Alors que l'Union nationale des professions libérales (Unapl), appelle à une "journée sans profession libérale", ce mardi 30 septembre, le rapport de l'Inspection générale des Finances a enfin été publié. Une volonté du ministère de l'Economie pour dédramatiser la situation. Réactions.

Emmanuel Macron brise enfin le silence. Le nouveau ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique a rendu public, jeudi 25 septembre 2014 au soir, ce document confidentiel, et l'ensemble de ses annexes, rédigé par l'Inspection générale des finances (IGF) en mars 2013, dont s'est servi l'ex-ministre Arnaud Montebourg pour pointer du doigt les 37 professions réglementées.

Les arguments du ministre

Le ministre rappelle, dans un communiqué, que ce rapport n'est qu'"un élément qui a nourri une réflexion plus large sur la modernisation des professions réglementées, qui elles-mêmes ne représenteront qu'un volet minoritaire de la loi pour l'activité." Emmanuel Macron a d'ores et déjà indiqué qu'"aucune profession réglementée ne serait remise en cause dans ses fondamentaux." Par ailleurs, il indique qu'il n'est pas lié par les préconisations et les recommandations de ce rapport qui est une base de travail.

 

Et de poursuivre en détails : "Le Gouvernement prendra ses décisions à l'issue du processus de concertation qui s'est ouvert avec les représentants des professionnels. Le travail parlementaire sera ensuite décisif pour enrichir le projet de loi du Gouvernement."

Pas de doute sur la journée de mobilisation

Du côté de l'UNAPL et de l'UNSFA, la colère est toujours de mise à l'égard de ce rapport fleuve de près de 700 pages. Sitôt dévoilé, le contenu du document a déclenché la consternation des professions libérales qui maintiennent leur journée d'action ce mardi 30 septembre.

 

"Ce rapport est une entreprise de démolition, a dénoncé, dans un communiqué, Michel Chastang, président de l'UNAPL, regroupant l'ensemble des professions libérales. "Pour ceux qui s'interrogeaient encore sur la participation à La Journée sans professions libérales du 30 septembre, la lecture de ce pensum devrait suffire à les motiver et les mobiliser", gronde-t-il.

 

Du côté de l'Ordre des Architectes (Cnoa), la prudence sur ce dossier est de rigueur : "Le syndicat UNSFA a déterminé une stratégie d'action et apporte son soutien à l'appel à la grève du 30 septembre lancé par l'UNAPL pour la défense des professions libérales. Il appartient à chaque architecte, selon son engagement et ses convictions de suivre ou non cet appel."

 

Et de conclure dans une récente tribune : "Avec l'entier soutien du ministère de la culture, nous ferons valoir auprès du Premier ministre qu'une telle mesure serait sur un plan culturel mais aussi économique et écologique un obstacle majeur à la qualité du cadre bâti de nos concitoyens."

 


Trois questions à Marie-Françoise Manière, présidente de l'UNSFA
Marie-Françoise Manière
Marie-Françoise Manière © Unsfa
Batiactu : Quel est l'objet de votre colère ?
Marie-Françoise Manière : Ce document est uniquement à charge. Il ne prend jamais en compte la réalité quotidienne de nos professions : 50 à 60 heures de travail par semaine, peu ou pas de vacances, stress important, clientèle non récurrente pour nombre d'entre elles, qualifications nécessaires pour la sécurité du consommateur, responsabilité écrasante et assurances coûteuses principalement pour nous les architectes. Et quand des faits leurs seraient favorables, ce serait une erreur ! Ainsi les 'sondés' pensent qu'un architecte touche une rémunération mensuelle de 4.211 euros - quelle précision ! - et que le juste prix serait de 2.904 euros. Et bien, nous n'atteignons même pas cette valeur puisqu'il est de 2.702 euros et le commentaire consiste à dire : 'l'ordre de grandeur n'a pas été appréhendé par les sondés !'

 

Batiactu : Avez-vous d'autres griefs ?
Marie-Françoise Manière :
: Oui, celui qui concerne le point d'ouverture sans restriction de la totalité du capital de nos sociétés aux non professionnels. De plus concernant, le niveau de qualification requis, si le législateur a jugé utile de l'exiger de certains professionnels, c'est pour éviter que leurs 'clients' ne soient victimes des mauvais services que pourraient leur rendre des personnes incompétentes. Au final, si le projet de loi est voté, le client ne sera plus par exemple la collectivité mais bien l'entreprise qui construit à l'image des Bouygues, Vinci et Egis.

 

Batiactu: Enfin, qu'attendez-vous de l'action du 30 septembre ?
Marie-Françoise Manière :
Après notre rencontre le jeudi 12 septembre, au ministère de la Culture avec la Directrice de l'Architecture et du Patrimoine, j'ai leur total soutien sur ce dossier et nous comptons beaucoup sur l'Unapl pour faire pression auprès de Bercy. Ce n'est pas en se lançant dans une action individuelle que l'on résoudra ce problème collectif. Nous appelons les 20.000 architectes à nous rejoindre le mardi 30 septembre pour une journée sans agence. Nous savons déjà que parmi nos 2.000 adhérents, 75 % d'entre eux joueront le jeu, c'est pour l'intérêt de l'avenir de la profession.

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