C'est l'énergie la plus polluante de toutes mais les pays du G7 continuent de pousser les investissements dans le charbon. Selon WWF France, les sept pays les plus riches du monde auraient financé près de 38 Mrds € d'aides publiques entre 2007 et 2015. La France aurait continué de le faire, via la Coface, avant la tenue de la COP21.

L'Agence Internationale de l'Energie (AIE) avait peut-être vu juste : elle estimait, dans un rapport publié en décembre 2012, que le charbon redeviendrait la première source d'énergie mondiale avant la fin de la décennie. Elle estimait qu'en 2017, la consommation mondiale de minerai noir atteindrait les 4,32 Mrds de tonnes équivalent pétrole, frisant alors le chiffre de l'industrie pétrolière (4,4 Mrds de tep). En cause ? Les aides publiques internationales apportées par… les membres du G7. Ces derniers auraient en effet contribué à hauteur de 37,7 Mrds € de financements, entre 2007 et 2015, pour des projets de centrales dans des pays étrangers.

 

Sur cette période de huit ans, le Japon aurait été, de loin, le principal contributeur via la Banque de coopération internationale du Japon (JBIC), la Nippon Export & Investment Insurance (NEXI) et l'Agence japonaise de coopération internationale (JICA). Le Pays du soleil levant aurait dépensé plus de 19,7 Mrds € pour développer des projets charbon, 9 autres milliards étant d'ores et déjà programmés pour des projets futurs. L'Allemagne arrive seconde de ce classement des soutiens actifs au charbon, avec 8 Mrds € d'aides (et près de 1 Mrd € de plus prévu), et devance les Etats-Unis, qui ont versé un peu moins de 4,5 Mrds € sur la période étudiée. La France se positionne à la 4e place, avec tout de même 2,24 Mrds € accordés, principalement en 2009 et 2012. C'est la Coface (Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur) qui a participé à ces financements, dont le montant est inférieur aux aides versées par la Banque européenne d'investissement (BEI) mais supérieur à celles accordées par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Principales zones "bénéficiaires" de ces aides : l'Afrique (Afrique du Sud, Maroc) et l'Asie (Inde, Philippines, Indonésie, Vietnam). Le rapport souligne : "En l'espace de neuf ans, pas une seule centrale à charbon n'a été soutenue par les financements du G7 dans des pays désignés comme pauvres par la Banque mondiale, tels que le Cambodge ou la Tanzanie. Ce sont ces nations qui rencontrent les plus grandes difficultés de précarité énergétique. Une contradiction qui devrait sauter à la figure de certains gouvernements du G7 qui proclament que ces aides permettront l'accès à l'électricité pour les plus défavorisés".

 

Incohérence par rapport aux engagements de la COP21

 

L'organisation non gouvernementale WWF dénonce les effets de cette politique de soutien : "(…) les émissions de gaz à effet de serre générées par les projets charbon financés par les pays du G7 s'élèvent à 100 millions de tonnes de CO2 par an. Cela équivaut, pour une seule année, à 20 % des émissions émises par la France en 2013. En termes de production électrique, ce sont plus de 85 GW qui ont été produits par les centrales à charbon ainsi financées, soit l'équivalent de la production électrique du Royaume-Uni en 2014". Pascal Canfin, le directeur général de WWF France, explique : "Le modèle économique du charbon s'écroule sous nos yeux, mais la construction de centrales continue. Le remplacement du charbon ne se fait pas assez vite pour gagner la course contre la montre du changement climatique". Une situation qui était déjà jugée intenable pour la planète par l'AIE en 2013. Jake Schmidt, directeur au programme international du Natural Resource Defence Council, résume : "Financer l'industrie du charbon dans le contexte climatique actuel est clairement irresponsable. Cela met à mal la promesse de Paris et continue de lier les pays développés aux combustibles fossiles du passé, alors même qu'ils devraient se tourner vers les énergies d'avenir". L'étude précise que la capacité prévue de 1.400 GW de centrales au charbon est incompatible avec un modèle de réchauffement planétaire contenu à 2 °C, même en utilisant les technologies dernier cri (ultra-supercritique avec une pression supérieure à 300 bars et une température de 585 °C).

 

En France, Engie et EDF se sont engagés, sous la pression de la ministre de l'Environnement au moment de la COP21, à ne plus investir dans de nouvelles capacités charbon. Engie à même annoncé vouloir céder ou cesser l'exploitation de sa centrale d'Hazelwood (Australie), une des plus polluantes du monde. Mais plusieurs centrales à charbon fonctionnent encore dans l'Hexagone, notamment à Cordemais en Loire-Atlantique (1,2 GW de puissance), au Havre en Seine-Maritime (600 MW) ou à Meyreuil dans les Bouches-du-Rhône (595 MW). En 2015, les deux groupes français produisaient respectivement 8 % et 13 % de toute leur électricité à partir de charbon. Le désengagement de cette source énergétique, exploitée intensivement depuis la Révolution industrielle, n'est donc pas encore achevé.

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