Le parquet de Paris a annoncé que l'enquête sur le cimentier LafargeHolcim, à propos d'un éventuel financement indirect des groupes armés en Syrie, a été confiée à deux juges d'instruction du pôle financier et à un magistrat instructeur du pôle antiterroriste.

Suite de l'affaire concernant les activités de Lafarge en Syrie. Après l'annonce de la démission du PDG du Groupe Eric Olsen, pour tenter de désamorcer le dossier syrien, la justice vient de désigner trois juges pour enquêter sur cette affaire. L'information judiciaire, ouverte le 9 juin, vise notamment les chefs de "financement d'entreprise terroriste" et de "mise en danger de la vie d'autrui", a précisé le parquet de Paris à l'AFP. Cette enquête a été confiée plus précisément à deux juges d'instruction du pôle financier et à un magistrat instructeur du pôle antiterroriste.

 

L'enquête devra déterminer les liens qu'a pu entretenir le géant du ciment avec plusieurs groupes en Syrie, dont l'organisation jihadiste Etat islamique (EI), pour continuer à faire fonctionner la cimenterie de Jalabiya, dans le nord du pays, malgré la guerre civile. L'EI s'était finalement emparé du site en septembre 2014. "Le groupe coopérera bien entendu avec la justice s'il est sollicité", a indiqué LafargeHolcim dans un communiqué, précisant qu'il "n'a pas été contacté par le parquet" à ce stade.

 

Pour rappel, le cimentier fait l'objet de plusieurs plaintes déposées à l'automne par le ministère français de l'Économie, mais aussi par des ONG comme Sherpa qui s'était appuyée sur des témoignages d'anciens employés de l'usine. A noter aussi que le cimentier a diligenté une enquête interne au terme de laquelle il a reconnu que des mesures "inacceptables" avaient été prises pour permettre à un site de continuer à fonctionner dans ce pays déchiré par la guerre civile. Selon une enquête du journal Le Monde publiée en juin 2016, Lafarge avait missionné un intermédiaire pour obtenir de l'organisation djihadiste État islamique des laissez-passer pour ses employés aux checkpoints. Entre les "menaces pour la sécurité des collaborateurs" et les "perturbations dans les approvisionnements nécessaires pour faire fonctionner l'usine et distribuer ses produits", la filiale locale de Lafarge a tenté d'amadouer les diverses "factions armées" qui contrôlaient ou tentaient de contrôler les zones autour de la cimenterie, a reconnu le groupe.

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