Les blocages des raffineries de pétrole ont des conséquences dramatiques pour les professionnels qui produisent ou utilisent du bitume. En Rhône-Alpes, de nombreuses centrales d'enrobage sont en rupture d'approvisionnement. Détails.

La situation se dégrade pour les entreprises de travaux publics et plus particulièrement pour les producteurs de bitume, lourdement impactés par le blocage des raffineries. Cela entraîne en effet des ruptures d'approvisionnement de bitume. Ce mardi 7 juin 2016, le Syndicat professionnel régional de l'industrie routière (SPRIR) Rhône-Alpes, dans un communiqué, interpelle les pouvoirs publics et dénonce des "comportements irresponsables".

 

Menace sur les entreprises et l'emploi

 

Alors que le secteur, en crise, semblait redémarrer au premier trimestre 2016, les blocages de raffineries (aujourd'hui 7 juin, il en reste encore 3 de bloquées sur les 8 que compte la France) auxquels viennent s'ajouter ceux des ports du Havre et de Marseille et les grèves du fret ferroviaire, mettent à mal de nombreuses entreprises. "C'est une prise d'otage économique", dénonce Philippe Puthod, président du SPRIR Rhône-Alpes, qui rappelle que l'activité de production d'enrobés "dépend à 80% de pétrole."

 

Inquiets et en colère, les professionnels de Rhône-Alpes alertent les pouvoirs publics et demandent également aux maîtres d'ouvrage de tenir compte des retards qui en découlent sur les chantiers. Ils rappellent que cette situation fragilise les entreprises du secteur, ce qui correspond à environ 12.000 emplois rien que dans cette région. Pour Philippe Puthod, "les conséquences (de ces blocages) seront du chômage et à terme la disparition d'entreprises, à commencer par nos TME PME qui font vivre des milliers de familles en Rhône-Alpes", s'indigne-t-il.

 

Toutes les régions impactées d'une manière ou d'une autre

 

Nous l'évoquions, vendredi 3 juin 2016, (lire notre article) certaines régions sont plus touchées que d'autres. La situation de pénurie a commencé dans l'ouest et s'est poursuivie en région parisienne et en Rhône-Alpes, rappelle la fédération régionale des travaux publics de Rhône-Alpes. Et même si les régions proches des zones frontalières avec l'Allemagne, la Belgique, l'Espagne ou l'Italie sont, jusque-là, moins impactées, car elles peuvent s'approvisionner en bitume dans ces pays, cela représente un coût supplémentaire pour les entreprises (transport, temps d'acheminement,…). Alors que la profession commence juste à se redresser, "les entreprises n'ont vraiment pas besoin ça", se désole Pierre De Thé de l'USIRF (Union des Syndicats de l'Industrie Routière Française).

 

La FRTPRA est préoccupée : " A supposer qu'un déblocage des raffineries survienne, il faudra minimum 10 jours pour ressortir les produits bitumineux !", suivant le processus de remise en route des cuves. Or, une autre mauvaise nouvelle vient de tomber pour les professionnels de la région, ce mardi 7 juin 2016. Le préavis de grève a en effet été reconduit jusqu'à vendredi 10 juin à la raffinerie de Feyzin, au sud de Lyon.
"Selon les cas, l'exécution des travaux peut être reportée mais il arrive qu'elle soit purement et simplement annulée par le donneur d'ordre car… il y a des saisons pour faire les travaux ! L'industrie routière est une activité saisonnière qui fait 40% de son chiffre d'affaires pendant les mois de mai, juin et juillet. Cela ne pouvait pas tomber plus mal," explique Philippe Puthod. "Cette situation est extrêmement pénalisante dans un contexte économique difficile pour les travaux publics : en 30 ans le secteur n'a jamais connu une baisse d'activité aussi forte", conclut-il.

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