CRISE SANITAIRE. Le secteur du BTP dispose, depuis le 2 avril, de son guide de bonnes pratiques et de préconisations sanitaires pour envisager de relancer les chantiers. Mais dans les faits, et alors que la grande majorité des opérations de travaux publics sont suspendues, la tâche ne sera pas aisée, reconnaît le président de la FNTP, Bruno Cavagné. Et l'après-confinement ne le sera pas moins.

Batiactu : Alors que 80% des entreprises de travaux publics ont cessé toute activité, comment peut se dérouler la relance des chantiers ?

 

Bruno Cavagné : Avant tout, il faut s'assurer de la volonté du maître d'ouvrage à reprendre ou non les chantiers. Cela se fera donc au cas par cas et dépendra aussi des régions. Dans le Grand Est ou en Ile-de-France, où l'épidémie frappe plus durement, la relance sera sans doute plus longue. En dehors des urgences, il sera plus facile de reprendre de petits chantiers, ou des travaux pour lesquels il y a peu de coactivité. Cela permettra aussi de s'habituer aux recommandations du guide de l'OPPBTP. Il faut également être sûr que toute la chaîne est prête à reprendre, et notamment que les fournisseurs rouvrent. Dans tous les cas, il est inimaginable que nous redémarrions plein pot, et partout, il sera nécessaire de se réapproprier les chantiers, avec les nouvelles règles décrites dans le guide. Car tout n'est pas naturel, tout le monde devra faire des efforts.

"La FNTP a commandé 500.000 masques"

Maintenant que le guide est disponible, faut-il obliger les entreprises et les salariés à retourner travailler ?

Nous n'imposons rien aux entreprises. Si l'entrepreneur décide de reprendre, une obligation de moyens est inscrite dans le guide, et non de résultats, pour éviter la contamination de ses salariés. Le rôle du référent Covid-19 sera très important en ce sens, pour vérifier le bon respect des consignes. Par ailleurs, la question des masques représente un aspect psychologique de premier plan. Les grands groupes ont déjà pu passer des commandes, mais les entreprises plus modestes ne savent pas forcément vers quels fournisseurs se tourner alors que la demande est forte. C'est pourquoi la FNTP en a commandé 500.000, que nous mettrons à disposition de nos adhérents et que nous espérons recevoir d'ici une semaine. Nous allons par ailleurs réaliser des fiches techniques par métier - canalisateurs, routes, réparation d'ouvrages d'art, au moins -, pour donner des exemples de situations plus précis.

 

Puisqu'il est impossible reprendre l'activité dans les mêmes conditions qu'avant la crise, les délais ne seront-ils pas inévitablement plus longs, qui paiera les surcoûts engendrés?

La productivité sera moins importante, c'est certain. Les temps d'arrêts seront multipliés pour pouvoir se laver les mains, attendre qu'une personne entre ou sorte d'un endroit, il y aura parfois moins de personnels… Les délais et les coûts seront différents de ceux négociés avec le maître d'ouvrage, mais j'espère que tout le monde jouera le jeu et que les entreprises n'auront pas à en porter les conséquences seules. Sans compter que dans certains cas, comme pour le Grand Paris Express, ou d'autres chantiers de métros par exemple, nous serons incapables de respecter les gestes barrières, et nous ne pouvons pas être sûrs que les secours seront disponibles en cas d'incident. Nous ne pouvons pas faire n'importe quoi, il est difficile de les reprendre rapidement.

Le calendrier déjà serré du Grand Paris Express est-il encore tenable dans ces conditions ?

Il était déjà très difficile à tenir, donc si tout est à l'arrêt pendant deux mois, ou plus, ce sera compliqué. Sauf si l'on ouvre considérablement les vannes et si les Jeux olympiques de 2024 sont eux aussi décalés, puisque ceux de Tokyo se dérouleront en 2021.

"Nous aurons besoin d'un plan de relance conséquent."

De façon générale, comment envisagez-vous l'après-confinement ?

Beaucoup d'inconnues persistent, à commencer par la durée du confinement. Il y a aussi des interrogations concernant les conseils municipaux : quand ceux déjà élus seront installés et pourront lancer leurs projets ? Quand aura lieu le second tour des élections lorsqu'il est nécessaire ? En juin ou en octobre ? Une reprise en mai, avec tous les ponts, ne pourra pas être franche. Est-ce que le gouvernement nous permettra de faire plus d'heures supplémentaires, de bouger des congés plus facilement ? Je ne saurais dire comment la situation évoluera.

A plus long terme, comment le secteur pourra-t-il se relever ?

Le gouvernement ne fait pas les choses à moitié en ce moment, au regard des mesures qu'il déploie pour l'économie et les entreprises. Une fois la crise sanitaire passé, il devra continuer. L'investissement, public comme privé, ne pourra pas être une variable d'ajustement au risque de nous enfoncer encore plus dans la crise. Nous aurons besoin d'un plan de relance conséquent. Le bâtiment et les travaux publics sont capables de mobiliser rapidement leurs 2 millions de salariés, et quand le BTP redémarre, c'est toute l'économie qui est tirée vers le haut. La situation est tellement inédite : j'espère que le gouvernement choisira cette option, et qu'il ne retombera pas dans les mauvaises manies que nous avons connues en fermant le robinet.

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