ECOLOGIE INDUSTRIELLE. En lançant un "hub d'accélération national pour une économie circulaire dans la construction" baptisé Agyre, Stéphane Le Guirriec, directeur général de la structure et président de l'Institut MECD (Matériaux et équipements pour la construction durable), cherche à inscrire le BTP dans un cercle vertueux qui ne se limiterait pas à la seule valorisation des déchets. Entretien.

Batiactu : En fondant Agyre, que vous présentez comme un "hub d'accélération national pour une économie circulaire dans la construction", quelles ambitions portez-vous et quels objectifs fixez-vous au secteur du BTP ?

 

Stéphane Le Guirriec : Je voudrai d'abord revenir sur le choix du mot "hub". A l'origine, nous avions pensé au mot plate-forme, mais nous nous sommes aperçus qu'il avait une forte connotation vis-à-vis des déchets ; or nous souhaitions détacher la problématique des déchets de l'économie circulaire, au sens large, dans le secteur de la construction. Aujourd'hui, le prisme est quasi-orienté vers la valorisation des déchets, mais nous avons la volonté de nous ouvrir aux autres piliers de l'économie circulaire tels que définis par l'Ademe (Agence de la transition écologique, ndlr), à savoir l'extraction, l'exploitation et l'achat durables ; l'éco-conception ; l'écologie industrielle et territoriale ; l'économie de la fonctionnalité ; la consommation responsable et l'allongement de la durée d'usage. C'est pourquoi nous avons choisi le terme "hub", qui se définit comme un concentrateur d'informations amalgamées permettant un redéploiement des énergies.

 

Nous sommes ensuite partis d'un constat simple : on dispose déjà à l'heure actuelle d'énormément de concepts, d'idées et d'outils sur l'économie circulaire, beaucoup remontant d'ailleurs jusqu'aux années 1970, et beaucoup provenant d'autres secteurs que la construction. L'économie circulaire n'est pas quelque chose de nouveau. L'un de ses piliers, l'économie de fonctionnalité, constitue un sujet d'intérêt majeur aujourd'hui. En fait, tout est déjà en place pour pouvoir travailler dans ce domaine. Il faudrait simplement ordonner et mettre en œuvre tout cela ; en un mot, il faut maintenant agir ! Le but du hub est donc d'activer l'ensemble des énergies en mouvement sur le territoire national, à différents niveaux et de différentes ampleurs.

 


Quelles ont été les différentes étapes de la création d'Agyre ?

 

S. Le G. : En 2018, nous avons approché le président de la région Centre-Val de Loire (François Bonneau, étiqueté PS, ndlr), le territoire d'origine de l'actionnaire majoritaire d'Agyre, le Cerib (Centre d'études et de recherches de l'industrie du béton, ndlr). Nous avons mis en avant le concept d'écologie industrielle et commerciale et son impact économique comme environnemental sur les territoires. Notre projet a reçu le soutien nécessaire et a pu être lancé. C'était en réalité une nécessité, car il manque aujourd'hui un acteur référent au niveau national pour accélérer les choses. Le hub s'est donc organisé en devant néanmoins composer avec une "contrainte" : que le Cerib reste l'actionnaire majoritaire. Il a ensuite fallu aller chercher une légitimité extérieure, et pour ce faire nous avons déposé une demande de subvention de filière dans le cadre du PIA (Programme d'investissements d'avenir, ndlr). En juin 2020, nous avons obtenu une subvention d'un montant d'1,2 million d'euros de la part de la BPI (Banque publique d'investissement, ndlr), avec un co-financement entre l'Etat et la région Centre. Puis la société Agyre a été créée à la mi-janvier 2020.

 


Maintenant que votre structure est en place, avec une feuille de route clairement définie, quels sont vos chantiers prioritaires ?

