DÉCRYPTAGE. Si les délais de paiement restent contenus, les grandes entreprises sont de plus en plus pointées du doigt pour leur manque de solidarité envers les plus petites. L'ensemble des acteurs économiques sont appelés à faire preuve de responsabilité pour ne pas plomber davantage une conjoncture déjà très tendue par la crise énergétique.


"La vague de défaillances d'entreprises annoncée pour la sortie de crise Covid n'est pas arrivée. Cela rejoint les prévisions que nous avions formulées avant la pandémie, et c'est la preuve que le système économique est résilient." Ces mots résolument optimistes ont été prononcés par le président de l'AFDCC (Association française des crédits managers & conseils), Nicolas Flouriou, en ouverture de la 9e édition des Assises des délais de paiement et des financements, le 10 novembre dernier à Paris.

 

 

La problématique des délais de paiement, que le secteur de la construction ne connaît malheureusement que trop bien, demeure dans la conjoncture actuelle. Une crise en chassant l'autre - si tant est qu'on puisse considérer la pandémie comme étant terminée -, aux perturbations des chaînes d'approvisionnement à l'échelle mondiale se sont ajoutées les répercussions de la guerre russo-ukrainienne et le renchérissement sans précédent des prix énergétiques.

 

Ce qui motive Charles Battista, à la tête de la Figec (Fédération nationale de l'information d'entreprise, de la gestion des créances et de l'enquête civile), à modérer le constat dressé précédemment : "Dans cette période très compliquée, il faudra tenir ce challenge extrêmement important de contenir les délais de paiement. On nous alerte depuis la fin de l'été sur leur dérapage, donc c'est justement maintenant qu'il faut y prêter attention pour les juguler." Et de rappeler qu'un délai de paiement augmente de 900% le risque de faillite d'une entreprise.

 

Un fléau pour la trésorerie

 

"Il ne faudra pas stigmatiser et bien distinguer ceux qui veulent mais qui ne peuvent pas, de ceux qui peuvent mais qui ne veulent pas", a ajouté le responsable. Avant de proposer la création d'une mission ministérielle qui regrouperait l'Observatoire des délais de paiement, les Médiateurs du crédit et des entreprises, la Banque de France, les organisations spécialisées ainsi que des experts publics et privés, le tout afin de mieux lutter contre le phénomène.

 

Message visiblement entendu par l'une des locataires de Bercy, présente à l'évènement : "La confiance est le premier actif économique. Or, je suis frappée du jeu parfois dangereux que certains acteurs jouent en ce moment", a souligné Olivia Grégoire, ministre chargée de l'artisanat et des PME (petites et moyennes entreprises). La représentante du Gouvernement a insisté sur la réalité des retards de paiement, un "problème structurel" qui implique de la "responsabilité" chez l'ensemble des acteurs économiques, quelle que soit leur taille et qu'ils soient publics ou privés.

 

Qui plus est, les entreprises françaises auraient la chance de bénéficier d'un contexte économique plutôt robuste par rapport à leurs voisines européennes, avec un niveau d'investissements maintenu et de l'activité en croissance. Les délais de paiement peuvent alors être comme une ombre au tableau : "Ils sont un fléau pour la trésorerie de nos entreprises, notamment les plus petites, et peuvent conduire à une défaillance, y compris pour les entreprises les plus viables", a déploré Olivia Grégoire.
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