TRANSITION. La présidente de la Commission européenne fraîchement élue, l'Allemande Ursula von der Leyen, a présenté ce 11 décembre 2019 son "pacte vert" pour le Vieux Continent, destiné à apporter des réponses concrètes aux problématiques du changement climatique et de la pollution. Les secteurs de la construction et de l'énergie sont notamment concernés.

L'Europe a maintenant son "green deal" : ce 11 décembre 2019, la présidente de la Commission européenne fraîchement élue, Ursula von der Leyen, a présenté son "pacte vert" pour aider le Vieux Continent à affronter les enjeux du changement climatique et de la pollution. Avec pour objectifs la neutralité carbone, la protection de l'environnement et le bien-être des citoyens, cette série de grands engagements communautaires doit permettre à tous les pays-membres d'assurer une transition écologique, énergétique mais également sociale à leurs populations respectives, tout en aidant les entreprises à trouver leur place dans ce processus. "Le pacte vert pour l'Europe est notre nouvelle stratégie de croissance. Il nous aidera à réduire les émissions tout en créant des emplois", a ainsi assuré Ursula von der Leyen. La nouvelle présidente de la Commission européenne souhaite que l'espace communautaire soit "climatiquement neutre en 2050", ce qui se traduira par une législation européenne spécifique, qui sera ensuite retranscrite en droit national et en obligation juridique, dans l'optique de susciter de nouveaux investissements. Parmi tant d'autres secteurs d'activité, la construction et l'énergie sont concernés par ce "New deal" européen du XXIe siècle.

 


Quels sont les résultats de l'Union européenne dans la lutte contre le changement climatique ?

 

Selon la Commission européenne, les pays-membres de l'espace communautaire ont déjà réalisé des progrès non-négligeables en matière de lutte contre le changement climatique, parvenant à moderniser leurs économies tout en réduisant leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Bien qu'il reste beaucoup de chemin à parcourir, on peut déjà relever que :

 

- Les émissions européennes de GES ont diminué de 23% entre 1990 et 2018, alors que le Produit intérieur brut (PIB) de l'Union européenne augmentait de 61% durant le même laps de temps ;

 

- 150 €/an sont économisés en moyenne par les ménages européens grâce au système d'étiquettes énergétiques ;

 

- 20% de réduction des émissions de GES sont visés pour 2020 dans le cadre de l'Accord de Paris, 40% à l'horizon 2030 ;

 

- 20% d'énergies renouvelables dans le mix énergétique sont visés pour 2020, 32% à l'horizon 2030 ;

 

- 20% d'amélioration de l'efficacité énergétique sont visés pour 2020, 32,5% à l'horizon 2030.

 


Une plateforme ouverte regroupera les professionnels de la construction, les architectes, les sociétés d'ingénierie et les collectivités territoriales

 

Dans le bâtiment, la Commission européenne veut lancer une "vague de rénovation" pour aider les citoyens à faire baisser leur consommation d'énergie, et donc leurs factures. Rappelant que la construction, l'exploitation et la rénovation du bâti requièrent d'importantes quantités de matériaux et d'énergie, elle estime que le taux actuel de modernisation des bâtiments publics comme privés devrait au moins doubler. Pour atteindre une meilleure performance énergétique des constructions, il est donc envisagé de faire correspondre la conception des bâtiments avec les impératifs de l'économie circulaire, et d'encourager les économies d'énergies grâce aux prix des différentes sources énergétiques, notamment les plus décarbonées. Une plus grande protection climatique des bâtiments doit aussi aller de paire avec une plus stricte application des réglementations de performance énergétique, tout en recourant davantage à la numérisation.

 

"Le coût de la transition sera élevé, mais le coût de l'inaction sera encore plus élevé", a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne.

 

Pour cela, la Commission souhaite lancer en 2020 une initiative pour encourager la rénovation du bâti : une plateforme ouverte regroupera les professionnels de la construction, les architectes, les sociétés d'ingénierie et les collectivités territoriales pour développer les possibilités innovantes de financements, promouvoir les investissements d'efficacité énergétique et mettre en commun les efforts de rénovation afin de bénéficier d'économies d'échelles. Dans une logique de transition solidaire et d'inclusion, il est aussi prévu d'apporter une aide aux 500 millions d'Européens pour optimiser les performances énergétiques de leurs logements, et de lancer des chantiers de rénovation des logements sociaux, des écoles et des hôpitaux ; une attention particulière sera portée à la modernisation du parc social pour aider les locataires à régler leurs factures d'énergie.

 

Favoriser le recyclage, déployer des transports propres et décarboner l'énergie

 

Concernant le secteur industriel, l'Europe veut en outre aider les entreprises dans leurs démarches d'innovation et les inciter à prendre une place plus importante dans l'économie verte - l'industrie européenne n'utilise actuellement que 12% de matériaux recyclés, à titre d'exemple. Les enjeux de mobilité sont également à l'ordre du jour, avec la volonté de déploiement de moyens de transports (publics comme privés) plus propres et plus abordables - le secteur des transports représente 25% des émissions de GES de l'Union. Enfin, les efforts de la Commission se focaliseront sur la filière de l'énergie, en cherchant à la décarboner : la production et la consommation d'énergie représentent aujourd'hui plus de 75% des émissions de GES de l'espace communautaire.

 

Trois principes-clés sont énumérés : accorder la priorité à l'efficacité énergétique et au développement des énergies renouvelables ; garantir un approvisionnement énergétique de l'Union européenne sécurisé et abordable ; mettre en place un marché énergétique européen intégré, interconnecté et numérisé. Il reste encore du chemin à parcourir : en 2017, 18% de la consommation d'énergie finale de l'Union provenait de sources renouvelables. La Commission va donc présenter des propositions pour permettre aux pays-membres d'atteindre leurs objectifs climatiques pour 2030 : d'ici juin 2021, la législation communautaire relative à l'énergie sera ainsi réexaminée et, si besoin, révisée. Charge après aux Etats-membres de mettre à jour leurs politiques énergétiques et climatiques nationales en 2023 pour tendre vers les objectifs de ces prochaines décennies : une baisse de 50 à 55% des émissions de GES en 2030, et la neutralité carbone (-100%) en 2050.

 

Pour ce faire, la Commission va travailler sur l'interconnexion des différents systèmes énergétiques, en cherchant à mieux relier au réseau (et donc à mieux intégrer) les énergies renouvelables. La promotion de technologies innovantes et d'une politique de modernisation des infrastructures ira de paire avec la mise en valeur des normes et technologies énergétiques de l'Union européenne sur la scène internationale. De plus, l'efficacité énergétique et l'éco-conception des produits seront renforcées, pendant que le secteur du gaz fera l'objet d'une décarbonation et d'une meilleure intégration dans tous les secteurs d'activité. Mais l'Europe compte aussi sensibiliser les Etats et leurs populations, en aidant les premiers à lutter contre la précarité énergétique, et les seconds à être plus autonomes dans leurs choix relatifs à l'énergie. Enfin, la Commission ambitionne de développer au maximum le potentiel de l'éolien maritime du Vieux Continent, et d'améliorer la coopération transfrontalière pour le partage des sources d'énergies propres.

 

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