FILIÈRE BOIS. Alors que la crise des scolytes typographes touchant les forêts d'épicéa du nord-est de la France tend à s'aggraver, les entreprises du secteur demandent la mise en place de mesures publiques exceptionnelles. Interrogé par un député sur le sujet, le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie a répondu.

La situation nécessite une réaction urgente : c'est le message des professionnels de la filière bois adressé aux pouvoirs publics face à l'aggravation de la crise des scolytes typographes. Ces insectes ravageurs xylophages déciment massivement les massifs d'épicéa du quart nord-est de la France depuis l'été 2018, et les populations ne cessent d'augmenter et de se déplacer dans les régions du Grand Est et de la Bourgogne-Franche-Comté. "Tous les voyants sont au rouge, l'intensification de la crise sanitaire est avérée. Suite aux conditions climatiques exceptionnelles, les constats du terrain sont très alarmants", s'inquiète l'Union de la coopération forestière française (UCFF) dans un communiqué. Le nombre d'épicéas dévorés par les scolytes obligent les professionnels à procéder à des coupes sanitaires dans les forêts impactées.

 

"Fin juin 2020, d'après le département de santé des forêts du ministère de l'Agriculture, 4,6 millions de mètres cubes de bois sont estimés touchés depuis 2018, dont 3 millions uniquement en 2019", affirme la fédération. Avant d'ajouter que "les professionnels estiment qu'un doublement des volumes scolytés est attendu pour 2021 au vu du contexte climatique du printemps-été 2020". Le constat est d'autant plus préoccupant que la filière a observé une extension géographique des insectes, lesquels se sont attaqués, depuis l'année dernière, d'abord aux zones de plaines, avant de se diriger vers le sud du massif des Vosges. A l'heure actuelle, les plateaux du Doubs et du Jura et le centre du massif des Vosges, situé à une altitude moyenne, font face à une progression de l'épidémie.

 

Mise en place de plusieurs convois ferroviaires pour transférer à l'industrie les bois contaminés

 

Pour tenter d'endiguer le phénomène, les coopératives forestières et les gestionnaires publics font en sorte de couper puis d'évacuer le plus rapidement possible les bois infectés, qui peuvent éventuellement servir en bois-d'oeuvre en fonction de leur qualité, et qui sinon alimentent les industries d'autres régions. Alors que deux trains chargés de 1.500 mètres cubes de bois contaminés avaient été mis en place chaque semaine pour approvisionner le sud-ouest de la France, particulièrement demandeur, les professionnels ont dû mettre en circulation un troisième train d'une capacité de 1.600 m3. Son chargement est ainsi effectué à Aillevillers-et-Lyaumont, en Haute-Saône, et le convoi prend ensuite la route de l'usine Smurfit Kappa, en Gironde. "Pour répondre à l'ampleur de la crise, un quatrième train hebdomadaire sera mis en place depuis les Ardennes avant la fin de l'automne. Un cinquième train est également à l'étude au départ du Juras", indique l'UCFF.

 

Mais cet effort de logistique ferroviaire ne suffira pas aux yeux des professionnels du bois, qui demandent de nouvelles aides à l'Etat. L'enveloppe de 6 millions d'euros allouée jusqu'au 31 décembre 2020 pour l'évacuation des bois scolytés a déjà été complètement consommée d'après l'UCFF, qui estime que 3 millions d'aides supplémentaires sont "indispensables" pour continuer à évacuer les bois ravagés.

 

Renforcement des aides et simplification des procédures demandés

 

Quatre mesures sont ainsi réclamées par les gestionnaires de forêts à partir de 2021 : d'abord, le renforcement et la pérennisation de l'aide étatique pour le transfert des bois vers le sud-ouest, qui devrait être portée à "12 millions d'euros par an a minima pour les deux prochaines années" ; ensuite, la mise en place d'une aide pour "le stockage sous aspersion des bois sains issus des coupes collatérales des foyers de scolytes", un dispositif concerté avec les régions et doté de 11 millions par an.

 

L'UCFF préconise enfin la possibilité de disposer d'une aide de l'Etat à la trésorerie d'un montant de 36 millions "minimum", qui pourrait prendre la forme d'une avance remboursable ou d'un prêt à taux zéro, et qui permettrait de "financer l'immobilisation du bois récolté sur les plate-formes". Dernière proposition : la simplification de l'accès aux aides afin de contrer "efficacement" la propagation des insectes et de transférer "au plus vite" les bois infectés.

 

Soutien aux opérations d'évacuation et crédits du Plan de relance

 

Les massifs forestiers ne sont pourtant pas oubliés par l'exécutif. Dans une question écrite déposée début septembre, le député LR Patrick Hetzel (Bas-Rhin) a interpellé le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, sur le sujet. La réponse, publiée au Journal officiel en cette fin octobre, revient sur les différents dispositifs déjà mis en place à l'heure actuelle : "Lors du Conseil supérieur de la forêt et du bois (CSFB) du 8 octobre 2019, le ministère a annoncé la mise en place d'un plan de soutien exceptionnel, afin d'aider à l'exploitation et à la commercialisation des bois scolytés, puis à la reconstitution des peuplements touchés. Comme convenu lors du CSFB, un premier bilan de ce plan 'scolytes' a été réalisé à la fin du premier semestre 2020 avec toutes les parties prenantes", peut-on lire dans le texte paru au JO. "Cette réunion a été l'occasion de faire un point détaillé de la propagation des scolytes dans les deux principales régions concernées que sont le Grand Est et la Bourgogne-Franche-Comté mais également dans les pays voisins européens. L'état des lieux réalisé confirmant que la crise perdure, voire s'amplifie, il a été décidé de poursuivre au moins jusqu'à la fin 2020 le soutien financier aux opérations d'évacuation."

 

Le Gouvernement assure notamment avoir entendu les professionnels sur la simplification des procédures, et précise que le Plan de relance contribuera lui aussi à épauler la filière dans cette crise : "Ce volet 'reconstitution des peuplements scolytés' vient d'être doté de moyens financiers importants dans le cadre du Plan de relance, présenté le 3 septembre 2020 par le Premier ministre. En effet, la filière forêt-bois bénéficie d'une mesure de soutien inédite de 200 millions d'euros qui vise en particulier à adapter la forêt française au changement climatique pour qu'elle puisse continuer à fournir les services qu'elle rend, notamment économiques, tout en amplifiant sa contribution à l'atténuation du changement climatique", confirme la réponse de Julien Denormandie.

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