PATRIMOINE. La section de la Creuse de la Société des membres de la Légion d'honneur a organisé le 24 septembre le projet "Sur la route des maçons" : une centaine de jeunes en apprentissage dans les métiers du bâtiment a ainsi participé à une marche reliant les Invalides à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Les compagnons ont à cette occasion offert deux de leurs réalisations au chantier de reconstruction.

Faire revivre, plus d'un siècle plus tard, la migration saisonnière de compagnons provinciaux vers Paris : tel a été l'objectif du projet "Sur la route des maçons", organisé par les sections de la Creuse et du Loiret et de la Société des membres de la Légion d'honneur (SMLH), avec le soutien du CCCA-BTP (Comité de concertation et de coordination de l'apprentissage du bâtiment et des travaux publics). Dans le cadre de la célébration de son centenaire, la SMLH a organisé les Olympiades de la jeunesse, une compétition nationale réunissant un millier de jeunes autour de "défis préparés par 80 professionnels au sein d'ateliers thématiques, inscrits au coeur de la mission de la SMLH : solidarité, valeurs et engagement, mise en valeur des savoir-faire français à travers l'apprentissage", explique un communiqué du CCCA-BTP.

 

C'est donc à l'initiative du président de la section creusoise de l'organisation, Jean Martin, que le projet "Sur la route des maçons" a vu le jour, permettant à des élèves apprentis du lycée des métiers du bâtiment de Felletin d'entreprendre une "marche". Une centaine de jeunes compagnons maçons, charpentiers, couvreurs ou encore ferronniers d'art ont ainsi traversé les rues de la capitale le 24 septembre dernier, reliant l'esplanade des Invalides au parvis de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Une belle vitrine pour l'apprentissage et la formation professionnelle en alternance pour les métiers du bâtiment, en référence à une pratique qui a eu cours pendant plusieurs siècles.

 

Les apprentis du Centre-Val de Loire à l'honneur

 

Car comme le rappelle le CCCA-BTP, "beaucoup de petits paysans creusois, exploitants de métairies sur des terres trop peu fertiles, ont dû aller chercher en-dehors du département le complément de ressources indispensable à la survie de leur famille". Ce fut le point de départ d'"une migration saisonnière (départ de Creuse en février et retour en novembre) en direction de La Rochelle, Bordeaux, Lyon et surtout de Paris". Dans les faits, "dès l'âge de 12 ans, les garçons accompagnaient leur père sur la 'route des maçons', un itinéraire d'environ 350 km, quittant la Creuse à Genouillac, passant par l'Indre, le Cher, suivant ensuite ce qui sera plus tard la nationale 20, traversant la frange est du Loir-et-Cher, pour arriver à Orléans (Loiret) et poursuivre leur voyage jusqu'à Paris", complète l'organisme.

 

Les jeunes compagnons ayant fait le voyage en 2021 ont été rejoints dans leur périple par d'autres apprentis des CFA (Centres de formation des apprentis) de Blois (Loir-et-Cher) et d'Orléans, ainsi que par des jeunes du lycée Gaudier-Brzeska de Saint-Jean-de-Braye (Loiret). Un parcours pédagogique qui s'inscrit dans la formation de l'année scolaire 2021-2022 des classes de brevet professionnel sections Métiers de la pierre et Charpente, de bac professionnel sections Intervention sur le patrimoine bâti et Art et métiers de la pierre, et de brevet des métiers d'art section Gravure sur pierre.

 

Deux maquettes offertes en vue de la reconstruction

 

Une fois arrivés sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame, dont le chantier de sécurisation s'est achevé pour laisser place à la phase de reconstruction, les apprentis ont dévoilé, après l'avoir porté à tour de rôle pendant leur déambulation dans Paris, la maquette d'une gargouille créée de leurs mains et destinée à la restauration de l'édifice. Celle-ci "[préfigure], à une échelle réduite, la pierre qui sera insérée dans la restauration de la cathédrale", précise le CCCA-BTP. Mais du fait de ses quelque 350 kg, la maquette d'un garde-corps de la toiture de la nef n'a pour sa part été assemblée et présentée que dans les salons de l'Hôtel de ville, à quelques encâblures de la cathédrale. La cérémonie s'est tenue en présence du général Jean-Louis Georgelin, président de l'Établissement public pour la conservation et la restauration de Notre-Dame, de l'architecte en chef des monuments historiques Philippe Villeneuve, et de la maire de Paris, Anne Hidalgo.

 

"Au départ, le projet que nous avons initié est pareil à une petite rivière qui prend sa source en Creuse, avec des affluents venant ensuite la grossir, au fur et à mesure de son cheminement à travers quatre départements de la région Centre-Val de Loire, jusqu'à la cathédrale Notre-Dame, à Paris", a réagi Jean Martin. "Les jeunes qui participent se sont appropriés avec beaucoup d'enthousiasme et de passion ce projet, pour avancer ensemble dans un même élan."

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