 

S. Le G. : Nous partons du constat que l'économie circulaire est pour l'heure traitée uniquement et modestement sous l'angle valorisation et recyclage, qui ne correspond qu'à l'un des sept piliers de l'Ademe. Une telle situation risque de nous conduire à une hypertrophie d'un des piliers, et à un retard plus ou moins important pour les six autres. Il faut donc trouver un point d'harmonie et passer à la vitesse supérieure ! Concrètement, cela signifie prendre des initiatives, mobiliser et entraîner les industriels… Notre approche de l'économie circulaire dans la construction et de son développement se veut globale, je dirai même holistique. Nous misons également sur une forte communication pour chaque succès obtenu afin d'entraîner le reste des acteurs. Paradoxalement, il y a peut-être même une ambition un peu démesurée en matière d'économie circulaire aujourd'hui, alors qu'il suffit de faire les choses de manière régulière et exemplaire.

 

Nous avons déjà lancé deux initiatives en région Centre. D'abord, "le Onze" à Chartres, un projet de logements intégrant des facteurs E+C- et le recours au BIM en phase de travaux, mais avec une exigence : tout faire à iso-coûts par rapport à un chantier conventionnel. Au final, nous avons conçu et réalisé un projet rejoignant au moins quatre piliers de l'économie circulaire, et qui n'est pas plus cher et pas moins rentable qu'un projet réalisé de manière classique. Nous souhaitons maintenant promouvoir la réplicabilité de ce type de projets au niveau d'un même territoire. Ensuite, le second programme, plus "grand" que le précédent, se baptise "Olympie", et il est question ici d'intégrer des granulats recyclés, d'adopter une approche béton bas-carbone et d'assurer la réversibilité de certains ouvrages.

 


Agyre et ses projets s'inscrivent dans un ancrage régional, mais avez-vous aussi commencé à travailler sur des projets de plus grande envergure, à l'échelle nationale, ou au sein d'autres régions que le Centre-Val de Loire ?

 

S. Le G. : Notre objectif est de garantir la réplicabilité vers d'autres territoires, et nous avons dans cette optique signé un premier partenariat avec l'USH (Union sociale pour l'habitat, ndlr). Plus largement, on compte s'appuyer sur les retours d'expérience du 11 à Chartres pour échanger avec les adhérents et partenaires qui seraient intéressés, et on va essaimer pour couvrir le plus de territoires possible. Nous avons aussi des contacts dans le Grand Ouest, par le biais des connexions du réseau Procivis. Pour le reste, Agyre étant installée à Dreux, un certain nombre de projets sur lesquels nous travaillons sont portés par l'agglomération de Dreux. Nous estimons qu'il faut aujourd'hui adopter une approche au niveau du quartier, en prenant en compte les interactions entre le quartier et ses habitants ou usagers. A terme, notre but est de disposer d'un démonstrateur de quartier. Nous n'avons pas encore de contacts pour une synergie globale, mais notre réseau compte déjà de nombreux industriels de la construction puisque l'Institut MECD que je préside est un membre-référent du Comité stratégique de filière Industrie de la construction.

 


Quelles ont été les réactions du secteur à la suite du lancement d'Agyre ?

 

S. Le G. : Je suis extrêmement surpris des retours que j'ai reçu du monde de la construction. Il y a de l'engouement qui traduit une réelle prise de conscience. Il faut maintenant obtenir une légitimité nationale qui ne peut pas s'auto-proclamer. Les acteurs majeurs de la construction nous rejoignent, au moins pour nous aider à bâtir la stratégie de l'organisation en siégeant à son conseil d'orientation. Nous avons ainsi des représentants de la Capeb (Confédération des artisans et petites entreprises du bâtiment, ndlr), de LCA-FFB (Constructeurs et aménageurs de la Fédération française du bâtiment, regroupés depuis peu dans le "Pôle habitat" de la FFB, ndlr), de l'USH, du CCCA-BTP (Comité central de coordination de l'apprentissage dans le bâtiment et les travaux publics, ndlr), de l'Ecole des mines, de la Fondation SMA-BTP, de Procivis, de start-up et de fournisseurs. Mais le local est une échelle importante, car faire de l'économie circulaire, c'est en réalité faire du circuit court. L'idée est d'activer tout ce qui est à disposition pour réaliser des programmes en accompagnant les collectivités territoriales et en dégageant un maximum de synergies. On fait, et derrière on communique, pour mobiliser davantage.

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