TRANSITION ÉNERGÉTIQUE. A l'occasion de la parution d'un livre blanc intitulé "Economie circulaire. Les bonnes raisons de changer", le fabricant de revêtements de sols souples Forbo est revenu sur ses "bonnes pratiques" en termes de réduction de déchets, de réutilisation et de recyclage des matériaux, et de renouvellement des ressources. Des sondages réalisés auprès des professionnels du BTP ont aussi été présentés.

A l'heure de la transition écologique et énergétique, le bâtiment doit lui aussi s'inscrire dans la boucle vertueuse de l'économie circulaire. C'est l'idée directrice du livre blanc intitulé "Economie circulaire. Les bonnes raisons de changer", publié par le groupe Forbo, spécialisé dans les revêtements de sols souples. L'industriel a décidé de plancher sur cette thématique lors de la Semaine du développement durable, qui a pris place du 30 mai au 5 juin 2019, et s'est vu conforter dans cette réflexion par la présentation par le Gouvernement de la Feuille de route de l'économie circulaire (Frec) et du projet de loi relatif à l'économie circulaire et à la lutte contre le gaspillage, porté par la secrétaire d'Etat à la Transition écologique Brune Poirson. La thématique du développement durable n'a de cesse de s'amplifier chaque jour et d'occuper une part importante des discussions, tant pour les particuliers que pour les professionnels. Les responsables de Forbo reconnaissent notamment que le sujet est devenu incontournable pour un grand nombre de leurs clients, ce qui se traduit par un nombre croissant d'appels d'offres intégrant ces préoccupations.

 

92% des matériaux utilisés ne sont pas recyclés et 83% ne le seront pas

 

Ceci dit, la filière s'est rendu compte que l'économie circulaire était souvent restreinte au seul recyclage, alors qu'en réalité ce concept recouvre d'autres principes. Le livre blanc de Forbo présente à ce sujet différents sondages effectués auprès des professionnels de la construction et qui témoignent de cette méconnaissance : ainsi, 64% d'entre eux ne se sentent pas assez informés des enjeux et des solutions liés à l'économie circulaire, estimant que l'économie circulaire se résume à 80% au recyclage. Selon eux, les éléments du bâti facilement recyclables seraient les portes et fenêtres à 61%, suivies par les sols à 51%, les murs à 48% et les plafonds à 26%.

 

Ce baromètre, basé sur un panel de 268 répondants, a en outre demandé aux professionnels quels étaient, à leurs yeux, les revêtements de sols plutôt faciles à poser : les réponses se sont portées à 70% sur le textile, à 52% sur le PVC et à 48% sur le carrelage. A l'inverse, les matériaux plutôt difficiles à appliquer seraient le stratifié, à hauteur de 52%, et le linoléum à hauteur de 47%. Pour leurs chantiers, 92% des matériaux utilisés ne sont pas recyclés, et 83% ne le seront pas. Les raisons ? Pour les matériaux recyclés, 62% invoquent une méconnaissance des solutions, 50% le manque voire l'absence de demandes de la part des clients et des maîtres d'ouvrages, 38% le manque d'habitude et de réflexe, et 38% des produits indisponibles ou difficiles à trouver. Pour les matériaux à recycler, 66% pointent une contrainte en termes de logistique et de stockage, 43% avouent ne pas y avoir pensé en amont des chantiers, 41% jugent ces procédés trop chers et 32% dénoncent l'absence de points de collecte et de déchetteries.

 

Mais c'est bien la problématique du prix qui arrête le plus les professionnels : pour 52% d'entre eux, les matériaux recyclés sont équivalents aux produits neufs au niveau de la qualité, alors qu'ils sont dans le même temps 42% à juger que les recyclés sont supérieurs aux neufs au niveau du prix d'achat. Dans ces conditions, seulement 18% des professionnels du BTP affirment avoir déjà participé à un projet appliquant les principes du "design circulaire", en ayant accordé la priorité à l'utilisation de matériaux pouvant être revalorisés ou recyclés (88%) et à celle de matériaux à faible empreinte carbone (50%). Et quand les sondeurs leur ont demandé les raisons qui les motiveraient à intégrer l'économie circulaire dans leurs projets, les professionnels ont été 71% à avancer la concordance avec leurs convictions écologiques, 64% la valorisation de l'image de leur entreprise, et 34% le respect de la réglementation.

 

Tout un système à (re)penser, de la première à la dernière étape

 

Sur la base de ce livre blanc, les industriels considèrent que les architectes, autre maillon essentiel des projets de construction, sont déjà mobilisés sur l'économie circulaire mais qu'ils sont en attente d'actions concrètes de la part des fabricants. "Les architectes en formation aujourd'hui sont doublement concernés par ces évolutions vers l'économie circulaire : à la fois en tant que jeune génération plus sensibilisée que les précédentes par les enjeux environnementaux, et aussi parce que leurs futurs clients vont faire évoluer la demande dans ce sens", estime Franck Dietmann, fondateur et directeur d'ArchiMaterial et de la Matériauthèque Campus, un partenaire de plusieurs écoles d'architecture.

 

"Une des réponses viendra certainement dans un basculement progressif vers un modèle basé sur les services autour du revêtement de sol, bien au-delà des activités de pose et de dépose", pronostique Christine Taupiac, directrice internationale du segment commerce de détail chez Forbo Flooring Systems. "Cela va au-delà de l'éco-conception", abonde Fanny Gay, créatrice/conceptrice chez Forbo. "Il ne s'agit plus seulement d'économiser sur les ressources ou sur les processus de fabrication par exemple, mais de réfléchir à la façon dont les produits seront utilisés dans le futur et de faciliter des usages qui les verront connaître une plus grande longévité."

 

De l'approvisionnement énergétique des usines aux filières de traitement des déchets post-installation

 

Certains industriels ont pourtant instauré des "bonnes pratiques". Par exemple, le site Forbo Sarlino de Reims, dans la Marne, est certifié pour sa politique de sélection des matières premières et sa chasse aux substances dangereuses avérées et potentiellement dangereuses. Une réflexion qui s'étend notamment aux matières premières recyclées, avec aussi une substitution progressive de certaines familles de produits à plusieurs gammes de produits utilisant des matières premières d'origine végétale ou biosourcées. La stratégie environnementale de l'industriel se fonde sur le principe des "4 R", pour "réduire, réutiliser, recycler et renouveler".

 

Concrètement, la politique de réduction passe par une baisse des déchets de production, une optimisation des matières premières vierges (à titre d'exemple, le marmoleum se compose de 97% de matières premières naturelles, dont 72% renouvelables) et une diminution des émissions des composés organiques volatils (COV). Les aspects réutilisation/recyclage se traduisent pour leur part par une intégration de matériaux recyclés dans les produits Forbo et la participation de l'entreprise à différentes filières de traitement des déchets post-installation, à l'image du programme de recyclage Tournesol destiné aux chutes de pose. Enfin, le renouvellement s'illustre au niveau des matières premières, comme déjà expliqué plus haut, mais aussi par le mix énergétique pour l'approvisionnement électrique des usines du groupe, combinant une forte proportion d'éolien et de photovoltaïque aux côtés du gaz naturel.

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