HISTOIRE D'ACTU. En France et dans le monde, on connaît Freyssinet, une filiale du groupe Vinci, spécialisée dans le haubanage des ponts. A Paris, il est possible de visiter la halle Freyssinet, immense hangar de fret des années 1920 devenu pépinière sous le nom de Station F. Mais qui était Eugène Freyssinet, l'ingénieur ? Ecoutez le podcast de Batiactu sur Batiradio.

 

Eugène Freyssinet est d'abord l'héritier d'une famille d'artisans de Corrèze, région pauvre où le moindre gaspillage était exclu, né en 1879. C'est également un élève sorti de Polytechnique et de l'école des Ponts et chaussées en 1905. Une combinaison entre inné et acquis qui fait de lui le chantre de l'économie des matériaux, au moyen d'une idée de génie : la précontrainte du béton. Tout au long de sa carrière qui s'étalera sur 57 ans, Eugène Freyssinet n'aura de cesse que de rechercher l'optimum du béton, un matériau de construction plus abordable que l'acier ou que la maçonnerie traditionnelle. D'autant que le béton se met en œuvre aisément. Pour en tirer la quintessence, il s'attachera à effacer sa principale déficience : une faible résistance aux efforts de traction.

 

Il imagine donc de le compresser, pour que les forces s'annulent au moment où des charges sont appliquées sur lui et le déforment. Au tout début de sa carrière, l'ingénieur s'appuie sur la géométrie des voûtes pour assurer une compression naturelle dans certains de ses ponts en béton. Dès 1907, il met au point le décintrement des arcs par positionnement de vérins à la clé, ou aux naissances. Et quelques années plus tard, il inventera le cintre léger réutilisable ainsi que la mise en place du béton par vibration mécanique. Rien que ça.

 

L'invention du béton précontraint, qui décuple les capacités du matériau

 

Mais l'ingénieur se penche sur la question des poutres, rectilignes, afin qu'elles puissent supporter des charges toujours plus importantes, sans dommages. Eugène Freyssinet a l'idée de les comprimer préalablement, de les "précontraindre". Il dépose un premier brevet en 1928, dit des "fils adhérents", où des câbles d'acier tendus sont enrobés de béton. Lorsqu'il est suffisamment durci, les câbles sont relâchés et transmettent leur tension au matériau, par adhérence. En 1936, il invente le vérin plat, qui se gonfle grâce à un liquide sous pression, ce qui permet de précontraindre des ouvrages posés au sol, malgré les frottements avec le terrain. Trois ans plus tard, il conçoit le "système de précontrainte par vérin hydraulique de tension et cône d'ancrage en béton fretté", où des organes maintiennent les groupes de fils tendus en exploitant le phénomène d'auto-blocage à l'intérieur d'un cône. Une solution qui permet d'obtenir des valeurs de compression élevées et modulables selon les fils, ce qui laisse plus de liberté aux ingénieurs dans le positionnement et l'intensité de la force appliquée. La technique est appliquée depuis dans la plupart des grands ouvrages de béton qui ont été construits : enceintes de centrales nucléaires, plateformes pétrolières, réservoirs et silos, ponts… Ne s'arrêtant jamais, Eugène Freyssinet invente une autre technique courante, celle de construction des ponts par voussoirs préfabriqués au moyen d'une poutre de lancement.

 

L'ingénieur corrézien était, comme on le voit, un génie du 20e siècle, dont les créations ont perduré et les réalisations traversé le siècle, sans encombre. Détail amusant, l'adresse postale de Challenger, le siège social de Bouygues, est "1 avenue Eugène Freyssinet", à Guyancourt, alors que l'entreprise Freyssinet (qui appartient au groupe concurrent Vinci) est basée à Rueil-Malmaison…

 

Découvrez quelques réalisations d'Eugène Freyssinet en images dans les pages suivantes

actionclactionfp