MÉGAPROJET. Partisans et opposants au projet d'Europacity se sont fait face ce 04 octobre 2019 lors du démarrage d'une "marche citoyenne" organisée par les détracteurs et qui doit s'achever le 05 octobre devant l'Hôtel de Matignon. Chacun des deux camps avait préparé ses arguments.

Une centaine d'opposants au projet de mégacomplexe Europacity, alliant commerces et loisirs, est partie de Gonesse, dans le Val-d'Oise, ce 04 octobre 2019, à l'occasion d'une "marche citoyenne" qui est censée s'achever le lendemain, le 05 octobre 2019, devant l'Hôtel de Matignon, résidence du Premier ministre. Réclamant "l'abandon du projet", les détracteurs ont mis leur cortège en branle au niveau du Triangle de Gonesse, site agricole coincé entre les aéroports de Roissy-Charles-de-Gaulle et du Bourget, en présence notamment de la députée insoumise de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain. "Nous demandons l'abandon immédiat d'Europacity avec le report du chantier de sa gare et l'organisation d'une concertation avec tous les acteurs du territoire", a déclaré à cette occasion Bernard Loup, le chef de file des opposants. Le Gouvernement s'est pourtant de nouveau saisi du sujet, puisque la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne a reçu les différents acteurs du projet la semaine dernière, dans l'optique de la rédaction d'un rapport qu'elle doit prochainement remettre à Edouard Philippe.

 

Espérant être plus d'un millier à leur arrivée dans le VIIe arrondissement ce samedi, les détracteurs d'Europacity dénoncent la démesure du projet qui englobe des centaines de boutiques, une salle de concert, des hôtels de luxe et un parc d'attractions. En lieu et place du mégacomplexe, le collectif d'opposants propose une alternative nommée Carma, pour Coopération pour une ambition rurale et métropolitaine d'avenir, censée maintenir l'activité agricole du Triangle de Gonesse et créer des emplois tournés vers l'agriculture durable et l'éco-construction. Un contre-projet que les opposants comptent bien présenter ce 05 octobre au locataire de Matignon. Mais sur leur route, ils ont croisé des partisans du projet, parmi lesquels de nombreux élus locaux.

 

Des opposants qui "viennent donner des leçons"

 

D'un côté, les détracteurs ont scandé "Pour les légumes et le vélo" ; de l'autre, les soutiens au projet ont répondu "Pour l'emploi et le métro". "C'est un projet de développement du territoire, on a beaucoup de cités, on cherche des emplois", a notamment déclaré Marc Anicet, l'adjoint au maire PS de Gonesse, Jean-Pierre Blazy. "La plupart [des opposants] ne vivent pas dans nos territoires. Ils vivent à Paris où il y a déjà des transports et viennent donner des leçons", a taclé Viviane Gris, la responsable de la politique de la Ville, ajoutant : "Les terres sont polluées de kérosène, ils sont sur les couloirs aériens, on n'est pas dans des terres bio. L'Est du Val-d'Oise se paupérise, on veut améliorer la vie de nos jeunes qui soutiennent le projet."

 

Des élus locaux qui se méfient de la tournure que pourraient prendre les évènements en raison d'un revirement de l'exécutif : "Alors qu'on pensait que tout était sur les rails (...), il semble qu'à l'Elysée le dossier soit à nouveau regardé, pour des raisons plus politiques que rationnelles", a estimé le maire Jean-Pierre Blazay. Ce 4 octobre 2019, les partisans du projet ont pourtant fait bloc, en annonçant des mesures "écologiques" pour "un projet zéro carbone dès 2027" qui vise un objectif de "zéro artificialisation nette des terres". Pour ce faire, la société commune Alliages et Territoires (rassemblant la foncière du groupe Auchan, Ceetrus, ainsi que le conglomérat chinois Wanda), à la tête du projet à plus de 3 milliards d'euros, souhaite compenser les 80 hectares du futur complexe par la "renaturation" d'autant d'espaces en Île-de-France, et a annoncé la réduction des surfaces commerciales "qui représenteront 10 à 15% du projet" au profit d'espaces "dédiés aux loisirs et à la culture". Affaire à suivre.

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