Les ouvrages de franchissement sous les Alpes posent soucis avec nos voisins italiens : après le Lyon-Turin mis en pause par la France, voilà que le chantier du tunnel de Tende (Alpes-Maritimes) a été stoppé, cette fois par la justice italienne. En cause, des détournements de matériaux. Batiactu fait le point avec Sylvain Giausserand, directeur adjoint des routes du département.

Inauguré en 1882, le tunnel routier du col de Tende, est un ouvrage ancien, vétuste, qui nécessite d'importants travaux d'adaptation. Des travaux menés par un groupement italien (Grandi Lavori Fincosit), débutés en 2014, sont aujourd'hui à l'arrêt suite à une décision de justice transalpine. Sylvain Giausserand, adjoint au directeur des Routes du département des Alpes-Maritimes, nous explique la situation : "Un traité international a été signé en 2007 pour le percement parallèle d'un 2e tube et la rénovation du tunnel historique. La maîtrise d'œuvre et la conduction des travaux ont été confiées aux Italiens pour une gestion unifiée de l'ouvrage". L'ouvrage qui passe sous la frontière se répartit en effet entre l'Italie (1.700 mètres) et la France (1.500 mètres). Pour une "meilleure cohérence" de l'ensemble des travaux, tout a donc été confié à nos voisins, y compris les modifications des voies d'accès côté français.

 

De l'acier en moins, des fissures en plus ?

 

Et tout avait bien commencé, en avril 2014, par des travaux préparatoires, avant que ne débute le creusement proprement dit, en juin 2015. Une phase toujours en cours à l'été 2017. "Au mois de mai, la justice italienne a placé le chantier sous séquestre pour une période de 5 mois", relate le directeur adjoint. Motif : des détournements d'acier. "On n'en sait pas plus pour l'instant", admet-il. Mais les déboires ne s'arrêtent pas là. Une inspection sur un ouvrage de soutènement, côté français, révèle des problèmes apparents, nécessitant une investigation des services compétents (Cerema). "Nous avons procédé à une mise en sécurité avec protection provisoire par des blocs de béton, car le parement est mal fixé au remblai". Des travaux qui ont permis de maintenir une circulation alternée dans l'ancien tunnel. Reste que le chantier principal est à l'arrêt depuis plusieurs mois, même si les scellés ont été levés à la fin du mois d'août et qu'il pourrait reprendre en septembre.

 

"Le calendrier initial prévoyait la livraison du tube neuf en 2018 et la reprise de l'ancien en 2019-2020", nous révèle Sylvain Giausserand. "L'impact est encore un peu difficile à évaluer sur la date réelle d'ouverture". Quoi qu'il en soit, les inspections à l'intérieur même de l'ouvrage montrent que tout semble en ordre et que les malversations ne concernent bien qu'un problème de trafic d'acier, dont 200 tonnes auraient été subtilisées. L'Etat français, qui apporte une partie des 88 M€ de financements (1/3 Etat, 1/3 région et 1/3 département) sur un budget total de 210 M€, a décidé de se porter partie civile en Italie. Mais les usagers verront-ils le bout du tunnel ?

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