STRATÉGIE. Le groupe Colas a dévoilé des résultats 2019 satisfaisants et des perspectives 2020 encourageantes à l'international. En effet, en France, les élections municipales de mars prochain risquent de pénaliser l'activité du spécialiste des infrastructures. Le nouveau directeur général, Frédéric Gardès, a aussi détaillé la stratégie de l'entreprise en termes de RSE, d'innovation et de plan carbone.

Depuis le 14 mai 2019, les fonctions de président et de directeur général ont été dissociées dans l'organigramme du groupe Colas, pour préparer le départ à la retraite du dirigeant d'alors, Hervé Le Bouc. Frédéric Gardès a ainsi endossé le rôle de directeur général du spécialiste des travaux publics et des infrastructures, et a présenté à ce titre les résultats annuels de l'entreprise pour l'exercice 2019. "Le chiffre d'affaires 2019 a été de 13,7 milliards d'euros, en hausse de 4%, malgré la vente de Smac mais tiré par l'activité route en métropole et par Colas Rail", a expliqué le responsable. Un chiffre d'affaires dont la répartition est dominée par l'international, à hauteur de 52% - l'Amérique du Nord à 26%, l'Europe à 18% et le reste du monde à 8% -, tandis que la France s'octroie 48%. Les contrats décrochés à l'étranger poursuivent ainsi leur progression. Par segments d'activités, la construction routière prédomine, avec quelque 72%, suivie par la vente de matériaux de construction à 18% et par le ferroviaire à 8%. La hausse est cependant plus marquée dans le vente de matériaux que dans les travaux routiers. Des facteurs qui permettent à Colas d'enregistrer un résultat opérationnel courant de 433 millions d'euros, ce qui représente une augmentation de 3,2% par rapport à 2018 (373 M€).

 

2019 a aussi été "une année faste" pour les signatures de contrats, dont un grand nombre pour l'aménagement urbain et beaucoup de renouvellements pour les contrats ferroviaires. Les prises de commandes pour les travaux routiers sont également jugées satisfaisantes. Sur le plan des cessions et acquisitions, l'année dernière a donc été principalement marquée par la vente de Smac au fonds d'investissements OpenGate Capital, dont l'accord a été finalisé le 20 mai dernier. Concernant les rachats, Colas souhaite se recentrer sur ses activités historiques et commence à se développer en Amérique Latine, ce qui s'est donc traduit par l'acquisition de 11 postes d'enrobés de l'entreprise Skanska en Pologne, ou encore le rachat de la société Asfalcura au Chili.

 


Dans le détail des chiffres...

 

L'activité route a enregistré +9% dans l'Hexagone, réalisant un chiffre d'affaires de 5,5 Mds€, tandis que l'Europe n'a augmenté "que" de 2%, soit 1,9 Md€ de chiffre d'affaires. En Amérique du Nord, l'activité des Etats-Unis compense le retrait du Canada, débouchant au final sur un chiffre d'affaires de 3,6 Mds€, en hausse de 6%. Dans le reste du monde, la route a bondi de 7%, atteignant 1,4 Md€ de chiffre d'affaires ; "une activité en hausse malgré des situations contrastées", relève Frédéric Gardès, notamment en Afrique australe et au Moyen-Orient, en raison du contexte politique et économique plus contraint. Le ferroviaire, avec Colas Rail, bondit pour sa part de 19%, à 1,1 Md€ de chiffre d'affaires. "2019 a été l'année du retour à l'équilibre et on espère que 2020 sera l'année du profit", a noté à ce sujet le directeur général. Parmi les autres activités du groupe, on retiendra que l'étanchéité a engrangé 141 M€ de chiffre d'affaires au 1er trimestre 2019 - soit avant la cession de Smac -, pendant que la branche transport d'eau et d'énergie a chuté de 15%, à 169 M€.

 


Optimiser les carrières et déployer le savoir-faire dans les routes

 

L'accent a surtout été mis sur la Responsabilité sociétale et environnementale (RSE) du groupe : en 2019, l'entreprise a procédé à une "réécriture de fond" de sa politique en la matière ; "2020 va être l'année où nous allons diffuser cette politique", assure Frédéric Gardès. Six thématiques ont été délimitées : "gouvernance du développement responsable", "chaîne de valeur et innovation", "capital humain", "éthique et droits humains", "environnement et carbone", "ancrage local et adaptation aux territoires". Colas entend également poursuivre sa dynamique d'innovation, par exemple en lançant la commercialisation de Wattway Pack, "une Wattway à petite échelle pour les collectivités territoriales afin d'avoir une solution de mobilité verte" sous le coude. Cette technologie, présentée au Salon des maires en novembre dernier, ne peut pas encore être chiffrée sur le plan commercial, selon l'entreprise. Celle-ci a aussi signé un accord avec la société Sidewalk Labs, filiale d'Alphabet (maison-mère de Google), pour expérimenter Flowell, une solution de signalisation dynamique, dans le cadre du projet Quayside à Toronto, capitale de la province canadienne de l'Ontario.

 

Globalement, "l'année 2019 a été satisfaisante en termes d'activité et de performances malgré les mouvements sociaux de fin d'année et les difficultés d'approvisionnement en matériaux qui nous ont cependant moins impacté que nos concurrents", conclut Frédéric Gardès. Sur le plan des perspectives, deux démarches sont à souligner : concernant les carrières, Colas est en train de déployer un programme pour optimiser le portefeuille de sites d'extraction et améliorer la performance de l'exploitation, tout en tentant d'accroître le volume des ventes et de développer de nouvelles activités. S'agissant du bitume, le groupe veut faire la différence en partageant le savoir-faire de ses filiales spécialisées un peu partout dans le monde, et renforcer sa présence sur toute la chaîne de valeur, là encore partout où il intervient. Niveau carnets de commandes, Colas a enregistré 9,2 Mds€ à fin décembre 2019, en hausse de 9%, dont 6,1 Mds€ à l'étranger et un peu plus de 3 Mds€ en France. Un niveau "en légère baisse en France métropolitaine mais en hausse dans les Outre-Mer et à l'international", souligne le directeur général. "Le chiffre d'affaires attendu serait en légère baisse du fait des élections municipales et de l'impact de la cession de Smac." Au-delà des frontières de l'Hexagone, la stabilité serait de mise. Enfin, à l'image des autres majors du BTP, "le groupe fixera un plan de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre en phase avec l'Accord de Paris" ; un plan d'action sur le sujet devrait bientôt être dévoilé.

actionclactionfp