DISPARITION. L'architecte et urbaniste, très engagé politiquement, s'est éteint, à Paris, le 9 mars. Sa vision, et notamment son combat pour les grands ensembles de banlieue, sont largement salués.

L'architecte et militant de gauche Roland Castro, qui voulait "remodeler" les cités bétonnées des grandes villes, est décédé jeudi à l'âge de 82 ans. "Il est mort paisiblement très entouré par la famille dans un hôpital parisien", a indiqué sa famille à l'AFP. On doit notamment à Roland Castro la rénovation de la Cité de la Caravelle à Villeneuve-la-Garenne, entre autres. Il signa également la Cité de la bande dessinée à Angoulême et la Bourse du Travail de la ville de Saint-Denis.

 

Il avait acquis sa notoriété en associant sa vision de l'habitat à un combat politique. L'architecte n'a cessé de mettre en avant la relation entre urbanisme et lien social, désireux de "convaincre ses concitoyens et ceux qui les représentent que les banlieues ne sont pas des fourre-tout pour exclus de la société".

 

 

 

Hommages

 

"Légende de l'architecture et de l'urbanisme, militant de gauche visionnaire, Roland Castro nous a quittés. À notre paysage urbain, il lègue une empreinte indélébile. Aux citoyens, une inspiration. Au revoir et merci, Roland", a tweeté le président de la République Emmanuel Macron, à la demande duquel Roland Castro avait rédigé un rapport sur le projet du Grand Paris en 2018.

 

La ministre de la Culture salue un "immense urbaniste et penseur"

 

Rima Abdul Malak, ministre de la Culture, a salué la mémoire de Roland Castro, "immense urbaniste et penseur". Cet architecte qui savait "prendre la politique à son sens premier", a "défendu pendant toute sa carrière un aménagement doux, collectif, où la qualité de vie prime sur les considérations purement esthétiques", peut-on lire dans un communiqué de presse diffusé ce 10 mars 2023. La ministre souligne la qualité des travaux menés par Roland Castro dans le cadre du Grand Paris, "à Argenteuil, Colombes, ou Noisy-le-Sec", se caractérisant notamment par la conception d'immeubles de logements collectifs "ouverts et lumineux". "Dans Paris même, son aménagement de la rue de Bagnolet est peut-être une des plus belles manifestations de l'utopie urbaine qu'il a toujours défendue : avec ses logements, son restaurant, sa magnifique médiathèque, sa salle de quartier et son cinéma, c'est une image de ville idéale où les activités quotidiennes, l'échange et la vie culturelle ne font qu'un." Pour Rima Abdul Malak, le travail de l'architecte a ainsi "transformé notre manière de penser le logement".

 

"Je regretterai cet ami chaleureux, de tous les combats et qui a eu tant de vies. Paris lui rendra hommage", a réagi sur Twitter la maire de la capitale, Anne Hidalgo.

 

 

 

Maoïste révolutionnaire

 

Né le 16 octobre 1940 à Limoges de parents juifs, Roland Castro vit ses premières années dans l'arrière-pays limousin, dans l'un des premiers maquis de la Résistance. De ces quatre années, il gardera l'idée qu'il doit s'acquitter d'"une dette d'existence envers la France".

 

Entré aux Beaux-Arts de Paris en 1958, il est porteur de valises pour le compte du FLN algérien, avant de rejoindre l'Union des étudiants communistes. Il finira par embrasser le maoïsme et la lutte révolutionnaire, bannière sous laquelle il militera en Mai 68.

 

 

 

De Banlieues 89 au Central Park de la Courneuve

 

En 1983, il co-fonde Banlieues 89 avec son ami l'urbaniste Michel Cantal-Dupart. L'initiative remonte jusqu'à François Mitterrand, qui confie une mission interministérielle à Roland Castro. Plus de 200 projets sont soumis à Banlieues 89. Mais l'opération se confronte à la frilosité financière du gouvernement et Banlieues 89 disparaît en 1991.

 

Tantôt mitterrandien, tantôt soutien du PCF et plus récemment d'Emmanuel Macron, Roland Castro avait créé son propre parti, le "Mouvement pour l'utopie concrète", avec lequel il s'était lancé dans la présidentielle de 2007, sans collecter les parrainages nécessaires.

 

Après l'élection de 2017, le chef de l'État l'avait chargé d'un rapport sur le Grand Paris, remis en 2018, mais qui était resté lettre morte. Il y défendait notamment un projet rêvé de 30 ans : le "Central Park" de la Courneuve.

 

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses réactions :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Roland Castro en dates

 

- 16 octobre 1940 : naissance à Limoges (Haute-Vienne)
- 1958 : entre aux Beaux-Arts de Paris, dont il sort diplômé en 1965
- 1961 : voyage à Cuba, où il rencontre Fidel Castro et Che Guevara
- 1983 : co-fonde le collectif "Banlieues 89" avec l'urbaniste Michel Cantal-Dupart
- 1991 : dissolution de "Banlieues 89" qui ne recueille pas les financements nécessaires à la mise en place des projets
- 2007 : présente sa candidature à l'élection présidentielle sous l'étiquette "Mouvement pour l'Utopie Concrète" mais n'obtient pas les parrainages nécessaires
- 2008 : nommé par le président Nicolas Sarkozy à la tête d'une équipe chargée de la consultation sur le projet du "Grand Paris"
- 2018 : remet au président Emmanuel Macron un rapport sur sa vision du Grand Paris, proposant un "nouveau modèle de métropole mondiale", circulable et attractive. Il prône la disparition du périphérique, qui pourrait être recouvert. La réforme de la Métropole du Grand Paris restera lettre morte
- 2019 : participe à un collectif d'urbanistes et historiens d'art jugeant "inacceptable" un projet de centre commercial et de bureaux à la Gare du Nord. La SNCF y renonce en 2021, notamment en raison d'un surcoût
- 9 mars 2023 : décès dans un hôpital parisien

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