SANTÉ. La mise en place du confinement de la population française, destinée à endiguer la propagation du coronavirus, peut engendrer des difficultés pratiques, dans les démarches administratives comme sur le terrain, pour les entreprises du bâtiment. Tour d'horizon des gestes à adopter et des conseils de prévention avec l'OPPBTP et les services de santé au travail.

La décision du Gouvernement de placer la population française en confinement doit permettre de lutter contre la propagation du coronavirus sur le territoire national. Mais, dans la pratique, cela peut engendrer des difficultés concrètes pour les entreprises du bâtiment et des travaux publics, dans leurs démarches administratives ou sur le terrain. Dans ce contexte perturbé, l'Organisme professionnel de prévention du BTP (OPPBTP) adresse aux professionnels une série de recommandations pour les aider dans leur quotidien, l'organisation des chantiers étant de fait impactée par ces "circonstances exceptionnelles" qui peuvent, de surcroît, générer des risques d'accidents.

 

En premier lieu, l'organisation souligne l'importance de bien identifier les difficultés relatives à l'organisation en elle-même ainsi qu'à la logistique : manque de personnels, de compétences, de matériels, d'équipements, problèmes d'approvisionnement en matériaux... Dans ces conditions, il est conseillé de rédiger un Plan de continuité d'activité (PCA), incluant un volet santé-sécurité des équipes sous sa responsabilité. "Cette étape vous permet de passer en revue les conséquences liées aux difficultés auxquelles vous devez faire face, et de définir les ressources nécessaires afin d'assurer le maintien des tâches essentielles à votre activité", indique l'OPPBTP. Il convient également de mettre à jour ce PCA ainsi que le document unique (DU), en intégrant les risques particulièrement liés à la pandémie du Covid-19. "Il est important d'y associer les membres du Comité social et économique (CSE) et de se faire épauler par votre service de santé au travail", ajoute l'organisation. Une aide à cette actualisation est disponible sur deux outils en ligne : MonDocUniquePrems et MonDocUniquePlus.

 

Adopter les bons gestes sur le terrain

 

Sur les chantiers ou en déplacement, les équipes se doivent également de respecter des précautions d'usage et respecter autant que faire se peut les gestes élémentaires de prévention. Ainsi, il est conseillé de "déterminer des points d'arrêt" et d'"envisager le report de certaines tâches quand les conditions de sécurité ne sont plus remplies (organisation, personnes formées et habilitées, EPI, absence de matériels et matériaux...)". De plus, dans le cas où des "EPI respiratoires spécifiques" ne seraient plus disponibles pour les collaborateurs, l'OPPBTP préconise de recourir au modèle supérieur, par exemple un masque à cartouche lors d'exposition à des poussières ou substances dangereuses.

 

Les protections collectives peuvent aussi être privilégiées, à l'instar de systèmes d'humidification ou d'aspiration à la source, voire des changements de modes opératoires : les postes de travail doivent être réorganisés de manière à assurer un éloignement minimum de 1 mètre entre chaque compagnon. Enfin, un rappel des gestes d'hygiène élémentaires, dits "gestes barrières", peut se faire en affichant un document imprimable spécifique, disponible en suivant ce lien. De même, les chefs d'entreprises ont aussi la possibilité de fournir des masques et des gants à leurs collaborateurs.

 


Les services de l'OPPBTP continuent à fonctionner à distance

 

Naturellement, les services de l'organisation restent accessibles à distance aux professionnels du secteur, qui sont invités à se connecter au service "Prévention BTP En Direct", où des spécialistes pourront répondre à leurs questions en lien avec le coronavirus. L'aide d'un conseiller en prévention sur le terrain, notamment pour des cas d'urgence comme des accidents, peut être sollicitée en contactant directement son agence OPPBTP habituelle. Mais l'organisation précise toutefois que ses réunions collectives en prévention ainsi que ses sessions de formation sont reportées, au vu de la crise sanitaire, à une date ultérieure.

 


Les services de santé au travail continuent à fonctionner

 

Dans un courrier adressé aux Directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (Direccte) ainsi qu'aux médecins-inspecteurs du travail, les ministères du Travail et de l'Alimentation ont apporté des précisions sur le fonctionnement des services de santé au travail. "En raison de leur mission essentielle d'intérêt général de protection de la santé et de la sécurité des salariés et dans l'objectif de ralentir la propagation de la pandémie, tout en garantissant la poursuite des activités essentielles à la continuité de la vie de la Nation, les services de santé au travail doivent assurer la continuité de leur mission, en adaptant bien évidemment leur activité et leur organisation au risque engendré par l'épidémie de Covid-19", peut-on ainsi lire dans l'instruction.

 

"A toutes fins utiles, il est rappelé que les médecins-inspecteurs du travail doivent être clairement identifiés comme les points de contact permettant aux services de santé au travail de saisir l'administration." Sur le plan organisationnel, les salariés des services de santé au travail sont eux aussi invités à télétravailler dans la mesure du possible, mais ceux relevant de missions "absolument indispensable[s] à la continuité de l'activité du service" doivent assurer leur présence dans les locaux dédiés, sachant que chaque professionnel de santé volontaire peut en outre "incorporer la réserve sanitaire afin de participer à la prise en charge curative, notamment sur son temps libre".

 

Les visites médicales des salariés du transport, de l'énergie ou de la logistique sont maintenues

 

Dans les faits et d'une manière générale, les visites chez le médecin du travail peuvent être reportées, sauf si ce dernier estiment qu'elles sont indispensables. Les services favoriseront d'abord un contact téléphonique entre l'entreprise et le professionnel de santé, qui jugera de la pertinence d'une éventuelle rencontre physique. Dans le cas où la visite serait reportée, la structure d'accueil du salarié en sera évidemment informée. En revanche, les rendez-vous médicaux des "salariés exerçant une activité nécessaire à la continuité de la vie économique de la Nation" sont maintenus. Sont ici concernés l'ensemble des professionnels de santé mais aussi les salariés des secteurs du transport, de l'énergie ou encore de la logistique. Les rencontres qui seront maintenues entre le médecin-inspecteur du travail et les salariés pourront se dérouler par visioconférence, si la situation s'y prête. Dans le cas contraire, l'entreprise doit prendre toutes les précautions sanitaires nécessaires, et le salarié ne sera pas reçu s'il présente des symptômes du coronavirus.

 

Enfin, l'instruction interministérielle précise que les services de santé au travail doivent "relayer activement les messages de prévention" et garantir "une permanence téléphonique suffisante pour conseiller les employeurs et les salariés". Si ces derniers ne trouvent malgré tout pas la réponse à leurs questions, ils peuvent contacter la plateforme en ligne du Gouvernement au numéro vert suivant, accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 : 0.800.130.000. Les actions de prévention qui étaient prévues dans les entreprises sont cependant, et en toute logique, reportées ultérieurement, "seules les situations d'urgence et justifiées peuvent conduire le médecin du travail à décider une intervention en milieu de travail (enquête d'accident du travail grave ou mortel, décision dans le cadre d'une procédure d'inaptitude ne pouvant être différée)".

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