TECHNOLOGIE. La start-up française CAD.42 développe un outil de calcul prédictif de danger et de gestion de productivité destiné aux chantiers. La solution, qui collecte des données de position des équipements et des personnels, communique en temps réel avec des EPI connectés qui avertissent de l'imminence d'une situation à risque. Explications.

Un ouvrier sur dix est blessé chaque année en France. Partant de ce constat, les fondateurs de la jeune pousse CAD.42 ont créé un système de calcul prédictif des dangers dédié aux chantiers de construction, aux carrières et mines ainsi qu'au monde de l'industrie et de l'énergie. Jean-Philippe Panaget, le co-fondateur et président de l'entité créée à la fin de 2016, raconte que cela revient à "équiper les compagnons et les outils de capteurs de position très précis". Les données qui sont collectées par ces capteurs sont envoyées dans le cloud et traitées en temps réel afin de permettre la détection de situations à risque de façon instantanée.

 

Une vidéo montre l'exemple d'un ouvrier intervenant sous une grue : "Le gilet de sécurité intelligent détecte l'entrée du compagnon dans le cône de danger. Il déclenche alors une alerte lumineuse et sonore". En effet, le gilet se met à sonner et des LEDs intégrées aux bandes réfléchissantes produisent des flashes afin d'attirer l'attention du grutier et du porteur de l'EPI connecté. La situation est également visualisable en direct sur la maquette numérique du chef de chantier (via l'application FieldTracker.42). Grâce au positionnement de chaque élément équipé de balise à 30 cm près, il est donc possible d'éviter des collisions engins-piétons, de mettre en sécurité des travailleurs isolés et de procéder à un balisage dynamique des zones à risque dans les cas d'interventions simultanées.

 

Un chantier "lean", c'est quoi ?

 

Pour aller plus loin, CAD.42 annonce également "accompagner les démarches de détection de gâchis sur le terrain en générant des rapports d'activité pour les équipements et pour les compagnons". La startup, hébergée à l'Atelier des Compagnons, s'appuie cette fois sur l'estimation que 25 % du coût total d'un chantier est gaspillé par un manque d'organisation sur place. Un enjeu de productivité que n'a pas encore relevé le BTP, contrairement à d'autres secteurs industriels. Les données collectées par les capteurs servent cette fois à visualiser des flux de circulation sur le site, à identifier rapidement des zones dangereuses, et à améliorer le rendement de certains équipements quelquefois sous-employés. La société ajoute : "Nous récoltons, traitons et interprétons les données de géolocalisation des opérateurs et des matériels suivis. (…) Par le traitement des données dans le cloud, nous soutenons des politiques internes d'amélioration continue liées à la sécurité et au lean". Rappelons que cette méthode de production "au plus juste" correspond à une recherche de performance par la simplification des process en éliminant les sources de gâchis (surproduction, attente ou stockage inutile, corrections).

 

D'ores et déjà, la solution CAD.42 a été déployée chez plusieurs majors du BTP, dont Vinci (Eurovia) et Léon Grosse, afin de valider son concept. Et la jeune pousse essaime déjà hors de France avec une filiale au Chili destinée à développer les activités dans l'industrie minière, où les risques sont nombreux. La startup parisienne est lauréate de nombreux prix et distinctions, dont le concours startup BIMWorld 2017 et le challenge "Risk inventory & management" du groupe RATP à Vivatech l'an passé. Elle se trouve aujourd'hui finaliste du Prix EDF Pulse 2018, où elle fait partie des douze projets sélectionnés parmi 424 reçus ! Une preuve de plus de l'intérêt de la démarche qui concerne tous les secteurs de la construction, qu'il s'agisse de bâtiment, de travaux publics ou de transport.

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