OBLIGATION. Les réactions n'ont pas tardé à pleuvoir après la présentation des propositions de la Convention citoyenne pour le climat portant, notamment, sur la rénovation énergétique. Parmi les acteurs du secteur, plusieurs associations ont trouvé un écho à leurs demandes de longue date.

C'est une forme de victoire, ou du moins de confirmation de l'importance du sujet de la rénovation énergétique. Parmi les propositions rendues par la Convention citoyenne pour le climat (CCC) et dont Emmanuel Macron doit maintenant décider quel sort leur réserver, certaines concernent plus spécifiquement la transition énergétique et la rénovation thermique des bâtiments, à l'instar des obligations de travaux de réhabilitation globale. Depuis leur publication, les réactions n'ont évidemment pas manqué, tantôt compréhensives, tantôt plus sévères. Parmi les acteurs du secteur, certaines associations accueillent de manière très favorable ces mesures qui vont dans le sens de leurs préconisations formulées depuis parfois longtemps.

 

Inquiétudes sur le coût des propositions de la Convention

 

C'est le cas par exemple de l'Initiative Rénovons - qui regroupe entre autres la Fondation Abbé Pierre, le Secours Catholique-Caritas France ou encore le Réseau Cler pour la transition énergétique -, qui apporte son "soutien enthousiaste" et appelle dès maintenant à "l'application de ces mesures, sans filtre, dans leur ensemble et sans délai". Certains points font malgré tout l'objet d'interrogations, comme la proposition d'un reste-à-charge zéro pour les ménages les plus modestes : "Cette disposition est indispensable pour que la transition énergétique dans le bâtiment profite effectivement aux plus modestes et ne soit pas rejetée, justement, comme une contrainte supplémentaire", affirme le mouvement dans un communiqué. Mais de relever que "cette proposition reste encore largement à illustrer en termes de coûts car elle va entraîner un effort très important pour notre pays".

 


"Il y a des idées à creuser", Olivier Salleron (FFB)

 

Le président nouvellement élu de la Fédération française du bâtiment, Olivier Salleron, se félicite de voir le thème de la rénovation énergétique remonter de cette manière à l'occasion des travaux de la convention citoyenne pour le climat (CCC). Il se déclare également favorable à l'objectif de disposer d'un parc de logements rénovés efficacement à l'horizon 2040. Mais, pour lui, l'idée de rendre les travaux obligatoires ne fonctionnera pas. "Il faut inciter", assure-t-il à Batiactu. "Si l'on met une obligation et un malus, de nombreux ménages risquent de ne pas faire les travaux, mettront moins en location leur logement, déménageront moins...", analyse-t-il. Prenant l'exemple de la loi de 2005 sur l'accessibilité, qui avait fixé comme objectif l'accessibilité universelle des bâtiments aux personnes handicapées pour 2015. "Comme nous n'arrivions pas à atteindre l'objectif, nous avons allégé d'année en année l'ambition." La même chose pourrait se produire en cas d'obligation de travaux de rénovation, selon lui.

"Nos entreprises sont prêtes à travailler"

Là où la FFB se montre davantage en accord avec les propositions de la CCC, c'est sur l'investissement public massif qui devrait être effectué pour relever ce défi et accompagner les ménages. "Nos entreprises sont prêtes à travailler, elles sont formées, mais nous sommes toujours circonspects à l'annonce d'un nouveau plan de rénovation énergétique : nous en avons connu dans les dernières décennies, et ils n'ont pas porté leurs fruits." La faute à des dispositifs de soutien trop souvent remodelés.

 

Quant aux propositions sur l'artificialisation des sols de la CCC, Olivier Salleron rappelle que la période de confinement a mis en avant l'envie de nombreux Français de disposer d'un jardin. "C'est une très bonne chose que de vouloir rénover massivement à l'intérieur de nos villes : c'est autant de travail pour nous, entreprises du bâtiment. Mais n'oublions pas l'aspiration de certains de nos concitoyens à avoir une habitation à l'extérieur des centre-villes, plus en lien avec la nature." La FFB assure quoi qu'il en soit qu'elle suivra ce que le président de la République entend faire de ces propositions. "Il y a des idées à creuser, à travailler, mais plutôt que de parler d'obligation, nous préfèrerions qu'il soit question d'incitation, de conseil, de formation."

 


 

C'est effectivement l'un des reproches majeurs formulés à l'encontre de la CCC : ses propositions, bien que permettant à la France de respecter ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, risquent d'engendrer un coût faramineux. D'après ses propres calculs, l'Initiative Rénovons estime à 135 milliards d'euros sur 20 ans le montant nécessaire pour rénover l'ensemble des passoires thermiques au niveau BBC, dont 63 milliards d'investissements publics. De son côté, Frédéric Utzmann, président de la société Effy spécialisée dans l'accompagnement des particuliers aux travaux de rénovation énergétique, s'il salue le travail accompli par la convention, alerte sur "la méthodologie" avancée : "Les échéances laissées aux propriétaires pour rénover leur logement me semblent franchement radicales", peut-on ainsi lire dans un communiqué de presse diffusé le 19 juin 2020. "Imposer dès 2024 des rénovations globales qui demandent un budget moyen entre 40.000 et 50.000€ va s'avérer difficile à suivre pour toutes les familles."

 

Créer "plus de 100.000 emplois en France"

 

Initiative Rénovons estime toutefois que l'application de ces mesures améliorerait le bien-être de la population, créerait "plus de 100.000 emplois en France" et permettrait d'effectuer des économies en matière de dépenses de santé et de factures d'énergie. Pour concrétiser ces propositions, les membres de l'initiative suggèrent de se baser sur le plan de relance annoncé pour septembre, sur le "Pacte vert" de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ou encore sur le projet de loi de Finances rectificative post-coronavirus.

 

Appréhender toutes les facettes du mal-logement

 

Le collectif Stop exclusion énergétique a, quant à lui, salué "qu'un 'point de vue climat' rejoigne les priorités de l'action sociale en faveur de ceux qui souffrent d'importantes précarités, en particulier sanitaires, souvent aggravées par le confinement". L'organisation, qui rassemble des acteurs de la solidarité et de l'économie ainsi que des structures locales, affirme "[adhérer] pleinement aux propositions de la CCC relatives à la rénovation énergétique des logements", de la suppression des passoires thermiques aux énergies renouvelables en passant par les simplifications administratives. Mais le collectif attire lui aussi l'attention sur "les modes et moyens de mise en oeuvre de ces actions", considérant que "la plupart des propositions" sont d'ores-et-déjà en train d'être expérimentées, voire déployées "sur de nombreux territoires". D'où un autre appel, destiné celui-ci aussi bien aux citoyens de la Convention qu'aux responsables politiques, à bien considérer la question du mal-logement dans sa globalité mais également dans sa complexité : pour le Collectif, "des mesures prises sans concertation avec les acteurs de terrain et les experts sont susceptibles d'avoir des répercussions délétères sur des populations déjà fragilisées et, in fine, contre-productives en matière de protection de l'environnement, d'emploi et de santé".

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