CRISE. Un récent sondage commandé par le Cnoa montre qu'une majorité d'architectes sont pénalisés par la pénurie des matières premières qui sévit depuis des mois. Ils pensent que la crise est là pour durer.

La pénurie de matériaux continue de secouer le secteur du Bâtiment, et avec lui, les agences d'architecture. Leur activité a fortement été impactée par cette crise, tant en phase de projet qu'en phase de chantier, révèle un sondage* du Credoc commandé par le Conseil national de l'Ordre des architectes (Cnoa) et publié le 4 janvier 2022. Plus de 2.000 architectes ont répondu à cette étude, qui révèle que près de 80% des appels d'offres lancés par les architectes auprès des diverses entreprises dépassent les prévisions financières. Dans le détail, 66% des appels d'offres dépassent les prévisions de 10 à 30%. Les dépassements atteignent les plus de 30% pour 13% des sondés. A contrario, moins d'un quart des architectes (22%) observent des résultats fructueux ou avec un dépassement inférieur à 10%.

 

Certains cherchent à limiter les coûts

 

Les marchés publics comme privés sont touchés par cette situation. Les marchés publics semblent toutefois connaître une meilleure situation. 29% sont fructueux ou avec un dépassement inférieur à 10%, et 57% connaissent des dépassements de 10 à 30% par rapport aux prévisions, montre le sondage. La première cause de surcoût est liée à la crise des matériaux, affirment 71% des répondants. "La surchauffe de l'activité est citée comme la deuxième cause, agissant concomitamment avec la crise des matériaux" selon 58% des interrogés, affirme le Cnoa. La crise sanitaire est cependant écartée des problématiques des agences. En effet, seuls 12% des architectes pensent qu'elle joue un rôle dans la situation actuelle.

 

La pénurie des matériaux provoque parfois de lourdes conséquences pour les projets, analyse le Cnoa. 45% des maîtres d'ouvrage cherchent à adapter leur projet dans le but de réduire les coûts. 22% déclarent mettre leur projet en veille ou bien l'abandonnent. 32% disent réaliser leurs projets malgré les surcoûts.

 

Des relations de travail "tendues"

 

Les pénuries de matières premières perturbent également les trois quarts des chantiers des sondés, peu importe la taille du site. 55% des architectes affirment que leurs chantiers ont 10 à 30% de retard par rapport aux délais prévus. 20% assurent que le retard dépasse les plus de 30% ou que leurs chantiers sont arrêtés à cause de la crise des matériaux. Le sondage montre que cette situation pèse sur les relations entre architectes et maîtres d'ouvrage, provoquant des difficultés de gestion de planning mais aussi des renégociations d'honoraires. 52% des architectes qualifient la relation de travail "tendue", voire "très tendue" (10%). Pour d'autres (38%), elle reste "compréhensive" malgré les difficultés. "La situation semble un peu moins délicate en marchés publics", note le Cnoa.

 

Une très grande majorité d'entre eux considèrent que la crise est là pour durer et que les prix resteront élevés. 91% pensent que les difficultés sont constantes et qu'aucune amélioration n'est à envisager pour le moment. A plus long terme, la moitié des sondés jugent que la situation finira par s'améliorer sans toutefois revenir à son niveau d'avant-crise. Plus pessimistes encore, 42% imaginent qu'il n'y aura aucune amélioration et que les prix resteront soutenus.

 

* Le sondage a été réalisé par l'organisme d'études et de recherche Credoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie) pour le Cnoa, du 17 au 29 novembre 2021. 2.056 architectes exerçant en tant que libéral, associé ou salarié d'une société d'architecture ont participé.

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