D'après Eolink, le modèle développé "résiste aux tempêtes les plus fortes, sans tirer outre-mesure sur les ancres". Mais comment s'oriente cette structure pyramidale où la nacelle est coincée entre les quatre bras ? C'est toute la machine qui pivote pour toujours faire face au vent, même dans le cas le plus défavorable où la houle et le vent sont désalignés de 90°. La petite société annonce : "C'est l'ensemble de la structure flottante qui tourne autour de son point d'ancrage unique". Une solution identique à ce qui est utilisé dans l'industrie pétrolière pour les barges de stockage, qui simplifie l'installation de l'engin et qui réduit la maintenance. Parmi les avantages mis en avant par l'entreprise, le remplacement du mât unique par quatre bras permet de mieux distribuer les contraintes structurelles. Eolink ajoute : "La rigidité supprime les problèmes de vibration inhérents au mât". In fine, cette solution réduit le coût de structure, accroît la résistance à la fatigue (et donc une durée de vie plus longue) tout en garantissant une taille de flotteur minimale.

 

La campagne d'essai en mer qui sera menée en Bretagne confrontera cette architecture novatrice à des conditions "proches de la réalité". La firme bretonne explique que le choix de l'échelle 1/10e pour son prototype a été dicté par la taille des vagues observées devant Sainte-Anne-du-Portzic, comprises entre 1 et 1,5 mètre, soit dix fois plus petites que celles observées au large, là où seraient déployées les vraies éoliennes flottantes. A l'image du SEM-REV, l'autre site d'essais en mer des énergies renouvelables, l'emplacement est instrumenté afin de suivre les principaux paramètres hydrodynamiques : trois anémomètres placés à différentes hauteurs mesurent la vitesse et la direction du vent, tandis qu'un houlographe, installé sur une bouée, indiquera la hauteur, la direction et la fréquence des vagues. Deux appareils ont également été implantés au fond afin de mesurer cette fois les cycles de courant dans la zone au moyen d'émissions d'ondes acoustiques. Cerise sur l'éolienne, la machine sera elle aussi bardée de capteurs de contraintes et de déformations, pour suivre l'évolution de la structure.

 

Eolienne flottante (prototype 1/10e)
Eolienne flottante (prototype 1/10e) © Eolink

 

Le projet, financé suite à une levée de fonds de 1 M€, a été réalisé principalement avec l'aide de sous-traitants régionaux : Chouteaux Metalform à Brest pour la fabrication du flotteur, Electrobrest pour les composants électriques ou Meunier pour les usinages. Pour les pales de l'éolienne, c'est Aérocomposites Saintonge (Charente-Maritime) qui a été sollicité, tandis que pour la génératrice, c'est le suisse Etel (également fournisseur des moteurs de Solar Impulse) qui a été mis à contribution. D'après la petite société bretonne, son concept optimise l'éolien flottant en diminuant le coût de production au moyen d'une productivité accrue (machines puissantes, emploi de systèmes redondants) et en améliorant le coût d'investissement unitaire. D'autant que les éoliennes ne font pas appel à des moyens de levage particuliers, ni à des navires d'installation ou de maintenance coûteux. Par rapport à des éoliennes de référence de 6 MW, la solution apporterait un gain de plus de 25 %. La société rappelle que le potentiel offshore français est estimé à 400 TWh/an et que le coût de production s'établirait à 60-70 €/MWh (source France Energie Eolienne). Eolink vise une production des premiers prototypes en taille réelle d'ici à 2021 puis une fabrication en série dès 2025. Au moment où les premières fermes commerciales (et non plus pilotes) seront attribuées au large des côtes françaises ?

 

Rappelons qu'outre Ideol et Eolink, d'autres sociétés françaises travaillent sur des machines flottantes, à l'image d'Eolfi (Naval Group et Vinci). Une autre PME au concept innovant (double éolienne a axe vertical), Nénuphar, a pour sa part récemment cessé son activité. La France estime se situer dans le peloton de tête mondial de ces technologies, même si, en Ecosse, Statoil en est déjà au stade suivant : une ferme de trois machines Hywind à l'échelle 1 y est en fonctionnement depuis la fin de 2017

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