TRANSITION. Le président de la République a réaffirmé que la part du nucléaire serait ramenée à 50 % en 2035, tout en demandant à EDF de plancher sur un programme de nouveaux réacteurs plus économiques, qui devra lui être présenté en 2021. Emmanuel Macron sépare donc la trajectoire de développement des EnR, qu'il souhaite accélérer, de la sortie de l'atome, qu'il entend éviter.

"Ce qui est dit dans une campagne, présidentielle ou non, engage", a déclaré Emmanuel Macron ce 27 novembre 2018, lors de la mise en place du Haut conseil pour l'action climatique et de la présentation de la très attendue Programmation pluriannuelle de l'énergie pour les périodes 2019-2023 et 2024-2028. Et de rappeler qu'il a été élu non pas sur un programme de sortie du nucléaire mais bien sur une réduction de sa part dans l'électricité à 50 %. Le président de la République a donc renouvelé cette annonce, en soulignant que cet objectif, initialement prévu pour 2025 dans la loi de Transition énergétique était "inatteignable" et qu'il repoussait l'échéance à 2035.

 

Aucune intention de préparer la sortie de l'atome

 

Le chef de l'Etat a de ce fait annoncé que 14 réacteurs de 900 MW de puissance seraient arrêtés d'ici là, dont les deux tranches de Fessenheim en 2020. Douze autres unités seront mises à l'arrêt par la suite, entre 2025 et 2035, sans qu'aucune centrale ne soit totalement fermée. Emmanuel Macron a insisté : "Le rythme des arrêts variera en fonction des évolutions du mix énergétique, en France et dans l'Union européenne". Pour lui, les travaux de développement du stockage des renouvelables intermittentes et du vecteur hydrogène, ainsi que l'intégration au réseau électrique européen, devront être intensifiés afin de compenser le recul du nucléaire. Il ajoute ne pas renoncer à cette "énergie fiable, décarbonée et à bas coût" et précise que l'EPR fera bien partie du bouquet des solutions. Si, pour l'heure, il n'est pas besoin d'ouvrir d'autres unités de nouvelle génération, il demande tout de même à EDF de travailler sur un programme de futurs réacteurs, plus économiques, afin de pouvoir trancher en 2021. Une "approche pragmatique", selon Emmanuel Macron, qui "ne préempte pas les décisions de l'Autorité de sûreté nucléaire" mais qui devra permettre à la France de ne pas importer de courant électrique de l'étranger, "où il est souvent moins bien produit".

 

Diminuer les besoins énergétiques

 

Sur cet aspect d'indépendance énergétique et de souveraineté nationale justement, le président de la République a déclaré vouloir "nous désintoxiquer des énergies fossiles" qui font que la France est soumise aux puissances étrangères pour s'approvisionner en gaz (Russie) ou en pétrole (Arabie saoudite, Iran). Le chef de l'Etat précise que le pays sera sorti de ces énergies en 30 ans et qu'en 2050 la production et la consommation d'énergies seront totalement décarbonés, "car toutes les 10 minutes un Français meurt à cause de la pollution". Une hécatombe de 48.000 décès par an qui serait imputable à ces sources carbonées. Emmanuel Macron propose, afin de parvenir à limiter les consommations, non pas de se déplacer moins, mais d'adopter "de nouvelles formes de déplacements". Il a rappelé le projet de loi d'orientation des mobilités, présenté ce lundi 26 novembre 2018 en Conseil des ministres, et souhaite que les constructeurs français travaillent à des véhicules qui consomment moins. Outre la prime à la conversion pour les voitures, le chef de l'Etat a également évoqué la construction basse consommation et à énergie positive, ainsi que la rénovation du parc existant. Il souhaite "faire évoluer les modes de chauffage et mieux isoler les logements", en accélérant - sans plus de précision - le rythme des réhabilitations thermiques. Pour lui, le remplacement de toutes les chaudières au fioul sera soutenu afin d'être effectif dans les 10 ans. Emmanuel Macron ajoute que la transition énergétique sera socialement accompagnée pour que l'écologie soit populaire et pas réservée "aux urbains et aux bobos".

