CHRONIQUE/PLAYLIST. Sur la scène mondiale, les choses ne s'arrangent pas et l'impact des conflits se fait désormais concret au niveau national. Rappelons-nous que le monde entier est peut-être un théâtre, mais c'est à nous d'en écrire les bons textes.
"When people run in circles, it's a very, very Mad world, mad world" (Quand les gens tournent en rond, c'est un monde très, très fou, un monde fou).
"Le monde entier est un théâtre" nous disait Shakespeare et aujourd'hui, difficile d'anticiper l'issue de l'acte qui est en train de se jouer sur la scène géopolitique... En revanche, les conséquences concrètes du conflit au Moyen-Orient se font d'ores et déjà ressentir au niveau national.
Sur le plan économique notamment, avec un appel de plus en plus pressant aux pouvoirs publics et relayé par plusieurs corps de métier, à pallier les effets de la crise énergétique qui monte et ses impacts sur la hausse des coûts. Sans compter les logiques spéculatives qu'observent par exemple, les onze fédérations du bâtiment du Grand Est, mais aussi les constructeurs de maisons individuelles, comme Hexaom.
"Oui, sur les matériaux de construction, on commence à avoir des indicateurs et même de réelles augmentations de la part des industriels. Ils sont très actifs pour passer des hausses. Comme dit notre directeur technique et des achats : les hausses prennent l'ascenseur et, les baisses, l'escalier !" Loïc Vandromme, Directeur général Hexaom lors de la présentation des résultats du groupe, le 27 mars.
En Espagne, des premières mesures ont été annoncées, tandis qu'en France, après avoir temporisé car les finances publiques ne permettent plus le "quoi qu'il en coûte", les choses semblent bouger du côté du gouvernement, avec un annonce attendue pour 18h ce vendredi en amont de manifestations prévues ce week-end. Les acteurs du bâtiment s'inquiètent d'une possible crise inflationniste comparable à celle qu'a connue le secteur en 2022 et 2023, la FFB appelant à l'installation rapide d'un "observatoire public d'établissement du prix des matériaux du bâtiment".
Du côté de la Fédération française des industriels de la préfabrication béton (FIB), même appel à des mesures concrètes de soutien.
De quoi aussi accélérer les réflexions, l'innovation et les prises de décisions sur l'indispensable décarbonation du secteur ? Il semblerait, allegro vivace e presto.
Le sujet a été notamment abordé lors de rencontres franco-allemandes lors desquelles les experts ont échangé sur les avancées à mener. Mais attention, "le contexte de guerre peut participer à renforcer la prise de conscience", a observé Diane Simiu, directrice du climat, de l'efficacité énergétique et de l'air au sein de la direction générale de l'énergie et du climat (DGEC), lors d'un séminaire scientifique qui s'est tenu ce 27 mars 2026 à l'École nationale des ponts et chaussées (ENPC). "Toutefois, on voit aussi que les enjeux de court terme peuvent prendre le pas" sur ceux de long terme.
Le plan français d'électrification des usages arrive aussi à point nommé pour diminuer le plus rapidement possible la dépendance de l'État aux énergies fossiles. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a d'ailleurs lancé dans ce cadre, le 25 mars dernier, une mission destinée à "réorienter" le dispositif des certificats d'économie d'énergie (CEE) "de manière plus claire vers l'électrification, de mieux impliquer les acteurs privés pour veiller à la maîtrise des coûts de gestion". Les Industriels des solutions électriques et numériques (Ignes), ont de leur côté, partagé leurs mesures autour de la sécurité et des équipements pilotables pour accompagner ce plan.
Parmi les multiples conséquences des conflits, il y en est une autre, bien visible et rapidement concrète celle-ci : la destruction du patrimoine. Dans un échange passionnant avec Batiactu, la docteure en architecture Élisabeth Essaïan et la docteure en sciences politiques Mathilde Leloup nous expliquent comment s'organise ou s'anticipe, tant que faire se peut, la préservation et la reconstruction durable des territoires. L'occasion nous est donnée de rappeler l'importance et le travail formidable des membres de l'organisation internationale Bouclier Bleu, dont la vocation est la protection du patrimoine en temps de crise. Mais aussi et surtout, ô combien l'architecture est "une expression de la culture" qu'il faut savoir préserver.
Après le passage du cyclone Chido à Mayotte, le territoire ultramarin français en est d'ailleurs un bon exemple, alors que des dissensions et difficultés émergent sur le volet reconstruction. C'est ce que rappelle l'architecte Caroline Leloup, invitée d'une table ronde au Forum bois construction (dont nous avons publié le compte-rendu cette semaine), en déclarant que "l'architecture est solidaire et devient un acte politique."
