ENVIRONNEMENT. L'empreinte carbone globale de la France est environ 70% plus élevée que les émissions provenant de son propre territoire, d'après le dernier rapport du Haut conseil pour le climat. La faute à la hausse de la consommation, qui engendre une augmentation des importations. Le bâtiment reste quant à lui un des quatre secteurs d'activité les plus émetteurs.

Si la France fait des efforts pour réduire son impact environnemental, les échanges commerciaux qu'elle entretient avec d'autres pays n'en font pas nécessairement. C'est ce que nous apprend le dernier rapport du Haut conseil pour le climat, intitulé "Maîtriser l'empreinte carbone de la France", et qui se penche donc sur cette problématique des émissions polluantes. Avec 749 millions de tonnes équivalent CO2 (dioxyde de carbone), soit 11,5 tonnes équivalent CO2 par habitant, l'Hexagone parvient à diminuer ses émissions domestiques depuis 1995, tandis que celles des ménages tricolores sont aussi à la baisse depuis 2005 (environ 120 Mt éq.CO2 en 2019). Dans le détail, la production intérieure du pays atteint environ 200 Mt éq.CO2, pendant que ses exportations émettent environ 160 Mt éq.CO2. Mais les émissions liées aux importations, elles, explosent : avec 430 Mt éq.CO2 en 2019, elles n'ont cessé de progresser depuis 1995, bondissant de 78% sur la période.

 

Les travaux de construction parmi les principaux secteurs émetteurs, du fait des usines étrangères fabriquant les biens importés

 

En cause : l'augmentation de la consommation des ménages français. Au bout du compte, près de la moitié de l'empreinte carbone de la France est donc émise hors du territoire national. En 2011, le Haut conseil pour le climat indique qu'environ 55% des émissions de l'Hexagone étaient effectivement produites sur son sol, mais que le reste provenait de l'étranger. L'Union européenne était alors responsable d'à peu près 10% des émissions liées aux biens et services, et les pays du reste du monde pesaient tout de même pour presque 35% de cette pollution.

 

Parmi les principaux secteurs d'activité contribuant à ces émissions, les travaux de construction figurent malheureusement en bonne position, du fait de l'édification, à l'international, d'usines fabriquant les biens effectivement importés. Le rapport précise en outre que plus de 75% des émissions sont en fait liées aux décisions prises par des acteurs français : en prenant en compte le lieu de dernière transformation des produits, on s'aperçoit effectivement que l'Hexagone (ses ménages compris) pèse pour trois quarts dans l'empreinte carbone, l'UE ne représentant plus qu'un peu moins de 10%, et le reste du monde environ 20% (la métallurgie et le travail des métaux constituant ici les principales importations).

 


Le bâtiment/logement, un des quatre secteurs d'activité les plus émetteurs

 

Interrogée par Batiactu sur le rôle du bâtiment/logement dans l'empreinte carbone de la France, la présidente du Haut conseil pour le climat, Corinne Le Quéré, a confirmé que celui-ci était loin d'être négligeable : "Le bâtiment a un poids très important puisqu'il représente 18% des émissions domestiques de la France, ce qui en fait un des quatre secteurs d'activité les plus émetteurs du pays. Le Haut conseil est d'ailleurs en train de travailler sur un rapport dédié au bâtiment, qui devrait sortir d'ici un mois." Affaire à suivre donc.

 


Adapter la stratégie industrielle de la France et informer les ménages de l'impact environnemental des produits qu'ils consomment

 

Partant de ce constat, le Haut conseil pour le climat a identifié quatre leviers pour réduire les émissions polluantes liées aux importations. D'abord, adapter la stratégie industrielle de la France, ce qui sera peut-être le cas suite à la crise du Covid-19 et aux possibles prises de conscience qu'elle a pu soulever. Ensuite, les spécialistes insistent sur la nécessité d'informer les ménages de l'impact environnemental des produits qu'ils consomment. A l'échelle de l'UE, il est également suggéré d'encadrer les échanges commerciaux pour faciliter la baisse de la pollution provoquée par les importations. Enfin, le rapport préconise d'orienter la coopération internationale de la France vers une consolidation des engagements déjà pris avec l'Accord de Paris de 2015.

 

Mais il s'agirait de faire vite et de mettre les bouchées doubles. Dans un scénario respectant l'objectif de limitation du réchauffement planétaire à 1,5°C, et par rapport aux niveaux des émissions enregistrés en 2005, il faudrait que la France fasse baisser ses émissions importées de 65% et ses émissions domestiques de 91%, pour finalement atteindre une réduction de son empreinte carbone de 79% à l'horizon 2050.

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