Sept mois après l'entrée en scène des 2.200 t du tunnelier Charlotte, la percée du premier tube à Saverne (Alsace) long de 4 km s'achève ce mardi. Un chantier de la seconde phase de la LGV Est-européenne, qui devrait permettre, dès 2016, de rallier Paris à Strasbourg en 1h50.

C'est en août 2010, près de Sarraltroff (Moselle), que les travaux de génie civil de la seconde phase de la ligne à grande vitesse, LGV-Est européenne ont démarré. Le mois suivant, le décor était planté : pelleteuses, bulldozers et tombereaux entraient en action au nord de Saverne, du côté de Steinbourg où a été implantée, à proximité immédiate de l'autoroute A4, l'une des huit aires de stockage de matériaux que compte le chantier.

 

Vingt mois plus tard - sur les dix sections qui composent la seconde phase - les travaux de terrassement, la construction des ponts routiers, des ponts-rails et du tunnel de Saverne, ont bel et bien progressé selon les plannings établis par Réseau Ferré de France (RFF), le maître d'ouvrage.

 

A l'entrée du tunnel de Saverne, les stocks de ciment, de bentonite et de sable avec la centrale à mortier représentent l'une des émergences les plus spectaculaires de la zone de 15 ha, à l'Est du chantier. Et sur les 30.960 anneaux posés, seulement une centaine, de deux mètres de large, reposent à l'entrée du tube nord. Composés de huit pièces préfabriquées à Kilstett (nord de Strasbourg) par Stradal, ils sont censés encadrer le tunnel de 8,9 m de diamètre.
« Leur transport suscite une part importante du ballet permanent de camions qui convergent sur le site », nous glisse un ouvrier.

 

Une progression moyenne du tunnelier de 22,50 m par jour
De son côté, le creusement du tube nord du tunnel de Saverne distant de 4 km s'achève ce mardi. « Avec une progression supérieure à 20 m/jour, le percement du premier tube a avancé légèrement plus vite que prévu», se réjouit Alain Lacroix, directeur de projet chez Spie Batignolles TPCI.

 

Le 14 juin dernier, le tunnelier baptisé Charlotte -en l'honneur d'une jeune habitante du village voisin passionnée de grands ouvrages-, construit par Herrenknecht et long de 110 m avec ses cinq remorques, touche au but. Ce mardi, il lui restera un peu moins de 80 cm pour finir le creusement du premier des deux tubes…

 

Le groupement de 13 entreprises emmenées par Dodin Campenon Bernard annonce au total un mois et demi d'avance sur le planning. L'autre objectif dépassé concerne le contexte social. « Malgré sa complexité technique, le lot de 185 millions d'euros a suscité jusqu'ici entre 10 et 12 % d'heures travaillées en insertion, au lieu d'un engagement contractuel autour de 9 % », précise Nicolas Lacroix.

 

Par ailleurs, même l'hiver, avec des températures nocturnes frôlant les - 20 °C début février, a très peu affecté la progression qui s'est poursuivi 24 h sur 24, en travail posté.

 

Le tunnel en chiffres
307.000 m3 excavés par tube
31.000 voussoirs
60.000 m3 de béton de structure et de remplissage
614.000 m3 de marinage dont 320.000 m3 réutilisés sur place
8.200 t d'acier

 

Découvrez la suite de l'article, Charlotte voit le bout du tunnel de Saverne ! en pages 2 et 3

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Défis géologiques

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saverne © Alain Lacroix, directeur du projet/S.C. Batiactu
Malgré le démarrage optimal du chantier de génie civil à l'issue de la fin du percement du premier tube, le directeur du projet reste prudent: « Les propriétés abrasives du grès des Vosges ont entraîné une forte consommation d'outils, sur laquelle nous devons être vigilants au cours du creusement du second tube en novembre 2012 »,reconnaît Alain Lacroix.

 

Et d'ajouter : «Après les marnes et argiles des premières semaines, nous avons dû faire face à la mi-mars à un autre défi géologique : la faille de l'Engelsthal, un vallon souterrain où les constructeurs craignaient de traverser des poches d'eau et des zones de roche désagrégée. » Finalement, ils ont été épargné par cet obstacle. A l'issue de cette étape laborieuse, Charlotte a poursuivi de la mi-mars jusqu'à aujourd'hui sa trajectoire dans les roches dures qu'elle apprécie.

Trois mois de démontage...
« Nous entamons déjà la phase de trois mois de démontage et de réacheminement vers son point de départ, signale le patron du chantier. Alors pourquoi ce choix ? La progression dans le sens de la montée, depuis la plaine d'Alsace jusqu'au plateau lorrain, facilite tout simplement l'évacuation de l'eau. » Charlotte prendra la même direction pour la construction du second tube dès novembre prochain.

