RÉGLEMENTATION. La Règlementation environnementale 2020 entrera en vigueur le 1er janvier 2022. Dans un texte publié le 9 juin, l'Ordre des architectes en présente "le contenu, les manques, et les points encore en attente d'arbitrage". Parmi les points négatifs : un Bbio peu ambitieux et une réglementation "bâtiment-centrée".

Expérimentée depuis 2016 par les professionnels du bâtiment et de l'immobilier à travers le Label E+C-, la Règlementation environnementale 2020 entrera en vigueur le 1er janvier 2022, après la publication des textes réglementaires annoncés d'ici quelques semaines. La RE2020 touchera dans un premier temps les bâtiments de logements pour s'étendre ensuite aux bâtiments tertiaires et d'enseignement, rappelle le Cnoa (Conseil national de l'Ordre des architectes), le 9 juin dans un texte à l'attention des professionnels.

 

La principale avancée de la RE2020, pour l'Ordre, consiste à désormais rendre obligatoire la simulation de l'empreinte carbone du bâtiment tout au long de son cycle de vie. La nouvelle RE "combine l'objectif ambitieux d'améliorer à la fois les performances énergétiques et de réduire l'empreinte carbone du bâtiment". Ce deuxième objectif portera sur les émissions de CO2 depuis la construction - choix de matériaux, de techniques constructives, etc. - jusqu'à la démolition. Le recours à des matériaux biosourcés comme le bois, la laine de chanvre ou la paille, mais aussi géo-sourcés comme la pierre ou la terre crue, "sera d'autant plus avantagé que la RE2020 prévoit un calcul de l'analyse du cycle du vie dynamique bonifiant le stockage temporaire du carbone". A contrario, les matériaux de synthèse issus de la pétrochimie ou gourmands en énergie comme le béton seront pénalisés, rappelle le Cnoa.

 

Un autre point important est l'introduction dans la RE2020 des degrés heures d'inconfort (DH) pour mesurer le confort d'été, en remplacement de l'ancienne TIC (Température intérieure conventionnelle). Cette nouvelle approche réglementaire "devrait participer à l'amélioration de la qualité de vie en période estivale".

 

Un Bbio qui manque d'ambition et des approches frugales pas assez valorisées

 

Lors de la concertation avec l'Etat, l'Ordre des architectes a "toujours défendu l'idée que la maîtrise des besoins en énergie (chauffage et confort d'été) obtenue par réalisation d'une enveloppe thermique très performante devait constituer la clé de voûte de la nouvelle réglementation". Sur ce plan, les besoins énergétiques (Bbio) à atteindre dans la RE2020 par rapport à la RT 2012 (globalement moins 30%) "auraient pu être beaucoup plus ambitieux compte tenu des pratiques courantes de construction".

 

Le Cnoa regrette également que la RE2020 n'ait "pas mieux valorisé la conception bioclimatique et les approches frugales recourant le moins possible aux équipements". "Les solutions dites low-tech faisant appel à l'intelligence des concepteurs et des usagers plutôt qu'aux technologies complexes ne sont pas promues autant qu'elles pourraient l'être".

 

Une réglementation "bâtiment-centrée"

 

Dans le même ordre d'idées, les bâtiments situés dans des zones urbanisées, proches des réseaux de transports collectifs, ou qui ne participent pas à l'artificialisation des sols ne font pas l'objet d'un traitement particulier, regrette le Cnoa. Comme les règlementations passées, la RE2020 "est restée bâtiment-centrée" sans dézoomer à l'échelle de la parcelle ou du territoire pour protéger les terres non bâties et préserver la biodiversité. La qualité de l'air intérieur, "dont le coût social est estimé à 19 milliards d'euros par an en France, n'a pas eu aussi l'attention qu'elle mérite dans un contexte post-covid".

 

Cnoa : une nouvelle présidence à venir
Le Conseil national de l'Ordre des architectes va procéder à l'élection de sa nouvelle présidente ou de son nouveau président le 10 juin. Batiactu vous tiendra évidemment informés de son identité dès qu'elle sera connue.

 

Des arbitrages à remporter

 

Malgré ces manques, "tout n'est pas encore arbitré à ce jour", explique le Cnoa. Les attestations demandées lors du dépôt des autorisations d'urbanisme (PC) sont encore à définir. Les différents seuils restent aussi à caler, que ce soit pour la consommation d'énergie, les émissions carbone ou le confort d'été. Pour le permis de construire, "faudra-t-il produire uniquement comme c'est le cas actuellement une attestation Bbio garantissant la conformité du projet aux contraintes thermiques réglementaires ? Ou bien, plus ambitieux, une attestation évaluant aussi les émissions carbone, y comprises celles des matériaux ?Tous ces points font toujours l'objet d'une concertation entre l'Administration et les organisations professionnelles".

 

Chose certaine, les maîtres d'ouvrage publics ou privés qui le souhaitent pourront aller plus loin que la réglementation en faisant labelliser leur bâtiment par le Label RE2020, en cours d'élaboration. L'Ordre des architectes "continuera de faire entendre sa voix pour des bâtiments plus respectueux de l'environnement mais aussi généreux dans leurs espaces et le confort apporté à leurs usagers".

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