ASSISES DU LOGEMENT. La table-ronde inaugurale des Assises du logement et de la mixité urbaine a été l'occasion pour les promoteurs-constructeurs, les architectes et l'USH de réagir aux premières annonces concernant la RE2020. La lutte contre l'artificialisation et la qualité des logements ont également occupé une large part du débat.

Que pensent les professionnels de l'acte de construire des arbitrages concernant le report au 1er janvier 2022 de l'application de la nouvelle réglementation environnementale ? L'occasion était trop belle, le 18 février, lors de la table-ronde inaugurale des Assises du logement et de la mixité urbaine, organisées par Batiactu, de demander aux intervenants une réaction.

 

A la fois Grégory Monod, président du Pôle Habitat-FFB, et Marc Villand, président de la FPI Ile-de-France, ont salué un gouvernement "à l'écoute", en la personne de la ministre chargée du logement, Emmanuelle Wargon. Déçu, comme son homologue du Pôle habitat, de l'absence "d'avancée" sur le gaz, exclu des nouvelles constructions dès 2024 en maisons individuelles et en 2028 pour le collectif, Marc Villand rappelle que "pendant 20 ans, l'Etat a poussé le gaz. Aujourd'hui il le stigmatise. C'est brutal". Grégory Monod espère pour sa part que "les discussions puissent se poursuivre sur les seuils".

 

Marianne Louis, directrice générale de l'USH (Union sociale pour l'habitat, qui regroupe les bailleurs sociaux), abonde : pendant des années, les organismes HLM était "très incités à utiliser le gaz, car il permet de maitriser les charges des locataires. L'électrique était très mal perçu. Or, aujourd'hui, la réforme du DPE (diagnostic de performance énergétique) fait rentrer 200.000 de nos logements dans le statut de passoire thermique, car ils ne sont pas chauffés à l'électrique. On vit une situation grotesque".

 

Inquiétudes sur la lutte contre l'artificialisation

 

Les deux représentants des promoteurs et constructeurs ont fait part de la même inquiétude sur la question de l'artificialisation, sujet majeur du projet de loi Climat et résilience, qui sera discuté au printemps. Le président des promoteurs d'Ile-de-France en appelle à "ne pas traiter tous les territoires de la même façon" en imposant une réduction du rythme d'urbanisation égale partout, alors que les besoins sont différents d'un territoire à l'autre.

 

Pour lui, un gisement possible se trouve dans "ces immenses parkings en périphérie des villes" situés dans les zones commerciales : en effet, la France est, selon lui, "l'un des pays où la part du logement est la plus faible dans les terres urbanisées, car on a plus construit de centres commerciaux que nos voisins". Marianne Louis note qu'il y a "des enjeux pour les bailleurs" sur ce sujet, car ils sont "propriétaires de fonciers très artificialisés", notamment à cause des parkings de surface. Un potentiel de renaturation se dessine, qu'ils auraient intérêt à prendre en compte.

 

Michel Bisson, président de l'agglomération Grand Paris Sud, autour d'Evry, en Essonne, rappelle que "lorsqu'on travaille sur des friches et de la rénovation les coûts ne sont pas du tout les mêmes" que pour la construction neuve sur terrain vierge. Il se prononce également pour une application territorialisée de la politique d'économie du foncier, "même si elle doit être accompagnée par le national". Il en appelle à un "Etat entrepreneur et accompagnant", puisque celui-ci n'est plus ni "dirigeant" ni "stratège".

 

L'ANCT, "un trait d'union entre l'Etat central, l'Etat territorial et les collectivités"

 

Yves Le Breton est revenu, à l'occasion des Assises, sur le rôle de la toute jeune Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT). L'agence qu'il dirige se veut le bras armé d'un "Etat accompagnateur des projets des collectivités", avec trois grands domaines d'action. D'une part, "la contractualisation, avec les contrats de relance et de transition écologique, qui commencent à être discutés dans chaque département".

 

D'autre part, les programmes, avec Action cœur de ville, Petites villes de demain, et la politique de la ville, ou encore le déploiement du numérique. Enfin, "le sur-mesure", avec "un appui en ingénierie avec des moyens déclenchés par l'état pour porter les projets des collectivités qui ne rentreraient pas dans les programmes précités".

 

"Certains logements vacants n'attireront personne, même rénovés"

 

Pour Grégory Monod, avec ou sans accompagnement de l'Etat, "dire qu'on va arrêter de construire et qu'on va rénover à la place, ça n'a pas de sens". La question est celle de savoir "ce qui est mobilisable en termes de logements au travers de la rénovation", car "certains logements vacants aujourd'hui n'attireront personne, même rénovés". Il pense notamment "aux villes-rues, avec des commerces en rez-de-chaussée et logement en étage : plus personne ne veut vivre là".

 

Cette question de la désirabilité et de la vivabilité du logement, Christine Leconte, présidente du Conseil régional de l'Ordre des architectes d'Ile-de-France (Croaif), l'a intégrée dans ses réflexions : "on ne peut plus imaginer des logements qui sont déjà obsolètes avant d'être construits", lance-t-elle, donnant l'exemple d'"une cuisine en second jour dans un séjour de 18 mètres carrés". La crise sanitaire a mis au jour un besoin de qualité des logements, avec "un espace extérieur, une cuisine séparée, de la lumière"… ces besoins ne peuvent plus "être séparés du produit économique logement que nous avons tous contribué à façonner" et "qui doit être repensé".

 

"Montrer que l'on sait construire durable et désirable"

 

L'architecte "attend beaucoup des états généraux du logement", qui ont été annoncés, mais aussi du "référentiel du logement de qualité" que la ministre Emmanuelle Wargon a lancé ces derniers jours. La ministre, en discours d'ouverture des Assises, allait plus loin et demandait aux acteurs de "se reposer la question de la ville" : "comment voulons-nous habiter ? Quel type de logement ?". Outre la mission sur le référentiel du logement de qualité, elle compte identifier "une centaine de démonstrateurs sur le territoire pour montrer que l'on sait construire durable et désirable".

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