Le niveau d'activité est presque revenu à la normale pour les différents segments de l'énergie solaire photovoltaïque. Seul secteur encore en difficulté, celui des centrales de toiture résidentielles (9-100 kWc). Les niveaux devraient repartir à la hausse à la fin de l'année ou au début de 2017, selon France Territoire Solaire qui vient de publier la 18e édition de son Observatoire. Analyse.

Daniel Bour, vice-président et porte-parole de France Territoire Solaire, résume : "L'activité au premier trimestre 2016 est revenue dans la normale 'basse', à un niveau de 181 MW après une chute vertigineuse à 82 MW lors du dernier trimestre 2015. Tous les secteurs d'activité ont retrouvé leur niveau d'actualité habituelle à l'exception des centrales de toiture de 9 à 100 kWc, avec seulement 18 MWc, loin des 40 MWc habituels". Concrètement, l'Observatoire de l'énergie solaire photovoltaïque révèle que le premier trimestre de l'année a été marqué par une stabilité des volumes de raccordement d'installations domestiques (puissance inférieure à 9 kWc), à un niveau restant faible, compris entre 20 et 30 MWc et par des hausses sur deux autres segments, celui des moyennes-grandes toitures (0,1-1 MW) et celui des grandes installations (> 1 MW), ce dernier retrouvant même un niveau normal, aux alentours de 100 MWc en trois mois.

 

Des appels d'offres dont les effets seront perçus en 2017

 

Mais un segment connaît toujours des difficultés : celui des installations résidentielles (entre 9 et 100 kWc), dont le volume de raccordement "semble vouloir s'établir autour de 20 MW par trimestre", note l'Observatoire. Daniel Bour explique : "Ce secteur, qui est à guichet ouvert, souffre manifestement d'un tarif de rachat de l'électricité trop bas, ne permettant pas la réalisation des projets". Autre problème, les appels d'offres simplifiés pour les projets de taille intermédiaire (100-250 kWc) ne délivreraient pas les volumes alloués, un projet sur deux étant abandonné en cours de route. Le vice-président de France Territoire Solaire analyse : "Suite au décalage de l'appel d'offres CRE 3 et du nouvel appel d'offres simplifié de près d'une année, l'activité 2016 devrait connaître une baisse sensible par rapport à 2015, malgré la forte hausse du volume octroyé lors du dernier appel d'offres (supérieur à un gigawatt) et le doublement de l'appel d'offres simplifié. Il s'y ajoute un phénomène conjoncturel qui, pour l'instant, bloque les projets lauréats des derniers appels d'offres, à savoir la 'défaillance' de certains fournisseurs de modules, incapables de satisfaire techniquement leurs engagements". D'après le spécialiste, en supposant que le problème d'approvisionnement se règle, les effets des appels d'offres ne commenceront à se faire sentir qu'à la fin de l'année 2016. Sur l'ensemble de l'année, les raccordements devraient "difficilement" atteindre les 700 MW (contre 853 MW en 2015, année qui était déjà à -4 % par rapport à la précédente).

 

Autre tendance, un allongement de la file d'attente qui concerne, là encore, quasiment tous les segments, la hausse étant plus particulièrement marquée pour les plus grands projets (1 MW et jusqu'à plus de 12 MW). Une augmentation conjoncturelle, liée à une exigence de l'appel d'offres CRE 3, qui devrait entraîner une hausse d'activité dans les 12 à 18 mois qui viennent. "Pour le plus long terme, les dernières annonces de la ministre de l'Environnement concernant les futurs appels d'offres pour le photovoltaïque sont de nature à augmenter le niveau d'activité pour atteindre un niveau entre 1,5 et 2 GW/an à partir de 2017", poursuit-il. Le porte-parole de France Territoire Solaire souligne la différence de prix entre 2010 et 2016, où le MWh est passé de 320 € à seulement 82 €.

 

L'exception française

 

Le vice-président du think tank déplore l'évolution de la situation en France, "bien loin de l'évolution du marché mondial du photovoltaïque". Car dans le même temps, ce marché global a connu une très forte croissance en 2015 (+34 %), avec 59 GWc raccordés. L'Hexagone ne représente donc que 1,6 % du développement mondial de cette énergie. L'Observatoire souligne que l'énergie solaire est la première énergie installée dans le monde en 2014 et 2015 : "L'électricité photovoltaïque est compétitive dans de nombreux pays, son prix de revient est devenu inférieur aux autres sources de production d'électricité, traditionnelles ou renouvelables". Son coût, compris entre 70 et 105 €/MWh pour les centrales au sol, le rendrait plus compétitif que l'éolien, la biomasse ou le nucléaire, que France Territoire Solaire estime à 110-120 €/MWh sur 35 ans, bien loin des évaluations de 42-60 €/MWh généralement admises (Arenh et Cour des comptes). Au niveau du parc installé, l'Europe continue de se tailler la part du lion, avec plus de 88 GW de capacités (58 % de toutes les capacités planétaires). La région devance l'Asie-Pacifique (64 GW dont 28 GW pour la Chine seule) et les Amériques (21 GW). Dans le vieux continent, l'Allemagne dépasse les 38 GW et devance l'Italie (18 GW). La France, l'Espagne et le Royaume-Uni, se tiennent dans un mouchoir de poche à un peu plus de 5 GW.

 

L'Observatoire de l'énergie solaire photovoltaïque conclut : "Pour l'année 2016, notre prévision est teintée de pessimisme". Cependant, la liste d'attente qui connaît une tendance haussière devrait permettre de renouer avec un certain niveau d'activité en 2017. Le document fait valoir que le stock en file d'attente représente toujours environ 2 années de "nouvelles capacités", et qu'il est porté par les segments des moyennes toitures et celle des grands projets de plus de 1 MW, en nette augmentation. Le retour des beaux jours ?

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