-et-déjà nous donner des noms de jeunes pousses ?
G. B. :
Nous ne pouvons pas encore vous les communiquer ; en revanche, nous pouvons vous indiquer les secteurs d'activité dans lesquels elles évoluent : les nouveaux matériaux, l'économie circulaire, la stratégie bas-carbone à intégrer dans les cycles de valorisation… D'autres structures sont spécialisées par exemple dans les capteurs de suivi de chantier, utilisant l'IA, ou dans la tenue de blogs de services immobiliers. Les activités sont donc très variées et touchent l'ensemble des métiers, du software au hardware. Il faudra attendre fin novembre 2019 pour connaître les premiers noms de la première promo.

 

Batiactu : A terme, quel est l'objectif que vous fixez au programme Seed ?
G. B. :
Notre but est d'arriver à une promotion de 5 à 10 start-up pour la fin du mois de septembre 2019. Chaque promo comptera à chaque fois une dizaine de jeunes pousses, un nombre qui se veut logique car un grand nombre d'entre elles risquent de ne pas arriver à terme. Ceci dit, nous nous laissons la possibilité de faire évoluer l'objectif au fil du temps. Au total, nous organiserons deux promos par an, et chacune d'entre elles durera 6 mois.

 

Batiactu : En parallèle de Seed, vous lancez également Catalyst. Quel est le lien entre les deux programmes ?
G. B. :
On se rend compte à Vinci que la collaboration réelle est très difficile à mettre en place, car cela sous-entend des dépenses de ressources pas forcément disponibles. Catalyst vient donc en réponse à ces limites en se concentrant sur la relation entre start-up et PMI suffisamment matures pour être pérennes, dans une logique d'inclusion et de communication. Le rôle de Catalyst consiste à identifier ces jeunes pousses qui ont un partenariat avec un grand acteur économique comme Vinci. Autour d'un cycle évènementiel, on va travailler à la mise en relation entre ces start-up et les différentes "business units" ou divisions du groupe Vinci. La conclusion de ce cycle peut être une décision d'investissement dans ces entreprises, sans aucun coût pour les jeunes pousses. La sélection que nous opérons se veut de qualité, au niveau mondial, afin de trouver les liants nécessaires à cette coopération.

 

Batiactu : Comment se réalise concrètement cette sélection ?
G. B. :
Nous travaillons avec des fonds de capital-risque, qui réalisent une sélection sur des portefeuilles d'investissements, mais aussi avec des fonds spécialisés dans les domaines de la construction et de la mobilité pour trouver les cibles les plus pertinentes. Sachant que ces mêmes investisseurs peuvent aussi être amenés à devenir les investisseurs des start-up du programme Seed. C'est donc tout un écosystème de "sourcing" et d'accompagnement que nous mettons ainsi en place.

 

Batiactu : Il s'agit donc de faire coopérer les jeunes start-up que vous accompagnez avec Seed, avec les start-up matures que vous dénichez avec Catalyst. Mais comme vous l'avez-vous-même précisé, la durée de vie d'une start-up peut se révéler finalement courte si son activité me marche pas. Comment anticipez-vous ce risque ?
G. B. :
On va rechercher les investisseurs internes et externes à Vinci. Dans le cas où quelque chose est prometteur, on essaie de le pousser en interne. Mais le but, c'est de flécher un investissement, d'où qu'il vienne, vers la start-up qui se sera démarquée à la suite de la sélection. Le taux de succès de Catalyst sera forcément élevé, dans la mesure où le programme repère des start-up matures qui font déjà l'objet d'investissements. Mais globalement, il faut que 20 start-up se plantent pour qu'une marche. Ce n'est donc pas possible pour nous d'un point de vue opérationnel de prendre trop de risques. C'est pourquoi on va procéder à une sélection pour qu'au moins 1 sur 3, voire 1 sur 2 marche.

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