Fin octobre, une étude de l’UFC-Que Choisir sur le prix de l’eau en France révélait des pratiques opaques de la part de certains opérateurs privés. Les professionnels réagissaient fermement lundi : la fédération des entreprises de l’eau (FP2E) dénonçant de «graves erreurs» commises par l’UFC dans son enquête.

Il faut que soit mis fin au «discrédit jeté sur l’ensemble de la profession» : la FP2E entend par cette conférence de presse tenue ce lundi réhabiliter le secteur de l’eau bien malmené dernièrement, notamment par l’UFC-Que choisir. Cette dernière avait ainsi déploré l’existence de factures d’eau «opaques» et un traitement différent selon que l’usager bénéficie d’un réseau administré de manière publique ou privé.

Par la voix de son président, Bernard Guirkinger, la FP2E a ainsi dénoncé de «graves erreurs» dans l’enquête de l’association de consommateurs, qui n’aurait pas tenu compte «paramètres locaux», comme le niveau d'équipement d'une collectivité, ou bien de «paramètres de qualité», comme les analyses de l'eau. Elle en appelle au Ministère de l’Ecologie, lui demandant de réunir toutes les parties pour «rétablir la vérité sur la réalité des coûts, la performance et la qualité des services de l'eau».

L’UFC aurait «ignoré» certains coûts
La FP2E a également tenu à démentir les marges «bénéfices faramineux» des entreprises qu’annonçait l’UFC. Ces marges ne représenteraient que 7% du prix de revient de l'eau et non 50% comme l’estimait l’UFC. Une différence due selon Antoine Frérot, vice-président de la fédération et directeur général du groupe Veolia à une non prise en compte des «les calculs des frais de personnels, sous-évalués de 20 à 50%, les taxes et impôts, sous-évalués de 60%». L’UFC aurait également «ignoré» le coût des assurances, des analyses de l'eau, des aqueducs exploités par certaines villes comme Marseille ou Nice, ou encore du renouvellement des canalisations (0,8% par an selon l'UFC, 2,7% à Toulouse selon la FP2E). La FP2E estime enfin que les écarts de prix de l'eau entre les différents pays européens ne sont pas aussi grands que l'affirme l'UFC.

Des réactions à la chaîne
Cette réaction fait suite à celle du Pdg de Veolia, Henri Proglio, qui avait dénoncé vendredi dernier des «assertions totalement infondées» et des «inepties» dans l'étude de l'UFC. Le maire de Paris avait annoncé début novembre qu’il pourrait prendre un opérateur public unique pour gérer la chaîne du cycle de l'eau à Paris. Henri Proglio avait donc répondu à cette hypothèse «que se priver de la meilleure entreprise du monde n'est pas une bonne opération pour la ville» avant d’ajouter : «Ce contrat n'est pas essentiel pour le groupe, puisqu'il ne représente que 60 millions d'euros de chiffre d'affaires sur 4 milliards». A la suite de l’enquête certains élus d'Ile-de-France avaient de leur côté demandé au syndicat des eaux d'Ile-de-France (Sedif) une baisse «substantielle» du prix de l'eau, en dénonçant les marges «exorbitantes» de Veolia, à qui le Sedif a délégué la gestion.

L’UFC réclame des comptes détaillés
L'UFC-Que Choisir a réclamé mardi que les groupes Suez et Veolia publient leurs «comptes détaillés» pour les prix de l'eau des agglomérations épinglées par l'association de consommateurs. L'étude de l'UFC-Que Choisir «propose un compte détaillé en 67 lignes de coûts qui, au minimum, permet de cerner poste par poste les calculs de (son) étude», mais la fédération des entreprises de l'eau (F2PE) «se contente de critiquer» l'étude, sans proposer de compte détaillé, a estimé l'association dans un communiqué. «L'attitude de Veolia et Suez est inacceptable : avant de disserter sur le raisonnement de l'UFC-Que Choisir, ces entreprises devraient déjà proposer de rendre publics leurs comptes détaillés pour les agglomérations que nous avons étudiées», estime l'association.


Le ministère de l'Ecologie apporte «ses précisions»
Le ministère de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables rappelle dans un communiqué publié sur son site Internet «que le juste prix de l’eau ne peut être uniforme partout en France puisqu’il est lié à des caractéristiques locales telles que la qualité de l’eau prélevée, la densité des populations ou le niveau de service proposé à l’usager. L’absence de données homogènes accroît le risque d’interprétations divergentes des chiffres bruts.» Une réponse à la polémique de ses derniers jours. «Progresser sur la voie de la transparence du coût des services publics d’eau et d’assainissement» est un des objectifs du Gouvernement selon le ministère. Il indique ainsi que les indicateurs devant en rendre compte (définis par décret le 2 mai 2007) seront opérationnels en 2008. L’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA) «doit notamment mettre en œuvre l’observatoire national du prix, de la qualité et de la performance des services d’eau et d’assainissement, autour duquel le ministère réunira tous les acteurs concernés dès le premier trimestre 2008».
Un observatoire des coûts par bassin hydrographique sera également mis en place par les agences de l’eau au cours de leur programme 2007-2012. Le comité national de l’eau, instance de concertation des acteurs de l’eau où siègent associations de consommateurs et entreprises, rendra par ailleurs un avis sur l’exploitation de ces données. «Cette discussion permettra de conduire le débat ouvert et transparent sur la performance du service public que chacun appelle de ses vœux» pour le ministère qui indique que «cela commence par des données incontestables et semble indispensable à l’heure où la nécessité d’investissements massifs se fait jour».

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