TECHNOLOGIES. Selon une étude réalisée par Qualitel, les Français seraient encore frileux par rapport à l'adoption de solutions domotiques. Pascal Portelli, président du directoire de Delta Dore, souhaite donc que les industriels travaillent à dissiper ces craintes.

Les enceintes connectées, réfrigérateurs communicants, portes intelligentes et autres systèmes télé-opérés ne sont pas encore devenu la norme dans les intérieurs français. Le 2e baromètre Qualité de vie à la maison réalisé par Ipsos pour le compte de Qualitel dévoile même que les consommateurs éprouveraient quelques réticences à s'en équiper. A cause du prix de ces solutions et à cause d'une certaine techno-phobie. Pascal Portelli, président du directoire de Delta Dore interrogé par Batiactu, veut rester positif : "Les conclusions de cette étude sont intéressantes et déjà connues. Les obstacles perçus au développement de la domotique n'ont pas changé. Mais beaucoup de choses sont très positives : 93 % des Français ont entendu parler de logement connecté. C'est plutôt un progrès. Le taux d'équipement reste faible, mais avec 3 personnes sur 10, nous sommes sortis du marché de niche pour entrer dans le marché de masse".

 

Le président poursuit son analyse : "Les thermostats connectés semblent intéresser les Français, ce qui n'est pas anecdotique. Même si l'intérêt premier reste plutôt celui de la sécurité contre les intrusions". Selon lui, le marché français de la "maison connectée" et de son pilotage, s'élèverait à 600 M€ par an. Et les principaux marchés européens seraient situés chez nos voisins, Allemagne, Italie, Royaume-Uni et Espagne, ainsi qu'aux Pays-Bas, où les consommateurs seraient plus "technophiles". Cependant, chez Delta Dore, on en est certain : "Ce n'est qu'une question de temps avant que nous les rattrapions". Côté budget, Pascal Portelli concède : "Les prix sont encore un peu élevés mais ils baissent. Ils suivent la tendance de l'électronique avec des volumes de plus en plus élevés". Il souhaite d'ailleurs que les offres, jusqu'ici orientées sur les consommateurs des couches supérieures (CSP+) évoluent vers des choses plus abordables.

 

Rassurer sur l'intensité des ondes et l'utilisation des données

 

Sur l'inquiétude généralisée face aux ondes électromagnétiques, il répond : "C'est une question d'éducation. Les puissances rayonnées sont infinitésimales, moindres que le WiFi ou qu'un smartphone collé à son oreille. Ces craintes relèvent de l'irrationnel. Il n'y a aucun sujet de santé avec les puissances déployées. Nous avons donc un travail d'information à faire pour dissiper les craintes". Pour le président du directoire de Delta Dore, une bonne pédagogie sera nécessaire, à l'image de ce qu'Enedis a déployé tardivement pour pouvoir installer les compteurs Linky sans heurts. Quant au sentiment que les équipements connectés joueront le rôle de mouchards ne respectant plus la vie privée des utilisateurs, Pascal Portelli argumente : "Les informations remontent, oui, et la façon de les exploiter n'est pas toujours bien connue du public. Il faut donc une transparence absolue de façon à les rassurer. Expliquer exactement ce qui remonte, qui va l'utiliser et pourquoi". Citant l'exemple de Delta Dore, il précise que, par défaut, les informations sont bloquées et c'est le client qui décide d'y donner accès. "Depuis RGPD, il faut une approbation explicite. Et les informations collectées ne servent pas à faire de la publicité ciblée et ne sont pas revendues mais sont uniquement destinées à du service, en interne", ajoute-t-il. Il souhaite avoir l'opportunité de démontrer l'utilité des services basés sur du partage de données anonymisées, "par exemple pour se comparer avec des pairs, comme cela se fait pour des applications de running". Selon lui, de telles pratiques un brin ludiques seraient utiles dans le domaine de la performance énergétique. Un "coach" pourrait ainsi guider les utilisateurs sur une base concrète afin d'améliorer le profil des consommations.

 

Quoi qu'il en soit, sur les aspects partage de données ou sécurité sanitaire, Pascal Portelli insiste : "C'est à nous, professionnels de la domotique, de rassurer et de jouer franc-jeu. Peut-être avec des campagnes d'information au moment de l'installation d'une application, ou lors de la vente des produits. Le but sera de se faire comprendre et de ne pas noyer le poisson dans un jargon juridique. C'est notre intérêt. Il faut instaurer la confiance". Des problématiques que François-Xavier Jeuland, président de la Fédération française de domotique, nous évoquait déjà au printemps dernier. Il estimait que la France n'en était encore qu'aux prémices et que le marché était en pleine phase d'apprentissage. Pour lui, les problèmes seront gérables tant que le support technique sera compétent, "ce qui apportera la confiance aux utilisateurs". Tous sont conscients que "les déceptions font baisser le taux de satisfaction". Les contreperformances et contre références sont donc proscrites.

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