L'Union nationale des professions libérales (Unapl) a appelé à une "journée sans profession libérale" le mardi 30 septembre prochain. Elle souhaite ainsi protester contre le projet gouvernemental de réforme des professions réglementées. Sont concernés les notaires, les architectes et les géomètres. Réactions.

"C'est complètement inédit dans l'histoire des professions libérales, on ne l'a jamais fait !", s'est alarmé, vendredi 12 septembre, Michel Chassang, président de l'UNAPL*, syndicat national des professions libérales, en annonçant pour le mardi 30 septembre une "journée nationale sans professionnels libéraux". La décision a été prise à l'unanimité, jeudi 11 septembre, lors d'un conseil national extraordinaire regroupant des représentants de toutes les professions actuellement dans le viseur de Bercy notamment dans le secteur de la construction et de l'immobilier : notaires, architectes et géomètres.

 

"Les modalités pratiques de cette journée seront définies profession par profession", nous a également confirmé Michel Chassang. Mais d'ores et déjà, les architectes ne viendront pas travailler, a confirmé à Batiactu, Marie-Françoise Manière, présidente de l'UNSFA.

D'autres actions plus dures déjà prévues

En parallèle de cette journée d'action nationale, l'UNAPL a également décidé de soutenir toutes les manifestations organisées par les différentes professions, à l'image de celle des huissiers ce lundi 15, celle des notaires**, mercredi 17 septembre, et de lancer "une campagne de mass-tweets (Tweets en masse), mais aussi une campagne de lobbying auprès des parlementaires et des élus locaux, et enfin une pétition nationale en ligne."

 

Et l'UNAPL de gronder : "D'autres actions plus dures, déjà prévues, seront engagées par la suite, si cette première sensibilisation des pouvoirs publics ne suffit pas à modifier le contenu du projet. Elles seront annoncées à l'issue de la journée sans professionnels libéraux du 30 septembre."

 

Rappelons que le Gouvernement souhaiterait "restituer aux Français 6 milliards d'euros de pouvoir d'achat captés par ces professions"
, sur la base d'un rapport confidentiel de l'IGF et d'un avis commandé à l'Autorité de la Concurrence. Il a aussi indiqué qu'il pourrait légiférer par ordonnance tandis qu'un projet de loi est à l'ordre du jour. Celui-ci recommande, en effet, une ouverture à la concurrence. L'industrialisation et la financiarisation envisagées par le Gouvernement, notamment par l'ouverture au capital des Sociétés d'exercice libéral (SEL) via l'introduction d'investisseurs non professionnels dans celles-ci, conduirait, d'après l'UNAPL, à une perte d'indépendance incompatible avec la nature des prestations proposées. Un exemple chez les architectes ? "Une société d'architecture doit détenir 51 % des parts d'un ou plusieurs architectes inscrits à l'Ordre des architectes", nous confie l'Unsfa. La sécurité des prestations et les prix administrés protégeant les consommateurs les plus pauvres sont également sources d'inquiétude.

 

"Si le rapport est caché à Bercy, c'est qu'il y a un loup"
L'UNAPL conteste vivement ce chiffrage de 6 milliards d'euros. "D'où sort ce chiffre ? Cela n'a aucun sens", s'insurge Michel Chassang, s'étonnant que le rapport de l'IGF, et notamment ses annexes, ne soit toujours pas divulgué. Et d'affirmer : "Si le rapport reste tenu secret, c'est suspect. Si c'est caché, c'est qu'il y a un loup."

 

Sur le terrain, les professions libérales sont exaspérées. "Comment peut-on nous traiter de rentiers, c'est-à-dire de gens qui ne vivent pas du fruit de leur travail, des personnes qui bossent en moyenne 58 heures par semaine", s'emporte Michel Chassang.

 

Du côté des architectes, Marie-Françoise Manière, présidente de l'UNSFA, est scandalisée par ce projet de loi. Et de nous affirmer : "La réglementation de cette profession ne relève pas d'un privilège mais d'une obligation relevant de l'intérêt général. Pour ce qui est de l'aspect économique de cette profession, il est utile de rappeler que, depuis deux ans, le revenu moyen des architectes employeurs est inférieur à celui de leurs salariés. Il est également utile de rappeler que les architectes relèvent de l'économie de marché, que les barèmes de rémunération sont interdits et que les architectes français sont soumis à une forte concurrence tant nationale qu'internationale. J'ai d'ailleurs rencontré, jeudi 12 septembre, au ministère de la Culture, la Directrice de l'Architecture et du Patrimoine car on ne peut être traité de cette façon, nous appelons à la grève le 30 septembre prochain."

 

De son côté, Pierre Mit, président de l'UNTEC, interrogé par Batiactu, au même titre que les bureaux d'études ou professionnels de l'immobilier ne faisant pas partie des professions réglementées, soutient la manifestation du 30 septembre.

 

*Pour rappel : les entreprises libérales représentent 26,9 % des entreprises françaises. Elles emploient 2 millions de personnes, dont 1 million de salariés. Ce secteur, contrairement à tous les autres, malgré la crise, continuait jusqu'aux dernières années à créer des emplois.

 

**Les notaires rencontrent la garde des Sceaux le jeudi 18 septembre
Les notaires, dans le viseur de Bercy qui souhaite réformer et libéraliser les professions réglementées, seront reçus jeudi 18 septembre au lendemain de leur journée d'action par Christiane Taubira, pour lancer une concertation qu'ils espèrent depuis des semaines.

 

***A l'UNAPL: les professions libérales sont: Le Syndicat nationale des notaires (SNN), Conseil français des architectes d'intérieur (CFAI), la Chambre nationale des intermédiaires et mandataires agents commerciaux de l'immobilier (CNASIM),Compagnie nationale des ingénieurs-expets (CNIE), Union nationale des géomètres-experts (UNGE), Union nationale des syndicats français d'architectes (UNSFA), Union nationale des économistes de la construction (UNTEC).

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