L'Autorité de sûreté nucléaire a déclaré apte la cuve du réacteur de l'EPR Flamanville 3, malgré les soucis de qualité constatés sur le fond et le couvercle. EDF assure avoir développé un dispositif de suivi en service et pourrait remplacer, si nécessaire, la pièce fautive entre 2021 et 2024. Explications.

Les problèmes de l'EPR ne sont pas résolus. D'après un rapport de l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), le couvercle de la cuve ne pourrait pas rester en service plus de "quelques années", en raison de défauts dans le métal de pièces produites à l'usine Areva du Creusot. Une trop forte concentration en carbone dans certaines zones remet en question leur résistance mécanique, notamment la ténacité de l'acier.

 

Selon le rapport, rédigé avec l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) : "L'utilisation du couvercle actuel de la cuve de l'EPR ne saurait être envisagée au-delà de quelques années de fonctionnement sans que les contrôles nécessaires au renforcement du deuxième niveau de défense en profondeur n'aient été mis en œuvre". Il appartient donc à EDF et à sa future filiale Areva NP, de démontrer qu'elle pourrait contrôler régulièrement l'évolution de la pièce en service. L'ASN indique toutefois que la cuve est "apte au service", ce qui pourrait permettre à EDF de tenir le planning annoncé en septembre 2015, à savoir un chargement du combustible atomique et un démarrage des réactions de fission à la fin de 2018. L'Autorité demande également de "prévoir le remplacement du couvercle d'ici fin 2024".

 

Remplacement ou simple surveillance du couvercle ?

 

Le changement de cette énorme pièce amovible (contrairement au fond de cuve) pourrait intervenir dès 2021, moment où le réacteur sera de toute façon mis à l'arrêt pour la première fois, afin de le recharger en combustible. Seule condition : lancer dès à présent la fabrication du second couvercle, afin qu'il soit prêt à temps, la production d'une telle pièce étant particulièrement complexe, comme le prouvent les difficultés actuelles. Rappelons que la calotte mesure 4,72 mètres de diamètre pour 23,2 cm d'épaisseur. Hémisphérique, elle est percée de 107 conduites qui permettent de commander les barres de combustible nucléaire mais également de faire passer l'instrumentation nécessaire au contrôle de la réaction en chaîne ainsi qu'un tube d'évent. Le procédé de fabrication consiste à écraser un lingot de forge de 156 tonnes, coulé sous vide, afin d'obtenir un disque de 450 mm d'épaisseur pratique puis à le traiter thermiquement et à l'emboutir afin d'obtenir des pièces hémisphériques. Dans le cas des pièces produites au Creusot, les concentrations de carbone (0,30 % au lieu de 0,22 % de valeur maximale) ont été constatées en périphérie, zones d'où elles auraient dû être éliminées lors du processus de fabrication.

 

Le coût direct du remplacement avancé par EDF est d'environ 100 M€. Une paille face à la dérive du prix de l'EPR, passé de 3 à 10,5 Mrds €, depuis le lancement du projet. Le producteur d'électricité assure travailler sur "une méthode de suivi en service permettant de démontrer que le couvercle conserve ses qualités dans la durée" et s'est engagé "à faire un point d'étape auprès de l'ASN d'ici deux ans sur ces travaux". Dans le cas de résultats probants, EDF n'hésiterait pas à demander une extension de la période d'utilisation du couvercle au-delà de 2024.

 

Le pari risqué de l'EPR

 

Un feu vert ou un coup d'arrêt au programme EPR seront déterminants pour EDF et la filière nucléaire française, car ils conditionnent la recapitalisation d'Areva par l'Etat, à hauteur de 4,5 Mrds €, et la cession de son activité réacteurs à l'énergéticien français. Une remise en cause serait une catastrophe pour le groupe français qui s'est lancé dans un ambitieux projet en Grande-Bretagne à Hinkley Point, où deux réacteurs type EPR doivent être assemblés. Un programme à 21 Mrds €, dont une grande partie apportée par l'entreprise française.

 

Chronologie des événements :
* Fin 2014 : Areva découvre une anomalie dans la composition chimique de l'acier de la partie centrale du couvercle et du fond de cuve du réacteur EPR de Flamanville
* Début 2015 : Areva propose une justification de résistance mécanique des calottes de cuve
* Septembre 2015 : les experts de l'ASN et l'IRSN formulent les exigences pour valider cette démarche de justification (vérification de l'absence d'autres défauts "nocifs", programme d'essais réalisés sur des éprouvettes prélevées dans trois calottes sacrificielles initialement destinées à des projets de réacteurs type EPR au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, calcul des efforts maximum induits par la pression et la température en fonctionnement normal et accidentel, vérification de la ténacité minimale du matériau)
* Décembre 2016 : Areva transmet les résultats d'analyses obtenus conformément au protocole établi (comprenant notamment 1.700 essais mécaniques et 1.500 analyses chimiques)
* Juin 2017 : suite à l'examen approfondi de ces résultats, ASN et IRSN produisent un rapport commun présenté au groupe permanent d'experts pour les équipements sous pression nucléaire afin qu'il rende un avis

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