INFRASTRUCTURE. Alors que les recours ont récemment été rejetés par le Conseil d'Etat, le projet rencontre toujours l'opposition de plusieurs villes de la métropole rouennaise. Il a fait l'objet de débats nourris lors du dernier conseil métropolitain, alors même qu'il n'était pas à l'ordre du jour. Et quelques jours plus tard, le conseil municipal de Rouen a symboliquement voté contre.

Le contournement est de Rouen est-il un projet du passé, compte tenu de l'urgence climatique ? Est-il vraiment nécessaire d'investir près de 890 millions d'euros HT dans une nouvelle infrastructure autoroutière de 41,5km, alors qu'il pourrait générer l'émission de 50.000 tonnes de CO2 supplémentaires par an, comme l'a lui-même rappelé le Conseil d'Etat dans un avis de novembre 2020 qui, pourtant, rejeté les recours contre ce projet ?

Sur la table depuis plus de 40 ans et déclaré d'utilité publique par un décret du 14 novembre 2017, ce grand projet est contesté de longue date. Plusieurs communes avaient notamment déposé des recours, tous rejetés donc par le Conseil d'Etat. Mais depuis quelques semaines, certains élus et collectivités locales qui étaient plutôt favorables à sa construction émettent désormais des doutes.

 

Changement d'avis du président de la métropole et maire de Rouen

 

De là à remettre en cause le projet ? Tout est possible puisque l'Etat, qui apporte à lui seul un investissement aussi important que l'ensemble des collectivités locales sollicitées (soit 245M€), a fait savoir qu'il n'imposerait pas la construction de cette infrastructure contre la volonté locale.

 

Or, lors du dernier conseil métropolitain de Rouen, le 14 décembre 2020, le contournement de Rouen s'est invité dans les débats, alors même qu'il n'était pas à l'ordre du jour. Le nouveau maire de Rouen et président de la métropole, Nicolas Mayer-Rossignol, fait partie de ceux qui ont changé d'avis depuis quelques temps. S'il était pour lorsqu'il était à la tête de la région Haute-Normandie, entre 2013 et 2015, durant la campagne électorale des municipales il s'est positionné contre le projet.

 

"Une infrastructure du passé"

 

Son changement de position tient compte du fait qu'il avait auparavant "sous-estimé l'état de notre planète", a-t-il expliqué au conseil métropolitain, et "l'état d'urgence écologique" dans laquelle elle se trouve. "C'est une infrastructure du passé", a tonné de son côté le vice-président EELV de la métropole, Jean-Michel Bérégovoy.

 

"La France ne tenant déjà pas ses engagements de réduction d'émission de gaz à effet de serre, faut-il continuer à augmenter les tonnes de CO2 dans l'atmosphère? a interrogé l'élu PCF Stéphane Barré. Le doute est plus que permis", et il remet directement en cause l'enveloppe de 66 millions d'euros que la métropole de Rouen s'était engagé à verser dans le cadre du financement de cette autoroute.

 

"Le débat aura lieu"

 

Le président de l'exécutif local rejette aussi les arguments économiques des promoteurs du projet, estimant que les Néerlandais et les Belges "poussent pour un canal Seine-Nord, pas pour une grande autoroute entre Amsterdam et Paris". Et d'insister : "si on met de l'argent là, nous ne pourrons pas le mettre ailleurs".

 

Du côté des promoteurs du projet, à l'image de l'élu d'opposition Laurent Bonnaterre, on estime que "ce contournement est très attendu par les habitants et les entreprises". Et les autres élus de la majorité PS, sont-ils toujours favorables à ce projet ou ont-ils changé d'avis, comme leur nouveau président ? Dans tous les cas, Nicolas Mayer-Rossignol ne semble pas pressé de soumettre la question au vote, même s'il affirme que "le débat aura lieu".

 

Un vote symbolique au conseil municipal de Rouen

 

La ville de Rouen ne participe pas au financement de l'infrastructure. C'est donc une décision davantage symbolique qu'ayant des conséquences directes et concrètes qu'a votée le conseil municipal le 17 décembre 2020, quelques jours seulement après que le contournement a occupé largement les débats des élus métropolitains.

 

Le groupe EELV-Génération est ainsi parvenue à faire approuver la motion qu'il avait déposée, s'opposant à la construction de l'infrastructure. "Il serait irresponsable de continuer à soutenir des projets issus du monde d'avant tel que le contournement Est de Rouen", pouvait-on lire dans cette motion. Votée à 46 voix contre 9, la motion a notamment obtenu le soutien du maire Nicolas Mayer-Rossignol, par ailleurs président de la métropole, et de son groupe au conseil municipal.

 

Le préfet demande aux collectivités de confirmer leur participation

 

Il est déjà largement relancé. Depuis que le Conseil d'Etat a rejeté les recours, en novembre, les tribunes sur le sujet se sont multipliées dans la presse locale. Entre le 7 et le 12 décembre 2020, la Chambre de commerce et d'industrie a même publié chaque jour, dans le quotidien Paris-Normandie, une pleine page pour rappeler tout le bien qu'elle pense de ce projet qu'elle juge "écologique", et qui détournera des "milliers de camions" qui n'ont pour le moment "d'autres solutions que de traverser le centre-ville de Rouen".

 

La Région Normandie, de son côté, a confirmé le maintien de son financement de 157 millions d'euros. Bertrand Bellanger, le président du département de Seine-Maritime [qui doit apporter 22 millions d'euros], s'est dit quant à lui favorable au maintien du financement de sa collectivité "à titre personnel". Selon l'AFP, le préfet a cependant demandé aux trois collectivités de "solliciter la confirmation par délibération avant fin février de leur engagement financier". Alors que l'Etat avait confirmé le projet en 2018, qu'il était intégré à la programmation des infrastructures de la loi d'orientation des mobilités, et que les recours avaient été rejetés, son sort n'est pourtant pas encore tout à fait scellé.

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