"Don't tell me what to do, don't tell what to say", You don't own me, Lesley Gore
Sur la scène nationale, un acte important s'est joué dimanche soir dernier avec le second tour des élections municipales : les villes françaises ont désormais toutes un(e) maire. Il nous faut désormais faire avec la violence de certains propos tenus comme avec les stigmates issus des jeux politiques et politiciens actuels, alors que se profile l'enjeu présidentiel de 2027. Les dépasser pour mieux avancer.
Ce à quoi s'est attaché Sébastien Lecornu dans une lettre aux maires élus datée du 22 mars 2026, dans laquelle il énumère ses nouvelles priorités. Au menu : "Sécurité, simplification, décentralisation, santé et logement" avec, à l'agenda, le projet de loi de décentralisation de la politique du logement et le projet de loi de simplification.
Sorti de la période de réserve, le ministre du Logement et de la Ville Vincent Jeanbrun est lui-aussi remonté sur scène. Le ministre du Logement a ainsi fait le point sur l'actualité du diagnostic immobilier, lors des Rendez-vous du diagnostic immobilier ce 26 mars, annonçant la tenue prochaine d'Assises dédiées, et en évoquant le DPE mais aussi le sujet de l'amiante. Il a par ailleurs lancé une mission sur les impayés de loyers.
"Guess who's back ?", Without me, Eminem
Mais la communication du ministère sur cette mission n'a pas manqué de faire polémique : en liant la problématique des impayés avec celles des squats, elle a provoqué des réactions outrées, avec une manifestation de l'association Droit au Logement, mais surtout ce vendredi, la démission annoncée par nos confères des Échos de Hugues Périnet-Marquet, président du Conseil national de la transaction et de la gestion immobilières à qui la mission avait été confiée.
Alors que certaines voix s'élèvent, sceptiques quant à la lisibilité et la véritable attractivité de son dispositif éponyme destiné à relancer l'investissement locatif privé, le ministre a également voulu rassurer. Dans un courrier destiné à Pascal Boulanger, président de la Fédération des promoteurs immobiliers, il a confirmé de manière écrite l'application immédiate de ses effets, sans qu'il y ait besoin de décret. "Il faut accepter la simplicité lorsqu'elle se présente. Et, pour une fois, de ne pas réclamer des règles supplémentaires là où la loi n'en prévoit pas", selon Pascal Boulanger. "Comme si un dispositif clair, directement applicable, relevait désormais de l'anomalie."
"If it's true, please, tell me, dear", I Heard It Through the Grapevine, Marvin Gaye
Le logement, nombreux sont les maires élus ou réélus qui en font leur priorité, de Paris à Marseille , en passant par Lyon et ailleurs. Interrogé sur la compatibilité du plan de relance du logement avec l'objectif de Zéro artificialisation nette (Zan), le ministre Jeanbrun a, là aussi, voulu rassurer en déclarant que la concertation avec les élus locaux permettrait de concilier les deux ambitions.
"Nous allons concerter pour redonner aux maires leur rôle de bâtisseur en conciliant ambition écologique et réponse à la crise du logement", Vincent Jeanbrun, le 25 mars 2026
Nous avons commencé avec les mots de Shakespeare, il nous faut donc terminer cette chronique sur scène, avec cette plongée exceptionnelle au coeur de la rénovation du Palais de Chaillot, un monument art déco, qui est aussi le Théâtre national de la danse, à Paris. L'architecture, la construction, l'art, les textes, la musique, la danse, le beau... Quand le théâtre du monde nous joue des tours, rien de tel que tout cela pour nous aider à traverser le mauvais temps et se rappeler que c'est aussi le Printemps depuis quelques jours.
"No sé lo que va a pasar, yo solo sé que hay que fiestar, que se me vayan las primaveras, bailando y gozando, que la vida es corta, y la felicidad es eternal" (Je ne sais pas, ce qui va se passer, je sais seulement qu'il faut faire la fête. Que mes printemps s'en aillent en dansant et en profitant, car la vie est courte et le bonheur est éternel.) Las Primaveras, Ana Carla Maza

Mad World, Michael Andrews, Gary JulesThe theatre Pet shop boys
Argent trop cher, Téléphone
Help, les Beatles
Piano concerto numéro 3, allegro vivace presto, Belà Bartok
Que sera, Wax Taylor
Thinkin Bout You, reprise de Franck Océan par Flea, bassiste des Red Hot Chilli Peppers, album sorti cette semaine
You don't own me, Lesley Gore
Keep Marchin', Raphael Saadiq
En relisant ta lettre, Serge Gainsbourg
Without me, Eminem
I Heard It Through the Grapevine, Marvin Gaye
Las Primaveras, Ana Carla Maza