TRANSITION. Le 9e Baromètre des énergies renouvelables électriques est paru. Avec +2,4 GW de puissances raccordées, l'année 2018 sera légèrement moins bonne que 2017. Quelles technologies tirent leur épingle du jeu et lesquelles sont à la traîne ? Eléments de réponse avec la FNCCR, l'Ademe et Observ'ER.

La montée en puissance des énergies renouvelables est indéniable. Raphaël Gerson, chef adjoint du service Réseaux & Energies renouvelables à l'Ademe, annonce : "En tout, les capacités installées dépassent désormais les 51 GW. Le secteur des renouvelables a de véritables retombées économiques et sociales, avec un chiffre d'affaires très conséquent - 15,7 Mrds € environ - et plus de 47.000 emplois directs. Leur place devient également prépondérante dans le mix électrique". La 9e édition du Baromètre des énergies renouvelables électriques fait le point sur le déploiement des différentes solutions de production. Vincent Jacques Leseigneur, d'Observ'ER, note : "La nouvelle Programmation pluriannuelle de l'énergie s'est faite dans la douleur. Elle est ambitieuse pour le photovoltaïque et le gaz renouvelable, ce qui est important pour les investisseurs".

 

Une croissance portée par deux filières…

 

Dans le détail, c'est Frédéric Tuille, responsable des études chez Observ'ER qui analyse les chiffres. "En 2018, +2,4 GW ont été raccordés en Métropole et dans les DOM (hors Mayotte), ce qui est un peu moins bon qu'en 2017 (+2,7 GW). L'objectif de la PPE précédente, pour 2018, est donc atteint à 97 %. En revanche, pour l'étape 2023, le contrat n'est rempli qu'à 69 %". L'éolien terrestre s'affirme comme la principale énergie renouvelable après l'hydroélectricité, historiquement bien développée en France. Vincent Jacques Leseigneur souligne : "Avec +1,6 GW, on voit de bons résultats pour l'éolien, grâce au juste retour des implantations aux communes. Avec la loi de Finances, 20 % des recettes fiscales leurs reviendront directement". La puissance totale des turbines atteignait, à la fin du mois de septembre 2018, 14,3 GW. Mais le rythme des raccordements reste inférieur aux +2 GW annuels nécessaires pour atteindre les cibles prévues par la PPE. Le spécialiste poursuit : "Mauvaise nouvelle pour l'éolien offshore, le gouvernement a été trop timoré dans cette PPE, ce qui est une décision dommageable pour une filière dont les technologies sont prêtes". Vincent Jacques Leseigneur ajoute que 32 éoliennes géantes, d'une puissance unitaire de 10 MW suffiraient à alimenter toute la Corse en électricité…

 

Du côté du solaire photovoltaïque, la puissance totale installée en France est de 8,8 GW. Vincent Jacques Leseigneur analyse : "On assiste à l'explosion de l'autoconsommation individuelle depuis 1,5 à 2 ans, avec 33.000 installations à l'automne dernier. Ce qui pose des questions de solidarité énergétique et d'équilibrage du réseau. Mais c'est une très bonne nouvelle. On voit également l'arrivée de très grandes centrales au sol. Là aussi, il y a des questions à se poser, notamment face au risque de rejet et d'opposition type Nimby". Là aussi, le rythme de raccordement qui doit s'établir aux alentours de +2 GW par an sera à peine suffisant pour espérer atteindre les objectifs prévus pour 2023.

 

… qui fait oublier les autres technologies

 

Concernant l'hydroélectricité, énergie renouvelable par excellence, le parc français déjà largement pourvu, restera fixé aux alentours de 25,8 GW. "C'est l'énergie la plus flexible. Mais la PPE a été peu ambitieuse pour 2023, car un potentiel supplémentaire existe", estime Frédéric Tuille. Pour le biogaz, le parc installé est d'environ 450 MW (dont 40 MW de puissances nouvelles). Là encore, la France accuse un retard sur ses voisins, notamment dans le domaine de la méthanisation agricole. "L'injection sur le réseau de gaz reste le moteur de la filière", assure l'expert. Vincent Jacques Leseigneur renchérit : "Le seul biogaz de décharge, issu de déchets solides, pourrait à lui seul fournir 2,4 TWh s'il était totalement exploité". Pour l'heure, la biomasse solide totalise 592 MW de capacités raccordées, sans évolution notable en 2018. "Le problème de la gestion de la ressource est une question importante", ajoute-t-il. Plusieurs autres filières, moins matures technologiquement, souffrent d'un certain désintérêt, y compris de la part des industriels français. Le baromètre cite les énergies marines renouvelables, qui ne seront pas portées par une PPE sans envergure sur ce volet. "Seulement 2,4 GW en 2023 alors que les acteurs proposaient le double", note Frédéric Tuille qui rappelle toutefois les difficultés techniques que rencontrent ces solutions émergentes. "La géothermie est en phase de développement intéressante avec 40 à 50 MW en chantier. Mais attention au désengagement des acteurs majeurs", avertit le spécialiste. Quant au solaire à concentration, qui constitue un savoir-faire français, l'analyse d'Observ'ER déplore "une filière délaissée, qui manque d'une vitrine technologique pourtant nécessaire à l'export".

 

Que ressort-il de ce 9e baromètre de l'électricité renouvelable ? Que la croissance de ces énergies reste très focalisée sur l'éolien et le photovoltaïque, qui concentrent près de 95 % des nouvelles puissances, au détriment des autres solutions. Une situation qui est moins marquée chez nos voisins européens, puisque en Italie, éolien et solaire totalisent 87 %, tout comme en Allemagne (86 %). En Espagne, ces deux technologies ne représentent même que 50 % des raccordements, laissant une plus grande place aux autres sources renouvelables. Quant à la production des EnR françaises, il dépasse les 100 TWh par an, permettant de couvrir au moins 20 % de la consommation électrique nationale. Cette proportion reste toutefois assez faible, toujours au regard des performances des pays limitrophes. En 2016, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie couvraient entre 32 et 36 % de leurs consommations électriques grâce aux renouvelables… Ces nations sont d'ailleurs parvenues à multiplier par 2 (Italie et Espagne) voire par 3 (Allemagne) cette part de renouvelables entre 2005 et 2016, pendant que la France peinait à la multiplier par 1,3… L'Hexagone est bien lent dans sa transition.

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