INNOVATIONS. Toutes les startups françaises s'étaient donné rendez-vous sur le salon Viva Technology, qui s'est tenu entre le 24 et le 26 mai 2018 à Paris. Et les mondes de la construction et de l'énergie étaient bien représentés, avec des jeunes pousses actives dans le BIM, la Smart City ou encore le stockage des renouvelables. Découverte.

Près de 100.000 visiteurs, professionnels et grand public confondus, se sont pressés pendant trois jours dans les allées du hall 1 de la porte de Versailles (Paris), à l'occasion de Viva Technology 2018. Sur ce "CES à la française", pas moins de 6.000 startups étaient présentes offrant un panel très large de solutions hautes technologies, qu'il s'agisse de ville du futur, de transports de demain, d'autonomie énergétique ou de sécurité sur les chantiers. Et Batiactu a découvert plusieurs pépites.

 

Tout d'abord Spinalcom, sur le village de Vinci Energies. Jérémie Bellec, son directeur général, nous présente son activité : "Nous sommes éditeur de logiciels et intégrateur pour du BIM en exploitation, ce qu'on qualifie de BIM niveau 3 ou encore de Building Operating System. Nous développons une plateforme qui permet d'ouvrir le BIM aux interfaces de programmation applicative et donc aux développeurs de créer des applications". La solution est donc un système d'information des ouvrages qui permet de conserver et visualiser une base de données centralisée et synchronisée, utile au facility management. La visualisation peut se faire sous forme d'arborescences de fichiers ou bien sous un format plus convivial de maquette 3D où tous les éléments affichent des informations en cliquant dessus. Spinalcom se destine donc à de la maîtrise d'œuvre en amont et à des exploitants en aval. L'outil permet également de valider les modèles selon une charte BIM (vérifier que toutes les cases de renseignement sont remplies de façon cohérente pour chaque élément) et d'analyser/contrôler la documentation des produits de la construction de façon qualitative. Selon le directeur général, il s'agit d'un "OS du bâtiment intelligent" qui pourra être couplé à de la gestion technique et à des protocoles de gestion réseau, afin que toutes les informations soient remontées en temps réel. Jérémie Bellec ajoute : "Le système est très ouvert, l'accès à l'information est plus précis que sur des synoptiques 2D des superviseurs GTB classiques : il n'y a pas de perte de temps pour chercher un équipement dans la construction, puis ensuite pour trouver la documentation qui lui est associée". L'offre se situe à un niveau intermédiaire entre le local (GTB) et le cloud (BIM), dans ce que les spécialistes nomment le "Fog computing". La jeune pousse a déjà plusieurs clients de renom, dont EDF et Vinci Energies.

 

De son côté Engie a mis la main sur SXD au début de 2018 et lui a dédié un espace sur son stand VivaTech. La société y présente "BIM Promotion", une application de la maquette numérique de projet en temps réel, destinée "à faciliter la commercialisation et les prises de décision dans la vente de logements et bureaux". Dans le monde de l'immobilier, l'outil aide les acquéreurs à se décider tout en permettant aux aménageurs de mieux programmer leurs projets. Pour les constructeurs enfin, BIM Promotion assurera un suivi optimal du chantier.

 

Energies vertes, gilets orange…

 

Toujours chez Engie, une autre startup française suscitait l'intérêt : Energiestro, conceptrice d'un système de stockage d'électricité solaire au moyen d'un volant d'inertie. La solution se présente comme un gros cylindre de béton à l'intérieur duquel de lourds cylindres tournent à haute vitesse. Afin d'entretenir le mouvement qui leur est imprimé, ces masses reposent sur des roulements à billes lubrifiés et sont enfermées dans une enceinte sous vide, afin d'éliminer le frottement de l'air. Si certaines firmes travaillent sur des volants inertiels en acier ou fibre de carbone, la société française s'est pour sa part orientée vers un matériau à la fois lourd et peu cher : le béton. Elle vante une production aisée et locale, tout en mettant en avant une durée de vie quasi-illimitée, contrairement aux batteries dont l'exploitation ne peut dépasser quelques milliers de cycles. Il en résulte un système de stockage d'électricité capable d'être produit et déployé sous toutes les latitudes et s'adressant aux installations isolées (habitations, refuges, relais télécom…). D'après les calculs d'Energistro, l'association de panneaux photovoltaïques et de volants d'inertie assure de disposer jour et nuit d'une énergie propre à un coût de 0,04 €/kWh.

 

Autre solution : la valorisation des déchets alimentaires sous forme de biogaz mais à échelle domestique. Tout comme SCTD Industries qui développe un méthaniseur "de poche", la société israélienne HomeBioGas propose de faire travailler des bactéries dans le jardin des particuliers. Mais, contrairement à la solution française qui couple cette production de gaz de fermentation à l'alimentation d'un groupe électrogène adapté, la proposition HomeBioGas limite l'emploi du biométhane à des applications de cuisson. Et les deux entreprises avancent l'idée d'utiliser le digestat comme fertilisant liquide naturel. L'installation se présente comme une grosse tente gonflable, alimentée par un broyeur extérieur. Environ 2 kg de déchets organiques seront nécessaires pour assurer 2 heures d'alimentation à des plaques de cuisson, selon les concepteurs.

 

Dernière innovation repérée sur VivaTech 2018, le gilet communiquant Eleksen, repéré sur le stand de Bouygues, au milieu d'autres solutions déjà connues, comme les chaussées Flowell et Wattway. Un peu à la façon du gilet CAD.42, l'équipement de protection individuel se fait ici communiquant, grâce à des balises de géolocalisation. Il informe donc son porteur d'éventuels dangers, au moyen de flash lumineux de diodes blanches, et alerte les conducteurs d'engins qu'un ouvrier se trouve dans une zone de risque potentiel, même en dehors de son champ de vision. Ce type d'EPI est destiné à réduire les accidents Homme-machine sur les chantiers et les installations industrielles lourdes (mines, carrières), une préoccupation constante pour les entreprises. A noter que Colas présentait également son exosquelette ExoPush de façon interactive, à l'image de ce que Batiactu avait pu expérimenter en avant-première. Décidément, toutes les technologies de demain étaient bien sur VivaTech. Vivement le futur !

 

Le groupe Bouygues distingue des jeunes pousses sur VivaTech :
Le groupe a lancé trois challenges aux startups dont les "pitches" (présentations) avaient lieu sur leur stand. Et pour la thématique Economie circulaire, ce sont deux jeunes pousses déjà de multiples fois récompensées qui ont été distinguées : Gramitherm et Glowee. La première propose de produire des isolants biosourcés à partir d'herbe de prairie, valorisant ainsi une ressource végétale négligée, tandis que la seconde souhaite exploiter la bioluminescence naturelle de micro-organismes pour faire de l'éclairage d'appoint.

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