CONSOMMATION. Depuis les années 1960, les ménages français ont vu leurs dépenses d'électricité augmenter, mais de manière moindre que dans les autres pays européens. C'est ce qui ressort d'une étude de l'Insee, qui s'est également intéressée aux spécificités de la production énergétique tricolore. Détails.

A l'heure actuelle, les Français payent évidemment leur électricité plus chère qu'il y a un demi-siècle, mais cette information doit être relativisée. Dans une étude portant sur les dépenses en électricité des ménages tricolores, l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) relève les grandes tendances de consommation observables à l'échelle nationale. Ainsi, on apprend que la dépense en électricité des foyers français se chiffre à 28 milliards d'euros en 2016, soit une consommation de 161 TWh. A l'échelle de leur budget total de consommation, ce segment ne pèse que pour 2,3%, ce qui représente en moyenne 960 euros par ménage et par an. Depuis les années 1960, l'Insee a calculé que cette dépense a progressé de 9% en moyenne chaque année, contre 7,3% pour l'ensemble de la consommation des ménages.

 

Une consommation physique d'électricité stabilisée depuis 2012

 

Dans le détail des périodes historiques, l'Institut nous apprend que la dépense en électricité des ménages a augmenté de 11,7% par an entre 1960 et 1973. Par la suite, le choc pétrolier de 1979 marqua une légère accalmie dans la hausse de cette consommation : de 1974 à 1985, celle-ci enregistra annuellement +8,2%. Sur la dernière tranche analysée, les chiffres sont toutefois bien plus modestes : entre 1986 et 2016, la consommation d'électricité a augmenté de 2% en moyenne chaque année. Dans cette étude, l'Insee rappelle les grandes tendances de consommation qui ont pu s'observer chez les ménages tricolores depuis un demi-siècle : par exemple, les années 1970 se sont traduites par l'essor du chauffage électrique, tandis que la décennie suivante a marqué la généralisation des appareils électroménagers. Cependant, le milieu des années 1990 a vu un ralentissement de la consommation d'électricité au profit des chaudières à gaz. Enfin, le parc électroménager des foyers s'est encore étoffé dans les années 2000, avec l'arrivée des ordinateurs, des téléphones portables et autres consoles de jeux.

 

Depuis 2012, l'Institut a constaté que la consommation physique d'électricité se stabilisait. En 2016, les usages spécifiques d'électricité représentaient la moitié de la consommation totale des ménages en électricité, mais ils ne progressent plus depuis la fin des années 2000. De même, l'évolution de la consommation en chauffage électrique est aussi au point mort. Malgré cela, des fluctuations notables peuvent être observées d'une année sur l'autre, en raison de la fraîcheur des hivers : en effet, une baisse de 1°C de la température moyenne sur la période dite de chauffe (c'est-à-dire entre le 1er octobre et le 20 mai) engendre, en moyenne, une hausse de 3,2% de la consommation d'électricité. L'alternance d'années chaudes (comme 2011 et 2015) et d'années plus froides (comme 2010 et 2013) entraîne de facto des variations annuelles conséquentes.

 

L'importance du parc nucléaire français contribue à contenir les prix

 

Pour autant, la fée électricité n'a cessé de conforter sa place dans nos vies quotidiennes : au début des années 1960, elle représentait 24% des dépenses énergétiques des foyers hors carburants ; en 2016, cette part est passée à 57%. A noter : à cette date, le quart de la demande électrique résidentielle française concerne les besoins en chauffage. Quant aux prix de l'électricité, ils ont connu une forte hausse suite aux chocs pétroliers de 1973 et 1979, et sont restés globalement dépendants des prix du pétrole jusqu'en 1986. Entre 1986 et 2007, le prix de l'énergie électrique a augmenté bien plus timidement, de l'ordre de 2,6%. La raison ? La mise en service de nombreuses centrales nucléaires durant la décennie 1980. Par ailleurs, la très faible taxation de cette énergie en vigueur à cette période a également contribué à une quasi-stagnation des prix. En revanche, la situation s'est inversée à l'aube des années 2010 : avec l'instauration de différentes taxations, comme la Contribution au service public de l'électricité (CSPE) ou le Tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité (TURPE), les prix ont flambé de 4,3% - alors que l'inflation, elle, ne progressait que de 0,5%. Tant et si bien que la part des taxes et prélèvements dans le prix total de l'électricité en France atteint les 35% en 2016. Un constat néanmoins similaire à l'échelle de l'Union européenne, où la part y est de 36%.

 

D'ailleurs, les Français payent leur électricité en moyenne 20% moins cher que leurs voisins européens, et notamment moitié moins cher que les Allemands. Un niveau de prix qui s'explique par la particularité du mix énergétique de l'Hexagone : grâce au choix du nucléaire dans les années 1970, la France a pu accroître son indépendance énergétique et réduire la part du pétrole dans son bouquet. Cette situation reste encore largement palpable aujourd'hui : en 2016, l'atome représentait encore 72% de la production nationale d'électricité. Les énergies renouvelables, pour leur part, ne pèsent que pour 18% dans le mix énergétique.

 

La hausse des prix impacte davantage les retraités

 

Toujours dans la même étude, l'Insee note que les retraités seraient davantage exposés à la hausse des prix de l'électricité que les actifs. Les personnes âgées de 70 ans et plus sont donc les plus impactées, tandis que les individus de moins de 30 ans sont les moins touchés. Pourquoi ? Car les retraités consomment en moyenne plus d'électricité et habitent dans des logements plus grands, au sein desquels elles passent d'ailleurs davantage de temps. Au global, les prix à la consommation de l'électricité auraient donc bondi d'environ 50% depuis 2007, selon l'Institut. La hausse des prix est plus importante sur le segment des biens (+0,8%) que sur celui des services (+0,3%). A titre de comparaison, les secteurs de la fabrication de denrées alimentaires et de l'information-communication ont tous deux progressé de 0,8%. Les transports ferroviaires ont connu une hausse de prix de 3,3%, du fait de l'importante électrification du réseau ferré français. Enfin, la fabrication de métaux précieux et la sidérurgie enregistrent respectivement +4,1% et +2,9%.

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