SANTE AU TRAVAIL. Suite à la publication du rapport Lecocq, qui propose notamment de créer une superstructure en forme de guichet unique pour gérer les activités de prévention-santé-sécurité, plusieurs organisations professionnelles réagissent, craignant la fin de la spécificité de l'OPPBTP.

La députée LREM Charlotte Lecocq a remis au Premier ministre Edouard Philippe un rapport portant sur une meilleure organisation du secteur de la santé au travail. Le document propose plusieurs pistes de réflexion, parmi lesquelles la création d'une "entité unique de prévention" : une sorte de superstructure en forme de guichet unique, chapeautée par l'Etat, qui regrouperait plusieurs organismes aujourd'hui distincts, dont l'Organisme professionnel de prévention du BTP (OPPBTP). "Nous allons rester particulièrement vigilants sur ce point", prévient Jacques Chanut, président de la Fédération française du bâtiment (FFB). "Nous militons pour une santé au travail préventive plutôt que curative, car il vaut toujours mieux prévenir que guérir. D'autant que cela coûte moins cher à tout le monde", a-t-il précisé à Batiactu.

 

Une spécificité à sauvegarder

 

Insistant sur la nécessité de préserver la spécificité du bâtiment, dont les salariés cotisent à hauteur de 0,11% pour financer l'OPPBTP, Jacques Chanut ne veut pas que l'organisme disparaisse au profit d'une entité administrative unifiée : "La profession paye pour la prévention des risques et elle y est particulièrement exposée, c'est pourquoi il faut conserver cette particularité". L'OPPBTP doit donc être maintenue dans son état et son fonctionnement actuels pour le président de la FFB, qui conclut : "Si le gouvernement veut toucher à l'OPPBTP, il trouvera la FFB sur sa route".

 

Max Roche, président d'EGF.BTP (Entreprises générales de France - BTP), a également réagi auprès de Batiactu sur cette menace fantôme qui se profile sur l'organisme de prévention du bâtiment : "Je suis très attaché à l'OPPBTP. Cet organisme dédié à la prévention-santé-sécurité des hommes et des femmes qui travaillent dans le BTP est une spécificité de notre secteur, qui contribue à lutter contre un niveau d'accidentologie qui reste trop élevé. L'OPPBTP accompagne les entreprises de construction de toutes tailles dans leurs efforts quotidiens pour prévenir les accidents du travail et maladies professionnelles, et œuvre en faveur de la santé et la sécurité au travail. A ce titre, il s'agit d'un outil précieux pour toute la profession qu'il ne faut pas remettre en cause".

 

Le gouvernement pointe des doublons

 

Pour rappel, le rapport Lecocq suggère de centraliser trois organismes, à savoir l'Institut de recherche et de sécurité (INRS), l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact) et l'OPPBTP, pour en faire une seule entité publique, qui prendrait la forme d'un guichet unique. Le fonctionnement de cette superstructure à l'échelle nationale serait assuré par un réseau d'agences régionales de prévention, l'objectif étant in fine de simplifier le système et d'accroître son efficience. Matignon avait déjà affirmé cette volonté de l'exécutif dans un communiqué : "En large partie du fait d'une construction par strates successives, le système actuel est source d'inefficacités. […] Il génère des doublons, des interférences et nécessite une coordination très consommatrice de ressources, notamment en temps, de cette multiplicité d'acteurs".

 

Néanmoins, la députée à l'origine du rapport avait tenu à rassurer le bâtiment quelques jours après avoir rendu son document au Premier ministre : "Ce que fait la branche BTP en prévention est exemplaire par rapport à ce qui se fait dans d'autres branches", a indiqué Charlotte Lecocq à Batiactu. "Nous voulons préserver cette dynamique qui fonctionne, et encourager d'autres branches à suivre l'exemple de ce secteur pour identifier les risques prioritaires."

 

Les négociations attendaient une lettre de cadrage du gouvernement pour s'amorcer. Affaire à suivre.

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