GOUVERNEMENT. Notre-Dame-des-Landes, nucléaire, lutte contre la précarité énergétique… L'ex-ministre de la Transition écologique et solidaire a géré un grand nombre de dossiers, avec plus ou moins de réussite. Focus sur les quinze mois de son action au sein du gouvernement.

Nommé en mai 2017 au ministère d'Etat de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot avait prévenu qu'il se donnait un an pour juger de son utilité au sein du gouvernement d'Edouard Philippe. Tout au long des quinze mois de son engagement politique, il a connu des victoires et des déceptions, l'obligeant parfois à certains compromis qui ont finalement eu raison de sa volonté. Batiactu fait le tour d'horizon de ces dossiers.

 

Aéroport de Notre-Dame-des-Landes


Finalement abandonné au mois de janvier 2018, après des années de controverse, le nouvel aéroport de Nantes est l'une des victoires politiques de Nicolas Hulot qui qualifiait le projet de "ruineux, inhumain et inutile". Il se disait déjà, à l'époque, que le ministre conditionnait son maintien en poste à l'arrêt de ce chantier.

 

Rénovation énergétique des logements


Il s'agit là d'un des points noirs de l'action de Nicolas Hulot. A peine nommé ministre, il annonce que l'éradication des passoires thermiques sera l'une des priorités du gouvernement pour que cette question soit réglée en 10 ans : "Le sujet de l'efficacité énergétique est un sujet où tout le monde gagne [et dont] la rentabilité n'est pas compliquée à démontrer". Il déclarait considérer qu'il ne s'agissait pas de dépenses mais d'investissements. Toutefois, le ministre n'a pas réussi à imposer un plan de rénovation suffisamment ambitieux. Il déclare lui-même, au moment d'annoncer sa démission : "On veut rénover 500.000 passoires thermiques. Or, on a baissé de moitié les moyens pour rénover ces bâtiments. Je sais déjà, au moment d'acter ce plan de rénovation, que l'on ne pourra pas atteindre les objectifs". Un aveu d'impuissance.

 

Energies fossiles


Promesse tenue : le ministre de la Transition écologique et solidaire annonçait au cours de l'été 2017 son souhait de mettre un terme aux forages d'exploration pour les hydrocarbures sur le territoire national. Le Parlement adoptera, au mois de décembre suivant, une loi en ce sens. Autre exigence : la fin de l'avantage fiscal accordé au Diesel et la convergence de la taxation entre les carburants d'ici à 2021. Là aussi, Nicolas Hulot obtient gain de cause. Allant plus loin, il prévoit dans le Plan Climat du quinquennat que les véhicules thermiques ne pourront plus être commercialisés au-delà de 2040, afin de répondre à l'ambition d'une France neutre en carbone dès 2050. La loi "Mobilités" qui devrait favoriser des alternatives à la voiture traditionnelle a été annoncée en juillet 2018 mais elle reste pour l'heure assez floue. Elle devrait être présentée en conseil des ministres dans les semaines à venir.

 

Nucléaire


A son arrivée au gouvernement, Nicolas Hulot annonce son ambition d'éteindre jusqu'à 17 réacteurs nucléaires. Cependant, dès le mois de décembre 2017, le ministre de la Transition écologique et solidaire concède que le recul de la part du nucléaire dans le mix électrique français de 75 à 50 % d'ici à 2025 sera impossible à tenir… à moins de relancer des centrales thermiques. Il déclare alors : "Malgré le développement volontariste des énergies renouvelables que va entreprendre le gouvernement, et du fait de la faible maturité à court terme des solutions de stockage, la France serait contrainte de construire une vingtaine de nouvelles centrales à gaz dans les 7 prochaines années pour assurer la sécurité d'approvisionnement lors des pointes de consommation, conduisant à une augmentation forte et durable de nos émissions de gaz à effet de serre". Une décision par défaut qui mécontente les écologistes y voyant une reculade face au lobby nucléaire, et qui inquiète la filière des renouvelables sur le rythme de croissance de ces énergies électriques alternatives.

 

Energies renouvelables


L'engagement du ministre en faveur de l'essor des EnR est indéniable. Une fois aux manettes, Nicolas Hulot s'agace de la lenteur des choses en France : "Aujourd'hui il se passe entre 10 et 15 ans entre l'appel d'offres et l'implantation de la première éolienne (…) Tant qu'on sera dans cette situation, la transition énergétique ne pourra pas se faire". Il souhaitait donc aller plus vite et faciliter les démarches, notamment en demandant à son secrétaire d'Etat, Sébastien Lecornu, d'animer des groupes de travail de simplification, filière par filière. Ce qui a été fait pour le photovoltaïque, l'éolien terrestre et la méthanisation. Mais, dans le même temps, certaines énergies ont connu d'importants coups de frein, dont l'éolien offshore avec l'exigence gouvernementale de renégocier les tarifs d'achat de l'électricité et l'hydrolien. Sur cette dernière technologie, Nicolas Hulot n'avait pas hésité à mettre en doute la pertinence économique des solutions proposées : "Les premiers démonstrateurs (…) installés et soutenus par l'Etat, n'ont été que partiellement convaincants". Un manque de soutien qui a entraîné l'abandon pur et simple de ses développements par Naval Energies, pourtant promis à un rôle de leader mondial… Le bilan est donc mitigé.

 

Préservation de l'environnement


Là encore, un certain contraste prévaut en regardant dans le rétroviseur. Le ministre de la Transition écologique et solidaire peut se targuer d'avoir obtenu des députés la possibilité d'inscrire la défense de l'environnement et la lutte contre le changement climatique au cœur de la Constitution française, dans son article Premier. Mais la révision constitutionnelle a été interrompue cet été en raison de l'affaire Benalla. Farouche opposant de l'artificialisation des sols, Nicolas Hulot a également souhaité limiter cette course éperdue à l'étalement urbain, notamment dans son Plan pour la biodiversité, présenté au mois de juillet 2018. Cependant, il estime n'avoir pas réussi à enrayer cette frénésie de consommation des espaces naturels. Sur la pollution atmosphérique enfin, le plan d'action présenté par le ministre n'a pas eu le temps de faire effet : la France a été renvoyée devant la Cour européenne de Justice pour non-respect de ses obligations en matière de qualité de l'air au mois de mai 2018…

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