HORS NORME. Aux portes de l'Oisans, EDF mène le chantier de la centrale hydroélectrique Romanche-Gavet, un équipement souterrain qui remplacera six centrales et cinq barrages de la vallée de la Romanche. En 2020, elle produira suffisamment d'électricité renouvelable pour alimenter plus de 230.000 foyers alpins. Le chantier de percement par tunnelier vient d'être achevé par Spie Batignolles.

Dans une étroite vallée alpine, sous la montagne, se déroule en toute discrétion le plus grand chantier de construction d'un aménagement hydroélectrique de France. Mené par EDF, il prévoit de créer un nouvel équipement souterrain qui sera plus puissant et mieux intégré au paysage que les onze aménagements actuels, centrales et barrages, de la vallée de la Romanche (Isère). Une nouvelle centrale et un nouveau barrage de prise d'eau optimiseront ainsi la production de la rivière, permettant de produire 30 % d'énergie en plus. EDF estime en effet que la centrale qui sera munie de deux groupes "Francis" d'une puissance maximale de 92 MW produira 560 millions de kWh, soit 155 millions de kWh de plus que les six centrales actuellement exploitées (Livet, Vernes, Roberts, Rioupéroux, Clavaux et Pierre-Eybesse). Cette amélioration permettra de desservir 60.000 habitants de plus en électricité durable.

 

Près de dix kilomètres de tunnel

 

Mais pour y parvenir, le chemin est encore long. L'entreprise Spie Batignolles TPCI vient en effet d'achever les travaux de percement au tunnelier de la branche aval de la galerie d'amenée d'eau. Au total, 3.843 mètres ont été creusés sur une période d'environ un an. Le groupe de construction précise avoir eu recours à deux tunneliers de type "gripper" pour forer cette galerie qui atteindra une longueur de 9,3 km pour 4,70 mètres de diamètre. Une fois en service, elle acheminera 40 mètres cubes d'eau par seconde depuis le barrage de Livet (au sommet du puits blindé) jusqu'à la centrale de Gavet, sur un dénivelé de 280 mètres. Si le premier tunnelier "Rosali" a terminé l'excavation de 70.000 m3 de roche, le second nommé "Lilorosa" situé sur la branche amont poursuit son chemin vers la prise d'eau. La société précise que les différents éléments du tunnelier seront démontés et évacués par une galerie latérale dite "Fenêtre des Ponants", plateforme d'où sont parties les deux machines de percement et qui servira ultérieurement de point d'accès pour d'éventuels travaux d'entretien ou de réparation. Spie Batignolles TPCI procèdera au creusement à l'explosif d'une chambre de démontage qui permettra le creusement du puits vertical et la mise en place du blindage de l'ouvrage.

 

Barrage Romanche-Gavet
Barrage Romanche-Gavet © Spie Batignolles TPCI

 

Neuf ans de travaux

 

La filiale du groupe Spie Batignolles, mandataire du chantier, mène depuis 2011 des travaux de creusement et de génie civil sur la galerie mais également sur la cheminée d'équilibre, le puits blindé, les cavernes et toutes les galeries attenantes. Car la centrale souterraine est un véritable dédale constitué de deux importantes cavités qui contiendront tous les équipements hydroélectriques (turbines, alternateurs, transformateurs), de rameaux, galeries et canaux, permettant la circulation de l'eau et des hommes. En surface, le barrage de prise d'eau est déjà achevé. Il permettra d'élever l'eau à un niveau constant pour alimenter au mieux la centrale qui doit entrer en service en 2020. Quant au tronçon court-circuité par l'ouvrage souterrain, il bénéficiera d'une partie du débit qui lui sera réservé afin d'assurer la préservation du milieu aquatique et piscicole. La totalité de l'eau est, de toute façon, rendue à la rivière après avoir été turbinée et évacuée par une galerie de fuite de 175 mètres de longueur, à la hauteur de plusieurs bâtiments d'exploitation, de restitution et des dissipateurs d'énergie.

 

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