RENOUVELABLES. Réunis à l'occasion du 19e colloque du SER, le président d'EDF et la directrice générale d'Engie ont échangé leurs points de vue sur la transition française. Si les deux poids lourds de l'énergie s'accordent sur la décarbonation nécessaire des sources, ils divergent en revanche sur la tactique à employer.

EDF et Engie : deux géants français de l'énergie, deux logiques industrielles reposant sur des vecteurs différents, électricité pour l'un et gaz pour l'autre. Mais une ambition partagée : celle de réussir la transition écologique en cours, dans le monde et particulièrement en France. Jean-Bernard Lévy, le dirigeant d'EDF, et Isabelle Kocher, son alter-ego chez Engie, étaient tous les deux présents sur la scène de l'Unesco pour le 19e colloque du Syndicat des énergies renouvelables (SER), l'occasion pour eux de présenter leurs stratégies respectives pour répondre aux enjeux environnementaux des décennies à venir.

 

S'exprimant en premier, Jean-Bernard Lévy a présenté le vaste plan solaire de son entreprise, dévoilé en décembre dernier. EDF prévoit en effet de déployer 30 GW de capacités photovoltaïques entre 2020 et 2035, multipliant par quatre la puissance électro-solaire du pays ! Le p-dg précise : "Le moment est venu de changer de rythme dans notre pays, avec des objectifs importants pour le mix électrique français". Pour lui, la spectaculaire baisse des coûts explique cette volonté d'accélération sur le solaire. L'électricien national souhaite prendre le leadership de cette énergie en France et parvenir à lui faire produire 6 % de toute son électricité en 2035. "C'est un plan ambitieux et réaliste qui nécessitera environ 25 Mrds € d'investissements. Mais il y a beaucoup d'argent dans les banques et les fonds d'investissements pour les énergies renouvelables", a-t-il ajouté. Cependant, rien ne devrait réellement évoluer dans l'Hexagone avant 2020 : "Le rythme actuel sera maintenu en 2018-2019, deux années de préparation". Comparant ce programme à un lourd paquebot, long à mettre en mouvement, Jean-Bernard Lévy explique que la montée en puissance s'effectuera ensuite, à raison de 1,5 GW voire 2,5 GW déployés par an. Interrogé sur la forme que prendra ce grand plan, le président répond : "Il y aura évidemment des grandes fermes mais également du solaire réparti sur des bâtiments de toutes tailles, y compris chez des particuliers. Il faudra trouver du foncier, mais chez EDF nous installons déjà des ombrières sur les parkings de nos centrales nucléaires et nous envisageons de déployer du solaire sur les plans d'eau des barrages".

 

Plutôt flottille que paquebot ?

 

Isabelle Kocher a déclaré : "Engie a fait de la transition le cœur de son activité mondiale. Nous travaillons sur les négawatts, cette énergie qu'on ne consomme pas. Les potentiels d'économies sont considérables. Et l'énergie qui reste, nous devons la verdir". La directrice générale du groupe rappelle qu'en 2015, 25 GW de puissance renouvelable étaient déjà dans son portefeuille et que depuis, 6 GW supplémentaires sont venus s'y ajouter, ainsi que 6 GW de plus à divers stades de développement. La dirigeante précise privilégier une stratégie de flottille plutôt que celle du paquebot… Concernant le verdissement des énergies, elle poursuit : "Il faut décarboner l'électricité et TOUT le reste : les transports, le chaud, le froid et les usages industriels. Tout ne doit pas migrer vers l'électricité faute de quoi les enjeux réseaux deviendront immenses". La complémentarité entre électricité et gaz lui semble être la bonne solution. Isabelle Kocher évoque donc d'autres solutions que le tout électrique : mobilité hydrogène, stockage des intermittentes grâce au power-to-gas ou production de chaleur par le biais de la méthanisation.

 

Concernant les bâtiments, le président d'EDF fait valoir : "La réglementation parle de sobriété énergétique, mais pas du tout de décarbonation. Nous sommes en retard là-dessus". L'électricité française - largement décarbonée grâce au nucléaire, aux barrages et aux renouvelables - profiteraient grandement d'une réglementation environnementale intégrant l'impact CO2 des consommations. Un point de vue que ne partage pas forcément Engie, qui s'attache davantage à l'efficacité énergétique des bâtiments. Pour Isabelle Kocher, "la problématique énergétique passe d'une gestion très en amont, verticale et centralisée, à une préoccupation très forte de la part des consommateurs. Cette tendance est structurante : la demande est tirée par les villes et les industries qui prennent les choses en main. Elles s'interrogent sur les gisements dont elles disposent et sur les sources d'économies potentielles". La directrice d'Engie estime que les deux tiers des effectifs de son groupe travaillent à des métiers de services auprès des clients. Elle conclut sur les approches plus intégrées : "Il faut repenser l'architecture des bâtiments et de la ville, et les procédés industriels, pour augmenter très significativement l'efficacité et le confort". Le paysage énergétique, fortement décentralisé, voire individualisé grâce au digital, devra en tout cas répondre aux enjeux environnementaux qu'il s'agisse de lutte contre le réchauffement climatique, de pollution atmosphérique ou de gestion des ressources qui s'épuisent.

 

Panorama des énergies renouvelables en France en 2017 :
Les filières éolienne et solaire contribuent à hauteur de 97 % des EnR électriques en 2017. La puissance des deux parcs cumulés dépasse les 21 GW. Ils égalent presque le parc hydroélectrique (25,5 GW), qui demeure la première de ces énergies électriques renouvelables. La puissance des bioénergies s'établit, quant à elle, à 1,9 GW. Toutes filières confondues, la croissance du parc de production en 2017 a été de +2,8 GW pour porter les capacités totales raccordées à 48,7 GW.

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