FILIÈRE BOIS. Extrêmement mobilisées sur le Grand Paris, les entreprises du bâtiment et les sociétés immobilières s'emparent de plus en plus des projets de construction bois dans la région francilienne. La filière est portée par les réalisations de logements, les opérations d'extension-surélévation et l'augmentation du parc tertiaire, mais des spécificités et des freins grèvent son développement.

La construction bois a probablement un bel avenir en France, mais certainement encore davantage en région parisienne. Les entreprises du bâtiment implantées en Île-de-France - qui représentent 10% du total des sociétés installées dans cette région - profitent depuis quelques années maintenant d'une croissance soutenue, grâce tout particulièrement aux nombreux chantiers du Grand Paris. En parallèle, les politiques locales d'aménagement du territoire favorisent l'augmentation des parcs résidentiel et tertiaire, la rénovation énergétique des logements ainsi que le réaménagement de quartiers pour les transformer en éco-quartiers ; autant de projets qui préconisent le recours aux matériaux biosourcés et aux économies d'énergie.

 

D'après une enquête lancée par la Fédération interprofessionnelle du bois (Fibois) Île-de-France et réalisée par le cabinet spécialisé Nomadéis, le bois aurait donc un beau créneau à saisir. Et pourtant : le matériau sylvestre ne s'octroie qu'une part de marché de 0,6% du chiffre d'affaires de la construction au niveau régional. Dans toute la France, le bois se divise en trois sous-marchés : le logement, 49% de PDM ; l'extension-surélévation, 15% de PDM ; et le non-résidentiel, 36% de PDM. Les trois segments sont en croissance, mais c'est notamment celui des extensions-surélévations qui s'acclimate très bien à Paris et sa région, puisqu'il a enregistré une croissance de 88% entre 2016 et 2018. La raison : les besoins d'extension des logements sociaux dans un schéma d'urbanisation toujours plus dense. Les réalisations de logements ne sont pas en reste, après avoir bondi de 21% sur la même période. Au global, la construction bois francilienne représentait 240 millions d'euros en 2018, soit 13% du volume d'affaires national que le matériau sylvestre peut engendrer.

 

Doublement de la surface de plancher entre 2015 et 2020

 

Certaines caractéristiques soulevées par l'étude sont également surprenantes. Par exemple, 79% du chiffre d'affaires de la construction bois en région parisienne sont réalisés par des entreprises qui ne sont pas domiciliées en Île-de-France. Une situation qui "résulte en partie de la désindustrialisation" de la région capitale, se traduisant dans les faits "par un nombre limité d'entreprises de première et de seconde transformations du bois" aux alentours de Paris. "Cela est également dû au déséquilibre entre la forte production de feuillus par les forêts franciliennes et la forte demande de résineux en aval de la filière", souligne le document. "L'Île-de-France est ainsi la première région importatrice de bois en 2019."

 

Quoi qu'il en soit, la marge de manoeuvre est encore importante. Certes, la surface totale de plancher en construction bois a été multipliée par 2,14 entre 2015 et 2020, passant de 390.000 m² annuels à 840.000 m², mais le nombre de projets s'est stabilisé à une moyenne de 87 par an sur le même laps de temps, pour atteindre 1.089 dossiers représentant 3,79 millions de m². "La croissance du marché s'explique donc par une forte hausse de la surface de plancher moyenne d'un projet, qui double entre 2015 et 2020. La construction bois concerne donc de plus en plus de projets de grande ampleur", analyse le document. Sur le plan géographique, la petite couronne concentre 42% des projets et 43% de la surface de plancher, contre 38% des projets et 39% de la surface de plancher pour la grande couronne, et seulement 20% des projets et 18% de la surface de plancher à Paris. La capitale reste malgré tout bien plus dynamique que les autres départements franciliens, puisque 7% de sa surface totale de plancher ont été dédiés au bois entre 2015 et 2020 - contre 4% dans le reste de la région.

 

Prépondérance des logements, montée en puissance des ERP

 

Les projets de construction bois de toute l'Île-de-France se répartissent entre des logements (51%), des établissements recevant du public (ERP, 44%), des bâtiments mixtes (3%) et des sites industriels ou agricoles (2%). "En termes de surface de plancher, la construction bois concerne à 50% des bâtiments résidentiels (dont 96% de logements collectifs), à 41% des ERP, à 9% des bâtiments d'usage mixte et à 0,3% des bâtiments industriels et agricoles", complète Nomadéis. On notera d'ailleurs que les ERP ont vu leur surface de plancher gagner 10 points ces cinq dernières années. La généralisation ne semble toutefois pas pour demain, dans la mesure où 5% seulement des projets identifiés par l'étude représentent 43% de la surface de plancher du marché francilien de la construction bois, ce qui veut donc dire que "le marché est dominé par une minorité de projets de grande ampleur qui en sont la vitrine et contribuent fortement à sa croissance".

 


"La dynamique de construction bois est particulièrement forte pour les bâtiments résidentiels (54% des projets et 51% de la surface de plancher), en majorité des logements collectifs à paris et en petite couronne, et individuels en grande couronne. Les départements les plus dynamiques sur le marché francilien de la construction bois sont la Seine-et-Marne (22% de la surface de plancher), la Seine-Saint-Denis (22%) et Paris (18%). [...] les départements les plus actifs sur le marché de la construction bois sont également les départements les plus actifs sur le marché global de la construction. Toutefois, le département de Paris représente une exception, puisque la dynamique du marché de la construction bois y est particulièrement importante par rapport au marché global de la construction."
-Étude Fibois Île-de-France

 


Tandis que le neuf concerne 58% des projets bois, la rénovation s'en octroie 19%. Et alors que la Réglementation environnementale 2020 doit entrer en vigueur dans six mois, 55% des projets de construction bois ont déjà recours à d'autres matériaux biosourcés, à commencer par la paille (65%), suivie loin derrière par l'ouate de cellulose (16%).

 

Bâtir des immeubles de grande hauteur en bois, une "complexité technique"

 

La dynamique semble donc être là, mais comment se fait-il alors que le secteur peine à passer à la vitesse supérieure ? Il faut dire que les freins sont encore nombreux, du coût au mètre carré jugé trop élevé à la réglementation (notamment en matière de sécurité incendie) en passant par les contraintes techniques : "Les acteurs du marché soulignent ainsi la complexité technique de construire des bâtiments de grande hauteur (R+8) ou encore les défis en matière d'isolation acoustique", précise l'étude. Enfin, et c'est un obstacle souvent mis en avant, "le marché souffre d'un manque de structuration et d'expertise", souvent observé chez les bureaux d'études et les bureaux de contrôle. Ce qui ne doit pas non plus occulter "le faible développement de la filière en général", constituée d'un nombre restreint d'entreprises positionnées sur ce marché.

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