 

Au final, le percement des deux tubes, ponctués par sept liaisons intertubes - une tous les 500 m - devrait s'achever à l'été 2013. Quant à la mise en service, elle est programmée en 2016. Chantier à suivre…

 

Fiche technique
Maître d'ouvrage: Réseau Ferré de France
Chargé d'opération: Setec pour le compte de RFF
Maîtrise d'œuvre intégrée: BG Ingénierie Conseils Antea
Entreprises de construction: Dodin Campenon Bernard (mandataire), Spie Batignolles TPCI
Construction du tunnelier: Herrenknecht
Conception des têtes de tunnel: Alain Spielmann, architecte

 

Découvrez la suite de l'article, Charlotte voit le bout du tunnel de Saverne ! en page 3

Pourquoi un tunnelier bimode ?

nouveau Jean Bouin
nouveau Jean Bouin © Chantier LGV ESt. Lot 47 -JM Bannwarth
Il s'agissait de répondre aux contraintes d'un terrain abrasif, des terrains marno-calcaires à l'Est et à une zone centrale d'environ 500 mètres comportant des failles. Ainsi, le groupement a recherché l'efficacité d'un tunnelier bi-mode.

 

Mode ouvert
« En mode ouvert, le tunnelier creuse la roche dure en extrayant les matériaux par un tapis situé au centre de la roue de coupe », explique Nicolas Lacroix, directeur de projet chez Spie Batignolles. Ce marinage tombe ensuite sur un tapis secondaire installé sur le tunnelier et il est acheminé à l'extérieur par un tapis convoyeur. De plus, la roue ne tourne que dans un seul sens.

 

Saverne
Saverne © S.C. Batiactu
La pression de terre
En revanche, dans les terrains marno-calcaires, le tunnelier Charlotte creuse tout en maintenant la chambre d'abattage remplie et exerce ainsi une pression sur le terrain. « Les matériaux sont évacués par une vis d'Archimède depuis le bas de la chambre jusqu'au tapis convoyeur installé sur la machine, prolonge Nicolas Lacroix. Et à ce moment là, la roue peut tourner dans les deux sens. »

 

Découvrez le diaporama dédié au chantier du tunnel de Saverne dès la page 4.

Un chantier en plein coeur du Parc national des Vosges du Nord

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Saverne © Chantier LGV ESt. Lot 47 -JM Bannwarth
Ce lot 47 correspond au franchissement du massif des Vosges, dans sa partie la plus étroite, exactement sous le Mont Saint-Michel (sommet situé dans le parc naturel régional des Vosges du Nord, sur la commune de Saint-Jean-Saverne et qui culmine à 437 mètres) à quelques encablures de la ville de Saverne (Bas-Rhin), à trente cinq kilomètres de Strasbourg.

Un ouvrage composé de deux tubes

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Saverne © S.C. Batiactu
L'ouvrage est composé de deux tubes dont chacun mesure 4,019 km. Pour chaque tube, 3.860 km sont excavés au tunnelier. Les 146 m non excavés sont réalisés sous forme de faux tunnels qui seront remblayés à la fin des travaux afin de recréer le paysage d'origine.

Les voussoirs de 2 mètres

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saverne © S.C. Batiactu
Les voussoirs préfabriqués de grande longueur mesurent 2 mètres et sont équipés de joints qui, mis en compression lors de la pose, assurent l'étanchéité du revêtement.

L'entrée du tube nord

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Saverne © S.C. Batiactu
Le diamètre d'excavation est de 10 m pour un diamètre intérieur final de 8,90 m.

Le parement des têtes réalisé en gré des Vosges

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Saverne © S.C. Batiactu
Le parement des têtes de tunnel sont réalisés en grès des Vosges, pour rappeler le style des monuments locaux.

A l'intérieur du tunnel

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Saverne © S.C. Batiactu
Vue de l'intérieur du tube nord du tunnel de Saverne.

A l'intérieur du tunnelier Charlotte

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saverne © S.C. Batiactu
A l'intérieur du train suiveur du tunnelier.

A l'intérieur du tunnelier

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Saverne © S.C. Batiactu
Un tunnelier est composé de quatre parties: une roue de coupe qui permet de tailler le terrain, un bouclier composé d'un système de montage du revêtement, d'une jupe qui prolonge le bouclier, et un train suiveur.

La cabine de pilotage

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Saverne © S.C. Batiactu
A l'intérieur de la cabine de pilotage du tunnelier construit par la société allemande Herrenknecht.

Les travaux de la nouvelle ligne LGV Est

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Vue d'un chantier de la seconde phase de la LGV Est-européenne. © S.C. Batiactu
Les travaux de la nouvelle ligne LGV Est-européenne. La vitesse de circulation commerciale sera de 320 km/h dans le tunnel.

Le chaînon manquant par-delà les Vosges...

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Saverne © Chantier LGV ESt. Lot 47 -JM Bannwarth
Le maître d'ouvrage Réseau Ferré de France a décidé de construire, ici, un ouvrage en souterrain plutôt que de faire passer la ligne en surface à l'image de l'autoroute de l'Est (A4).