OUVAGE D'ART. Le cabinet DVA/DVVD a été choisi pour concevoir une passerelle piétonne au-dessus du canal de Neuffossé à Saint-Omer (Pas-de-Calais). Il a relevé un triple défi : créer un franchissement discret, accessible à tous et conforme aux gabarits de navigation. Découverte.

A Saint-Omer, les quais ont conservé un patrimoine architectural et paysager cohérent, avec des maisons de brique du 19e siècle. Mais le canal de Neuffossé vient séparer le quartier de la gare du centre-ville, imposant la création d'une traversée piétonnière, afin de faciliter des cheminements efficaces et naturels, et désenclaver ainsi le chemin de fer. Pour ne pas dénaturer les lieux, les architectes Bertrand Potel et Daniel Vaniche (DVVD) ont fait le choix de la délicatesse et de la discrétion pour concevoir une passerelle métallique "simple et raffinée", qui "ne cherche pas à s'affirmer dans son contexte".

 

Elle prend donc la forme d'une courbe très sobre, comme l'explique Bertrand Potel : "Les lignes pures de la passerelle lui donnent un caractère contemporain et intemporel à la fois". Mais question de la résumer à un simple coup de crayon au-dessus du canal. Daniel Vaniche déclare à son tour : "La passerelle est un peu plus qu'un trait dans le paysage, épaissie à mi- traversée pour, à la fois renforcer la structure et dessiner une mince courbe en plan et en élévation".

 

Découvrez les spécificités de cet ouvrage en images dans les pages suivantes.

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L'heure du choix technique

Passerelle Saint-Omer
Passerelle Saint-Omer © Daniel Rousselot - DVVD
Les architectes et ingénieurs de DVA/DVVD, qui expliquent travailler sans barrière entre les deux disciplines, ont imaginé tout un éventail de solutions afin de respecter un des impératifs de cet ouvrage : conserver un gabarit de navigation de 3,70 mètres. Poutres sous-tendues, béquilles, arc sous tablier… Toutes ont été écartées, notamment en raison des contraintes horizontales qu'auraient entraînées certaines d'entre elles sur les fondations. D'autres structures ont également été envisagées mais abandonnées pour d'autres raisons : les haubans, treillis, bow-string ou fermes auraient cette fois impacté trop fortement le visuel du site. "Utiliser de telles structures n'était ni nécessaire, ni juste", fait valoir le cabinet qui s'est orienté naturellement vers deux poutres latérales, isostatiques, "dont l'inertie se développe autant que possible au-dessus du niveau du tablier".

La poutre simple et fine

Passerelle Saint-Omer
Passerelle Saint-Omer © Daniel Rousselot - DVVD
Le choix technique apporterait différents avantages structurels, dont une insensibilité aux tassements des appuis, une plus grande facilité de mise en œuvre par levage et une simplicité pour la maintenance. L'ouvrage repose sur des éléments fins tandis que la solution des fondations profondes a été retenue. Les analyses géotechniques ont révélé le besoin de réaliser des micropieux de type 3 (injection globale unitaire) afin que les ancrages se fassent dans des argiles ou dans une couche crayeuse. Par sécurité, des taquets limiteurs de course ont été installés, même si la zone n'est que faiblement soumise au risque sismique.

Rouler dessus, voguer en-dessous

Passerelle Saint-Omer
Passerelle Saint-Omer © Daniel Rousselot - DVVD
La géométrie gauche a permis d'affiner les poutres acier à leurs extrémités mais a nécessité de développer des outils spécifiques pour déformer à froid les tôles de 40 mm des caissons. Le platelage inférieur, très fin, est pris dans la hauteur de la poutre et s'appuie sur des entretoises métalliques espacées de 2,50 mètres. Ces éléments participent à la rigidité transversale de l'ouvrage, tant en statique qu'en dynamique. Les assemblages ont été conçus pour évacuer les eaux et assurer la protection anticorrosion de la structure porteuse. La pente a été choisie pour assurer une accessibilité aux personnes à mobilité réduite.

Une traversée de travers

Passerelle Saint-Omer
Passerelle Saint-Omer © DVVD
L'implantation, légèrement de biais par rapport au canal de Neuffossé, répond quant à elle à une logique de prolongement des cheminements. Elle permet également de faire aboutir l'extrémité de l'ouvrage sur le quai du Commerce, en faisant que la rampe d'accès PMR et cycliste, se loge naturellement sur le bord du canal. Les culées restent proches tout en respectant les contraintes du site et la portée minimale dégagée est de 50 mètres environ. Les architectes revendiquent une "économie de matière et la maîtrise du budget". Bertrand Potel conclut : "Les ouvrages d'art nous donnent l'occasion de penser différemment la ville : au-delà de la technicité, ils se situent entre urbanisme et design".

Fiche technique

Passerelle Saint-Omer
Passerelle Saint-Omer © DVVD
Projet : conception réalisation d'une passerelle à Saint-Omer (Pas-de-Calais)
Maître d'ouvrage : CASO
Architecture, ingénierie : DVA/DVVD
Bureaux d'études : groupe Pingat (structure), Arpentère (paysage), Dynalighting (lumière), Auddiccé (environnement)
Entreprise intervenante : ACML (groupe Fayat), Eiffage Génie Civil
Portée : 50 mètres
Charpente métallique : 120 tonnes
Surface : 392 m²
Calendrier : concours en 2015, études en 2015-2016, chantier en 2016-2017, livraison en novembre 2017
Budget : 1,3 M€HT

Pistes cyclables

Passerelle Saint-Omer
Passerelle Saint-Omer © Daniel Rousselot - DVVD

Des accès discrets

Passerelle Saint-Omer
Passerelle Saint-Omer © Daniel Rousselot - DVVD
Côté quai, la rampe PMR à pente faible (moins de 4 %) s'intègre harmonieusement dans le panorama.

Des garde-corps intégrés

Passerelle Saint-Omer
Passerelle Saint-Omer © Daniel Rousselot - DVVD
Les garde-corps sont intégrés dans la hauteur des poutres maîtresses ce qui permet de ne pas augmenter la hauteur apparente du tablier.