INNOVATION. Des tours résidentielles recouvertes d'arbres, de potagers et d'algues vont fleurir dans le XIIIème arrondissement de la capitale. Derrière ce projet, l'agence XTU architects cherche à renouer l'intensité de la ville à ses espèces florales et animales.

Allier la biodiversité au logement en plein cœur de la capitale… Les architectes de l'agence XTU architects et MU architecture ont relevé le défi et ont obtenu les félicitations de la ville de Paris. La municipalité a déclaré en 2016 le projet "Alguesens" lauréat de son appel à projets urbains "Réinventer Paris". En cours de chantier, ce projet de plusieurs bâtiments résidentiels se veut à la croisée de l'architecture et des sciences du vivant. Le but ? Créer une société durable et résiliente.

 

"Nous avons cherché des solutions simples qui ne soient pas du végétal humide mais des systèmes autochtones qui fonctionnent seuls", explique Anouk Legendre, architecte associée et gérante de XTU architects, présente à l'événement Enerj-Meeting organisé par Batiactu le 7 septembre.

 

Trois tours végétales accueillent des logements

 

Situé dans un quartier qu'Anouk Legendre décrit comme "minéral", le projet "Alguesens" est à la fois un îlot végétal et de fraîcheur. "Lorsque nous avions lancé cette idée il y a six ans, le végétal n'était pas encore aussi développé que maintenant", atteste-t-elle. Une première tour, la Tree House, abrite des arbustes et arbres sur ses grands balcons pour accueillir la biodiversité. La seconde, la PlantHouse, possède toutes formes de potagers et jardinières pour développer l'agriculture urbaine en loggias, sous serres et à l'air libre sur la toiture. Enfin, la dernière tour, AlgoHouse, se présente sous forme de biofaçade productrice de microalgues. "Ces trois tours reposent sur un socle commun, travaillé comme un écosystème, de la même façon qu'en milieu naturel. On retrouve plusieurs ambiances, des sous-bois à des espaces plus herbeux."

 

Alguesens XTU architects TreeHouse
Le bâtiment TreeHouse fait partie du projet Alguesens qui verra le jour dans le XIIIème arrondissement de Paris. © XTU

 

"Avec ses services écosystémiques, la TreeHouse est une continuité écologique et une trame verte", estime l'architecte, qui voit cette tour comme un puits de carbone. Le balcon est composé d'une jardinière et d'une autre zone où les usagers peuvent marcher. "La question de la charge sur ce balcon était importante, nous avons donc travaillé sur des substrats légers. Aussi, selon l'orientation de la façade, celle-ci abrite différents végétaux. Ainsi, l'écosystème varie selon la hauteur et l'orientation du bâtiment." Au nord et à l'est, on retrouve certaines plantes comme du romarin, tandis qu'au sud, des plantes plus résistantes à la sécheresse et qui ont moins besoin d'eau se développent. "Le but est que différentes espèces animales viennent repeupler ces espaces urbains." Sur le toit, des bacs à composte et hôtels à insectes ont été installés, ainsi qu'un potager qui crée du lien social entre les usagers. C'est également un vecteur "de relation entre les générations", considère Anouk Legendre.

 

Une serre et des jardinières qui enveloppent l'immeuble

 

Composées d'un mélange de vivaces et d'arbustes, des jardinières font le tour du bâtiment PlantHouse. "Un avantage pour l'irrigation", précise la gérante de l'agence lauréate. Comme pour TreeHouse, le site possède un potager sur le toit et garantit la présence de différentes espèces végétales, telles que des fraisiers sur la partie sud et de la rhubarbe au nord. "Une serre court également sur toute la verticale du bâtiment, avec des agrumes."

 

Plus technologiques que ses sœurs, AlgoHouse est pourvue d'une biofaçade de 300 m2, "une première mondiale". "Ce système de façade, rempli d'eau, bénéficie de la lumière du soleil et produit de la biomasse accélérée plutôt que de l'électricité", détaille l'intervenante, devant un public occupant l'une des salles du palais Brongniart, à Paris. Une double façade qui capte l'énergie solaire permet de maintenir une température constante, en hiver comme en été. Trois souches de microalgues peuplent la façade et sont utiles à la production de protéines végétales, de médicaments mais aussi de cosmétique.

 

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L'agence n'en est pas à son premier projet écologique. Elle travaille depuis quinze ans sur les thèmes du végétal et de la biodiversité. Plusieurs solutions ont notamment été expérimentées par l'agence auparavant, comme un projet de bureaux à la Réunion, dans un bâtiment qui filtre les eaux grises afin d'irriguer des jardinières et d'éviter d'utiliser la climatisation.

 

À Bordeaux, l'agence s'est chargée de concevoir le musée de la Cité du Vin. "La ville nous avait demandé un grand parvis minéral et nous nous sommes battus contre cette décision, en faisant entrer la nature sur le site avec du végétal autour du site." L'agence mène également des expérimentations sur la terrasse de son voisin. "Nous avons installé un mur végétal résilient composé de plantes autochtones, qui poussent en autonomie, et faisons l'inventaire des espèces présentes mais aussi celles qui sont parties ou revenues."

 

Fiche technique d'Alguesens :

 

Client : BPD Marignan, SNI
Surface : 17.450 m²
Coût : 35 millions d'euros
Partenaires : MU architecture, Consortium SymBIO2
Chantiers : en cours

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