Au MAPIC, le salon de l'implantation commerciale et de la distribution qui s'est ouvert mercredi à Cannes, les promoteurs de centres commerciaux cherchent en vain les "success stories" de demain.

La tendance de ce salon est nette : on assiste à un véritable coup de frein sur la mondialisation des enseignes. Hormis le suédois H et M, qui envahit l'Europe, les chaînes qui s'étendent hors de leur pays d'origine se font rares, tout comme les nouveaux concepts, ce qui n'arrange pas les affaires des promoteurs de centres commerciaux.

Crise boursière, menaces de guerre et 11 septembre ont freiné leurs ambitions internationales. Il faut donc parier sur des petits nouveaux, des chaînes régionales, voire des indépendants locaux.

"Très peu de nouvelles chaînes deviennent internationales, car les nouvelles, prudentes, restent dans leur pays, surtout dans le luxe", a regretté Gérard Devaux, directeur général Europe du promoteur britannique Hammerson, interrogé par l'AFP.

Hammerson, qui gère des centres commerciaux au Royaume-Uni, en Allemagne et en France, vient d'ailleurs de lancer un service qui aide les enseignes à se lancer dans d'autres pays, mais les candidats sont peu nombreux.

"Nous attendions de nouveaux concepts dynamiques à l'export, ce furent des pétards mouillés", a-t-il noté. Parmi les rares chaînes françaises qui ouvrent à l'étranger figurent Paul (boulangerie), Agatha (bijoux) ou Camaïeu (vêtements), et parmi les étrangers qui se lancent en France figurent PC City (informatique, filiale du britannique Dixon's) et le parfumeur allemand Douglas (parfums).

"Non seulement peu d'enseignes étrangères nouvelles viennent en France, mais certaines s'en vont, comme l'italien Giacomelli (articles de sport). Mango (Espagne) freine partout en Europe et a pratiquement renoncé en France, tout comme Gap", a renchéri Jacques Rogozinski, de Rodamco Gestion, l'un des principaux opérateurs de centres commerciaux d'Europe.

La Ségécé, premier gestionnaire européen de galeries marchandes, vante maintenant les mérites des commerçants indépendants. "Après trois années frénétiques", a commenté Gontran Thüring, directeur commercial Europe, "c'est un atterrissage en douceur. Les problèmes boursiers privent de financement les chaînes succursalistes".

"Nous assistons à la réapparition des indépendants qui ont des magasins multi-marques. Ces nouveaux commerçants sont jeunes, éduqués, voyagent et sont plus capables de s'adapter que les concepts trop calibrés", estime-t-il. "Leur arrivée répondra à la critique que nos centres sont trop standardisés", ajoute-t-il.

Le rapport de force entre commerçants et loueurs a changé, reconnaît-il: "il y a quelques années, un représentant de Mango a claqué la porte et je ne l'ai pas retenu. Aujourd'hui j'agirai peut-être différemment".

Plus optimiste, Altarea, spécialiste des centres commerciaux de centre ville, estime que ses emplacements très choisis attireront les locomotives du commerce. "Les enseignes deviennent très sélectives. La Fnac ne viendra pas n'importe où, ni H et M, ni Zara", avertit Dominique David, directeur commercial. Aussi Altarea s'efforce d'attirer d'autres enseignes internationales, comme l'américain Claire's (accessoires de mode), ou mise sur des Français qui montent comme Alinéa (équipement de la maison) ou Cultura (produits culturels).

Ce contexte n'empêche toutefois pas les promoteurs de rivaliser de projets de galeries marchandes pharaoniques dans toute l'Europe. Mais ce phénomène s'observe surtout en Espagne, en Italie et en Europe de l'Est.

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