GRANDS PROJETS. Alors qu'une enquête pour favoritisme est en cours sur les conditions de l'attribution du projet, et que la majorité municipale parisienne se déchire sur le sujet, le gestionnaire de centre commerciaux URW annonce, le 2 novembre, être en mesure de lancer prochainement les travaux de la Tour Triangle, dans le 15e arrondissement.

Le chantier de la très controversée Tour Triangle, à Paris, débutera "d'ici à la fin de l'année", avec le soutien financier de l'assureur Axa, annonce le groupe Unibail-Rodamco-Westfield (URW), qui avait jusqu'à la fin octobre pour signer le bail à construction. "La Tour Triangle sera un atout pour le développement économique et le rayonnement de la capitale. Le projet générera pendant sa construction plus de 5.000 emplois directs et indirects", vante, le 2 novembre, le géant des centres commerciaux, propriétaire du Forum des Halles. Avec ce chantier, URW dit confirmer "son attachement à des projets structurants pour le rayonnement de la ville et du territoire".

 

Le soutien d'Axa lui permet de respecter "sa stratégie claire d'optimisation de l'allocation de ses ressources", souligne-t-il, en référence à sa stratégie de désendettement. De fait, sans une bouffée d'oxygène venue de l'extérieur, ce projet à quelque 700 millions d'euros, selon des estimations qui ont circulé dans la presse, n'était pas assuré de voir le jour. Unibail-Rodamco-Westfield a beaucoup souffert de la crise sanitaire et de la fermeture des commerces dits "non essentiels". Le chiffre d'affaires du groupe a dégringolé, avant une légère reprise au troisième trimestre 2021.

 

180 mètres de haut

 

Axa, dont l'apport financier n'a pas été précisé, s'est dit "fier" de s'associer à la construction de la Tour Triangle : "un projet phare pour la ville de Paris et sa région", "un lieu particulièrement innovant et qui bénéficiera des meilleures certifications environnementales", a salué Isabelle Scemama, cheffe d'Axa IM Alts, la division de l'assureur français dédiée aux investissements alternatifs.

 

Signée de l'agence d'architecture suisse Herzog et de Meuron, cette tour de 180 mètres de haut et 42 étages sera érigée dans l'enceinte du Parc des expositions de la Porte de Versailles, dans le XVe arrondissement de Paris. Elle doit notamment héberger un hôtel quatre étoiles, plus de 2.000 mètres carrés d'espace de travail partagé, un centre de santé et un espace culturel. Les travaux, confiés à l'entreprise Besix, devraient durer jusqu'en 2026, a souligné URW.

 

"antiécologique au possible" et "révoltant"

 

Le projet est à la croisée d'une bataille politique et d'une bataille juridique. Le maire (LR) du 15e arrondissement Philippe Goujon, "totalement opposé" à ce projet, a estimé, le jour de cette annonce, qu'"entre les beaux discours de la maire de Paris sur l'environnement et la réalité qui est de construire une tour de près de 200 m de haut, il y a un océan". Née en 2008 sous la mandature de Bertrand Delanoë, lorsque Anne Hidalgo était adjointe à l'urbanisme, la Tour Triangle reste soutenue par l'Hôtel de Ville mais pas par les élus écologistes, alliés de la maire.

 

Pour eux, ce projet, "héritier de l'urbanisme des années 60", est "économiquement anachronique et hors sol" à un moment où "le développement du télétravail et du co-working a bouleversé l'immobilier tertiaire" et où "plus de 4 millions de mètres carrés de bureaux sont vacants sur le territoire francilien". La relance d'un projet "incompatible avec l'objectif de la France de diviser par deux ses émissions de gaz à effets de serre d'ici 2030" est de plus annoncée "en pleine COP 26", déplorent encore les Verts, qui dénoncent une tour au bilan carbone "catastrophique" pour sa construction comme son fonctionnement. "Il faut 3 à 4 fois plus de béton et d'acier" pour construire la tour "que pour construire un bâtiment très basse consommation respectant les plafonnements parisiens", abonde le Collectif contre la Tour Triangle, association d'opposants contactée par l'AFP.

 

"On voit bien que si on laisse les enjeux économiques et les grandes entreprises guider les choix d'infrastructure, notre politique [...] ce sont toujours des projets qui iront à l'encontre du climat, à l'encontre de l'intérêt général, qui seront choisis", a renchéri l'adjoint EELV à la transformation de l'espace public David Belliard. Le premier adjoint (PS) Emmanuel Grégoire, chargé de l'urbanisme, a pour sa part salué une "excellente nouvelle pour l'attractivité de Paris et de notre pays", ajoutant que "ce projet répond aux plus exigeantes normes environnementales et s'intégrera parfaitement dans le tissu urbain parisien de la Porte de Versailles".

 

Enquête pour favoritisme

 

L'octroi par la ville de Paris de la concession où doit être bâtie la tour intéresse par ailleurs la justice. Le Parquet national financier (PNF) a ouvert en juin dernier une enquête préliminaire pour "favoritisme", après un signalement en 2020 de la maire LR du 7e arrondissement, Rachida Dati, et le dépôt début 2021 d'une plainte par l'association Anticor. Rachida Dati et Anticor s'appuient sur un rapport de la chambre régionale des comptes d'Ile-de-France de juillet 2020 concernant le Parc des expositions de la Porte de Versailles. Selon ce rapport, la ville de Paris a notamment accepté d'indemniser le concessionnaire du parc, Viparis, qui est une filiale d'URW, à hauteur de 263 millions d'euros "pour un préjudice non démontré".

 

Tout en attribuant à Viparis "dans des conditions en partie contestables" un nouveau contrat pour continuer à exploiter les installations. Après l'annonce de cette enquête préliminaire, le groupe URW avait contesté "formellement les allégations sans fondement portées à son encontre" et regretté "la confusion opérée avec la Tour Triangle". "Alors que le PNF a été saisi et que les interrogations sont plus que légitimes, ce début du chantier est inacceptable", a déclaré à l'AFP la conseillère de Paris Danielle Simonnet (LFI).

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