RÉNOVATION. Crédit d'impôt Transition énergétique, Certificats d'économie d'énergie, Eco-prêt à taux zéro, éco-conditionnalité… L'Association Energie & Avenir organisait, ce 20 novembre 2018, une table ronde réunissant le Plan Bâtiment Durable, la Plan de rénovation énergétique des bâtiments, l'Ademe et un industriel, afin de débattre autour des moyens mis en œuvre pour parvenir à 500.000 chantiers par an.

Au moment de son départ fracassant du gouvernement, l'ex-ministre de la Transition écologique et solidaire déplorait le manque de moyen finalement alloué à la rénovation énergétique des bâtiments. Un sentiment que Marjolaine Meynier-Millefert, co-animatrice du Plan de rénovation ad hoc, ne partage pas entièrement : "Effectivement le CITE (Crédit d'impôt Transition énergétique) est passé de 1,7 Mrd € à 700 ou 800 M€. Ces moyens ont donc été réduits, en raison de l'envolée du budget lié aux fenêtres qui a généré un trou important. Mais il n'y a pas que le CITE, et tous les budgets mis bout à bout - CEE, éco-PTZ, Caisse des Dépôts et Consignations, Anah… - atteignent tout de même 14 Mrds € ce qui fait beaucoup d'argent". L'enveloppe reste donc très conséquente mais dispersée sur une multitude de dispositifs différents, rendant les décisions d'investissement moins simples à prendre.

 

Des dispositifs qui doivent être clairs et stables

 

Pierre-Louis François, président du groupe Atlantic, analyse : "Nous autres, industriels, militons pour un système simple (…) Les pouvoirs publics souhaitent accélérer le mouvement des rénovations et interviennent, en tenant compte des contraintes budgétaires. Il y a besoin d'outils publics, car rien ne se fera sinon. Les particuliers ou installateurs ne sauront pas 'Faire' tout seuls". Il plaide donc pour l'adoption de dispositifs simples et pérennes dans le temps : "Il ne faut pas changer trop souvent. D'accord pour les faire évoluer mais ils doivent rester stables. Le simple fait de les changer déstabilise et fait perdre en efficacité". Un point de vue que partage la directrice adjointe du Plan Bâtiment Durable, Anne-Lise Deloron : "La visibilité est nécessaire sur plusieurs années. Nous militons au Plan pour un projet de loi de Finances pluriannuel". Pour elle, l'enveloppe et les solutions éligibles devraient rester constants avec des aménagements seulement sur le mode de distribution des aides, par exemple sous forme de prime ou de crédit d'impôt.

 

Justement, sur le CITE, Marjolaine Meynier-Millefert, a été interrogée sur les dernières évolutions de ce dossier : "C'est en grand débat avec les députés en charge des questions de finances. L'idée est de plafonner les gestes en fixant un maximum. Personnellement je ne suis pas d'accord avec la sortie des fenêtres du dispositif, mais il faut reconnaître que la première version n'était pas logique avec 30 % accordés sur tous les produits de menuiserie. Le budget s'est donc envolé. Voilà pourquoi il faut limiter les aides au remplacement des simples vitrages et plafonner à un forfait de 100 € par menuiserie. Ainsi, le CITE passerait de 800 M€ à seulement 100 M€". Pour la co-animatrice du Plan de rénovation énergétique des bâtiments, ce qui est vrai pour les menuiseries, l'est aussi pour tous les autres éléments de la construction. "Pour l'isolation des combles, ce sont les CEE qui les prennent en charge. Avec un coût bas et une bonne efficacité énergétique, le retour sur investissement est très bon. Mais ce geste ne doit-il réellement coûter que 1 euro ?". La députée de l'Isère s'interroge sur la dévalorisation de cet acte technique.

 

Un manque de connaissances de la part des ménages, surtout précaires

 

Reste la question de la méconnaissance des aides par le grand public. "Les taux de notoriété varient de 30 % à 50 %", relève José Caire, directeur Villes & territoires durables à l'Ademe. "La campagne de communication 'Faire' doit simplifier la perception de ces dispositifs portés par les Espaces Info Energie, les Points Rénovation Info Service... D'où la bannière commune et le site Internet unique, pour en faciliter le repérage". L'idée, pour tous les acteurs sera d'embarquer un maximum de ménages, de collectivités et d'entreprises, avec la signature d'une charte chargée de restaurer la confiance. "Mais l'accueil, l'information et le conseil ne sont que le premier étage de la fusée. Cela ne suffit pas. L'accompagnement pendant le parcours des travaux, avec la comparaison des devis, le montage de dossier financier, peut être effectué par des architectes ou des bureaux d'études. Mais ils n'interviennent que sur des chantiers importants. D'où l'expérimentation des plateformes de rénovation énergétique, dont 150 sont déployées à ce jour", détaille-t-il. Anne-Lise Deloron, du Plan Bâtiment Durable, rebondit : "Pas besoin que les Français soient experts des aides à la rénovation. Ce qu'il faut c'est qu'ils sachent que des informations sont disponibles sur Internet et que des centres d'information existent".

 

Marjolaine Meynier-Millefert estime pour sa part que le CITE et la campagne "Faire" s'adresseraient à un public déjà averti, éclairé, prêt à engager une démarche de travaux. "C'est très différent du public précaire, qui lui n'ira pas de lui-même vers la rénovation. Son problème est d'ordre financier, ne serait-ce que pour payer ses factures à la fin du mois", explique-t-elle. Une population défavorisée qui nécessite un accompagnement d'autant plus suivi, avec des mécanismes spécifiques, comme la prime gérée par l'Agence nationale de l'habitat, qui s'adresse à eux. La députée convient : "Le volume des rénovations est aujourd'hui de 300.000 par an, au lieu de 500.000. Pour atteindre les objectifs, il faudrait donc passer maintenant à 750.000 rénovations par an". Une massification qui pourrait nécessiter plus de moyens… "Il faudrait encore 10 Mrds € de plus pour parvenir aux objectifs à temps. Comme il sera impossible d'obtenir ces crédits, il faudra être inventifs", glisse la co-pilote du Plan de rénovation.

 

La rénovation par étapes encore évoquée

 

Les acteurs de la rénovation s'interrogent également sur la pertinence des interventions par étapes, et de l'ordre à adopter. Le spécialiste de l'Ademe note : "Il y a un vrai problème sur la ventilation, trop souvent oubliée. Des progrès sont à faire la dessus". De même, la production d'eau chaude sanitaire s'avère être un poste où l'optimisation sera nécessaire, puisque les besoins journaliers resteront incompressibles. Le triptyque "sobriété - efficacité - renouvelables" devrait en tout cas rester la norme. Car, comme le souligne Pierre-Louis François, dirigeant d'Atlantic : "Il n'existe pas de bonne solution unique. Les approches clivantes sur les technologies ou énergies à adopter ressemblent à des luttes de chapelle. Cela apporte de la confusion pour les ménages, car la réponse dépend de l'enveloppe, de la localisation, des possibilités de travaux. Le panachage pourra être la solution". Ce que Marjolaine Meynier-Millefert confirme : "Quels travaux mettre en œuvre ? Il faut s'appuyer sur les contraintes locales, sans dogmatisme. Le chauffage au bois, par exemple, n'est pas adapté partout. L'intervention sur les combles est efficace, d'accord. Mais comment faire dans un appartement ?". La logique d'efficacité devra donc prévaloir, en accord avec le principe d'obligation de résultats plutôt que de moyens.

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