LOGEMENTS. Ce lundi 29 octobre 2018, le ministère de la Cohésion des territoires a publié les chiffres de la construction de logements au troisième trimestre. Entre juillet et septembre, le nombre de permis de construire attribués chute de -10,2 % par rapport au troisième trimestre de 2017.

La tendance se poursuit dans la construction de logements. Au troisième trimestre 2018, le nombre de permis de construire continue sa chute libre, -10,2 % par rapport à la même période l'année dernière, pour atteindre 122.100 autorisations. Dans le détail, les principaux reculs concernent l'individuel pur et le logement collectif, avec respectivement -10,9 % et -17,1 %. Ces chiffres cachent toutefois les bons résultats de l'individuel groupé (+10,7 %) et des logements en résidence (+20,5 %).

 

Sur un glissement annuel, les chiffres sont également en négatif. Avec 470.700 logements autorisés entre octobre 2017 et septembre 2018, la variation par rapport à l'année précédente est de -5,8 %. Ce nombre reste néanmoins historiquement élevé, proche de l'objectif des 500.000 fixé lors des années de crise.

 

"Les entreprises de bâtiment vont probablement débaucher d'ici 18 mois"
"Nous sommes dans une situation paradoxale", nous explique un responsable de la Fédération française du bâtiment (FFB), contactée par Batiactu. "Nous profitons encore d'une dynamique positive, les besoins sont tels que nous peinons à embaucher. Mais les chiffres parus ce 29 octobre font apparaître une baisse à venir dans le logement neuf et le non-résidentiel. Si nous ajoutons à cela la réforme du Crédit d'impôt pour la transition énergétique (CITE), notamment la suppression des fenêtres de son champ d'application, nous sommes inquiets pour les entreprises du bâtiment : elles vont probablement devoir débaucher d'ici dix-huit mois !

 

L'objectivité m'oblige à préciser que nous partons d'un point haut. Toutefois, le phénomène de baisse s'accélère ces derniers mois. La priorité, pour nous, afin de rétablir l'activité, est de maintenir les fenêtres dans le CITE et de solidifier le prêt à taux zéro en zones B2 et C - je rappelle qu'il est prévu sa suppression de ces zones à la fin 2019.

 

Enfin, je souhaite rappeler aux pouvoirs publics que dire cela, ce n'est pas critiquer la loi Elan, qui aura des effets sur le moyen terme en tant que politique structurelle. Il est plutôt ici question de bien réfléchir avant de voter les lois de finances pour 2019 et 2020 !"

 

 

85.100 logements commencés

 

Concernant les mises en chantier, l'impact des décisions gouvernementales commence à se faire ressentir. Au troisième trimestre 2018, seuls 85.100 logements ont été commencés, soit une baisse de -7,9 % par rapport à la même période l'année dernière. Par ailleurs, tous les types de logements ont enregistré un recul des mises en chantier, -9,5 % pour l'individuel pur, -8,5 % dans le collectif, -6,3 % pour les logements en résidence et -1,4 % pour l'individuel groupé. Cependant, sur un glissement annuel, le nombre de logements commencés atteint 419.700 unités, soit une hausse de +1,6 %, par rapport à octobre 2016-septembre 2017. Au total, le nombre de logements restant à mettre en chantiers est de 253.700.

 

Le baromètre du ministère de la Cohésion des territoires fait enfin le point sur le taux d'annulation de logements. A compter de septembre 2018, 11,1 % de projets de construction autorisés, dans l'individuel, ont été annulés, un chiffre plus bas que la moyenne longue durée (calculée sur 10 ans) qui s'élève à 12,2 %. Dans le collectif, le taux d'annulation monte à 26,6 %, bien au-dessus de sa moyenne longue, établie à 18,7 %. Autre indicateur de la santé du secteur, le délai moyen d'ouverture des chantiers reste proche de ses moyennes, aussi bien dans le collectif où il est de 11,2 mois que dans l'individuel où il est de 5,4 mois.

 

"Les chiffres de la construction de logements vont continuer de baisser"

 

Contacté par Batiactu, Sylvain Massonneau, vice-président LCA-FFB en charge des constructeurs, a réagi à ces chiffres : "Il a fallu attendre une année pour voir les conséquences des décisions du gouvernement en 2018 et nous ne sommes qu'au début du phénomène. Le nombre de permis de construire va continuer de diminuer et les mises en chantiers vont bientôt en pâtir. Outre le rabot du Prêt à taux zéro (PTZ) et la suppression de l'APL accession, le resserrement des zones d'urbanisation du Plan local d'urbanisme (PLU) a créé une forte inflation du foncier, notamment à Lyon et Bordeaux, qui réduit les possibilités de programmes de construction. De plus, la disparition du Crédit foncier a retiré aux ménages des champs de financement de projets immobiliers.

 

Pour 2019, les premiers échos du Projet de loi finances (PLF) sont en dent de scies. Des députés de la majorité semblent se rendre compte que le recentrage du Pinel est une hérésie. Autre point positif, les choses bougent vers un retour des aides personnalisées au logement (APL) à l'accession, par un rééquilibrage avec l'APL locatif. Cependant, la suppression du remboursement des taxes au carburant aux transports routiers est un coup de massue sur le secteur, pour les ménages qui dépendent de la voiture et également pour les entreprises de construction, dont des projets seront en cours en 2019, et sur lesquels ils vont perdre de la marge à cause de cela.

 

Nous sommes donc dans un période d'attente, les promoteurs ont actuellement peur d'investir. La solution viendrait d'une nouvelle réflexion concernant la gestion des aires urbaines, notamment en partenariat avec des acteurs au niveau local. De plus, nous souhaitons la création d'un statut de propriétaire bailleur, qui laisserait de la souplesse aux promoteurs pour construire et vendre leurs biens. Enfin, il y a actuellement une situation paradoxale entre la demande du gouvernement de ne plus acheter de blocs immobiliers du privé et les objectifs de création de logements imposés aux mêmes communes, qui n'ont pas forcément de terrains pour lancer des programmes. Il n'y a plus de souplesse, c'est le serpent qui se mord la queue !"

"Les maires sont attentistes"

Alexandra François-Cuxac, présidente de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI), a pour sa part déclaré à l'AFP que c'était "une tendance qui n'était clairement pas bonne". "C'est de nature à nous inquiéter. On a une grande majorité de communes où les maires sont attentistes et n'accordent pas suffisamment de permis", a mis en avant la présidente de la FPI, évoquant des raisons politiques, avec l'approche des municipales de 2020, comme économiques, au moment où le gouvernement est notamment en train de supprimer la taxe d'habitation sans définir clairement la compensation pour les communes (source AFP).

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