TRÉSORERIE. Un rapport de la commission sénatoriale des finances se penche sur la sortie du dispositif des Prêts garantis par l'État (PGE), mesure-phare du soutien apporté par Bercy aux entreprises pendant la crise du Covid. De nombreuses entreprises craignent toujours que cette aide ne creuse finalement leur endettement. Les parlementaires ont formulé des propositions pour une sorte de "service après-vente des PGE".

On le sait, les Prêts garantis par l'État (PGE) représentent la mesure-phare du soutien apporté par Bercy aux entreprises pendant la crise du Covid. On le sait aussi, un nombre croissant de dirigeants et de spécialistes s'inquiètent de ce dispositif qui pourrait, au contraire de l'effet initialement recherché, creuser leur endettement. La colossale enveloppe de 300 milliards d'euros débloquée par la puissance publique a pourtant permis aux entreprises de percevoir des financements bancaires et de sécuriser leur trésorerie, à quoi s'ajoute la possibilité pour elles de reporter d'une année supplémentaire le début de leur remboursement. Mais que va-t-il advenir lorsque le compte à rebours sera écoulé ?

 

Fin avril 2021, Bercy estimait à environ 138 milliards d'euros le total des encours accordés à quelque 670.000 entreprises

 

Dans un rapport dédié à ce sujet, la commission sénatoriale des finances s'est interrogée sur les qualités et défauts des PGE ; un document qui a également fait l'objet d'une analyse par le site Vie-publique.fr, opéré par la Direction de l'information légale et administrative, un service rattaché à Matignon. Certes, les prêts garantis ont permis aux entreprises de pouvoir emprunter, dès le mois de mars 2020, jusqu'à trois mois de chiffre d'affaires selon leur situation financière. Le dispositif repose sur des transferts directs, des annulations de charges et des renforcements de liquidités censés permettre aux entreprises d'étaler dans le temps leurs pertes. Dans les faits, 80% des PGE ont été octroyés durant le deuxième trimestre de 2020 ; fin avril 2021, Bercy estimait à environ 138 milliards d'euros le total des encours accordés à quelque 670.000 entreprises.

 

Le rapport du Sénat souligne que le dispositif a engendré des effets d'aubaine, "puisque des entreprises ont pu utiliser les PGE pour refinancer des dettes antérieures à la crise ou financer des investissements à coût réduit". Sauf que le tableau risque de se noircir à moyen terme : d'une part parce que les entreprises françaises gardent une part de 22% du coût de la crise à leur charge (contre 7% en moyenne dans l'Union européenne) ; d'autre part parce que la crise sanitaire qui dure va placer les entreprises dans une situation délicate. Favorisant l'endettement "brut" des sociétés, les PGE pourraient donc par extension fragiliser la reprise de l'économie tricolore, avec à la clé un coût "massif" pour les finances publiques.

 

Identifier les entreprises fragiles, diagnostiquer leurs difficultés pour les orienter vers la solution adéquate, et traiter chaque entreprise en fonction de sa situation

 

Et le surendettement n'est bon pour personne, ni ménages ni entreprises : "les entreprises endettées font davantage faillite" et "peuvent être contraintes de couper dans leurs dépenses d'investissement pour survivre", prévient le rapport. D'où l'impératif, pour les parlementaires, de prévenir une vague de défaillances d'entreprises pourtant viables, en améliorant leur solvabilité. Car "sans réponse rapide à ce problème, 15 millions d'emplois seraient menacés en Europe", selon le document. Qui suggère une sortie du dispositif de PGE en trois étapes : d'abord, identifier dès que possible les entreprises dont la trésorerie compliquerait un redressement spontané ; ensuite, diagnostiquer les difficultés rencontrées et les perspectives de redressement de chaque entreprise pour pouvoir ensuite la guider vers la solution la plus adaptée ; enfin, traiter chaque entreprise en fonction de sa situation, en proposant un plan d'apurement, un renforcement des fonds propres, des transferts supplémentaires ou encore une restructuration de ses dettes.

 

Le Sénat formule in fine une dizaine de recommandations présentées comme un "service après-vente des PGE" par Vie-publique.fr. Elles englobent un accompagnement renforcé des entreprises à des déductions fiscales en passant par le plafonnement des prêts participatifs et des obligations "relance" et par la transformation des Codefi (Comités départementaux d'examen des difficultés des entreprises) en Comités partenariaux de financement des entreprises en sortie de crise (Cofisoc), ceci pour mieux diagnostiquer les trésoreries des entreprises et permettre une meilleure concertation entre acteurs publics et privés.

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