 

Augmenter les capacités de renouvelables

 

Autre rappel, celui de la fermeture des centrales à charbon d'ici à 2022. Les territoires concernés (Saint-Avold, Gardanne, Le Havre et Cordemais) seront, eux aussi, accompagnés avec la signature de Contrats de transition énergétique pour "redonner des perspectives" et y "créer des emplois". Des énergies de substitution devront être produites, notamment pour la chaleur et le gaz. Emmanuel Macron précise alors que la géothermie sera soutenue "car elle présente un gros potentiel", ainsi que la méthanisation pour la production de biogaz, qui constituera "un revenu de complément pour les agriculteurs". Concernant la production d'électricité hors nucléaire, la part importante de l'hydroélectricité sera maintenue et "renforcée partout à cela sera possible". De même, le déploiement des énergies renouvelables sera accéléré pour que la puissance éolienne soit triplée d'ici à 2030 et que celle du photovoltaïque soit multipliée par 5 ! Concernant l'éolien offshore, le chef de l'Etat déclare qu'un parc entrera bien en service pendant son quinquennat et que quatre nouveaux appels d'offres seront lancés (sans certitude sur les zones géographiques ou sur les solutions techniques choisies, flottant ou posé). En tout, le soutien aux énergies vertes sera porté de 5 Mrds €/an à "7 ou 8 Mrds €/an" tout en précisant que les plus compétitives seraient encouragées car le gouvernement se montrera vigilant sur le coût.

 

Après avoir fixé ce cap, Emmanuel Macron a également annoncé que les solutions adoptées seraient différentes entre la Métropole et l'Outremer, entre la ville et les campagnes. Un débat de trois mois sera donc lancé dans les territoires - alors que la PPE a déjà bénéficié d'une concertation nationale - afin que les élus s'associent à cette transition de l'économie et qu'ils déclinent localement les grandes orientations. Pour l'Elysée, la PPE est "un agenda de solutions et de protection" pour les Français autant que pour l'environnement.

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Premières réactions :
Jean-Baptiste Lebrun, directeur du CLER (réseau pour la transition énergétique) déplore que le président "n'apporte toujours pas les solutions concrètes pour réussir une transition énergétique et solidaire". "Comme ses prédécesseurs, Emmanuel Macron recule devant la nécessité d'engager les mesures structurantes de transition énergétique pour lesquelles des solutions existent déjà", ajoute-t-il, fustigeant l'expression de "grandes intentions" pour calmer les difficultés sociales liées au prix de l'énergie, sans s'attaquer toutefois aux causes réelles, comme les passoires thermiques.

 

Morgane Creach, directrice du Réseau Action Climat, surenchérit : "Le Président de la République [a] beaucoup parlé de méthode, sans faire d'annonces concrètes. Pire, le report à 2035 des objectifs de réduction de la part du nucléaire va freiner la transition écologique".

 

La présidente de la Fondation pour la Nature et l'Homme, Audrey Pulvar, déclare : "Ce discours c'est le statu quo sur l'ère du nucléaire et l'art du vide en matière de transition écologique et solidaire. Nous ressortons avec plus d'interrogations que de réponses. Sur les fermetures, par rapport à ce que Nicolas Hulot avait négocié, le Président acte un recul et ouvre la porte à de nouveaux EPR".

 

Enfin, pour Jean-François Julliard , directeur de Greenpeace France, "Emmanuel Macron est en train de réussir un tour de force : alors que l'urgence climatique s'aggrave, il s'apprête à faire moins pour la transition énergétique et le climat que son prédécesseur, François Hollande".

 

En revanche, grande satisfaction chez Enerplan. Daniel Bour, son président, est enthousiaste : "Cette PPE est une excellente nouvelle pour la filière solaire et nous disons 'Banco' au Président de la République et au ministre de la Transition écologique et solidaire. Nous sommes prêts à relever ce défi dont l'ampleur est inédite : passer d'un marché du photovoltaïque d'à peine 1 GW en 2018 à 4-5 GW/an d'ici à 2023 est atteignable, sous réserve que les mesures visant à débloquer les freins au déploiement de l'énergie solaire soient prises rapidement et que les Appels d'offres soient adaptés en conséquence".

 

Pour France Energie Eolienne, le président de la République a confirmé "sa confiance dans l'éolien terrestre" mais n'a pas fixé des objectifs assez ambitieux pour l'éolien offshore. Olivier Perot, le président de l'association s'interroge : "Le gouvernement souffle le chaud et le froid sur les énergies marines : souhaite-t-il déployer cette ressource pour en faire un pilier de la transition énergétique français ? Ou au contraire cherche-t-il à décourager les industriels et perdre les investissements publics".

 

L'énergéticien Engie a également réagi de façon globalement positive aux annonces présidentielles malgré quelques réserves sur l'éolien flottant ou le prix du biométhane.

 

L'U2P constate pour sa part "qu'aucune réponse immédiate et concrète n'a été apportée aux Français qui ont manifesté". Elle "constate avec regret que les pouvoirs publics ont laissé s'installer dans le pays une fracture territoriale et sociale". Et envisage de lancer prochainement une initiative "visant à placer les entreprises de proximité au centre d'une concertation avec tous les acteurs locaux".

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